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DONALD TRUMP, UNE AUBAINE DANS UN MONDE MULTIPOLAIRE ?

La victoire de Donald Trump à la présidence des États-Unis amène une pierre de plus à l’édifice de la fin de l’unipolarité. Dominé par les États-Unis depuis le 9 novembre 1989, date de la chute du mur de Berlin, le monde unipolaire transite indéniablement vers un monde plus multipolaire.

Le retrait des États-Unis dans les affaires internationales est inéluctable

Selon Donald Trump, en politique étrangère, la fin de l’hégémonie américaine se traduirait par une redéfinition plus étroite des intérêts américains, remettant en cause leur rôle de gendarme du monde depuis 1945. Le processus étant déjà enclenché depuis plusieurs années, des centres de décisions majeurs tels que la Russie ou la Chine remettront d’autant plus en question les normes et valeurs de l’Occident (démocratie, droit de l’homme, libre-marché, etc.) pour devenir à terme indépendants de l’hégémonie du monde unipolaire.

Dans la lignée de ses prédécesseurs, Donald Trump a annoncé sa volonté d’une contribution budgétaire plus importante de la part des pays européens dans l’alliance atlantique. Les États européens devront porter au minimum à 2% du PIB (hors pensions militaires) leurs budgets nationaux de défense. La perception de la menace terroriste ou russe amène d’ores et déjà la France ou l’Allemagne à augmenter leurs budgets de défense[1], sachant que cette première doit de toute façon l’amener à 2% du PIB d’ici 2025 dans le cadre de ses engagements dans l’OTAN.

Les conséquences pour l’OTAN

Cette élection américaine suscite une grande inquiétude à l’est de l’Europe, hostile à un désengagement financier de l’OTAN et à plus de coopération avec la Russie. Mais le moindre interventionnisme annoncé par Trump pourrait être confronté au principe de réalité. Un scénario de retrait de l’OTAN semble abstrait, car les États-Unis y jouent leur prestige et leurs intérêts directs sur le continent dans maintien du rapport de force avec la Russie et l’Iran. Trump veut défendre les intérêts de son pays : une alliance atlantique forte et l’installation du bouclier anti-missile en seraient les meilleures garanties. Dans ces conditions, la fin du rapport de force entre OTAN et Russie en Europe n’est peut-être pas pour demain[2]. De plus, faire supporter l’effort de défense américain par les alliés permettrait à l’armée américaine de financer son propre réarmement par le biais d’exportations de matériels militaires. Le meilleur argument de vente des industriels américains étant la solidarité stratégique à travers l’OTAN[3]. Augmenter le budget défense alors que les États-Unis entendent rester maîtres de l’Alliance atlantique, n’est-ce pas là un « bad deal »[4] pour l’autonomie stratégique de la France, première armée européenne, puissance militaro-industrielle considérable ettroisième contributrice de l’alliance atlantique ?

L’isolationnisme américain favorable à la France

Si les engagements isolationnistes de Trump l’emportent malgré tout, cela ne pourrait être une chance pour la France qu’à la condition qu’elle prenne en main la défense du continent, en considérant les positions de la Russie[5]. À défaut d’une Europe de la défense, régulièrement relancée par la France pour soutenir ses opérations extérieures, il faudrait se concentrer sur la défense nationale tout en gardant à l’esprit que la coopération européenne, et non l’intégration, fait partie des solutions envisageables[6]. L’issue de l’élection présidentielle américaine a renforcé les positions des pays (Italie, Hongrie, Grèce, Espagne, Chypre, Slovaquie et, dans une certaine mesure, l’Autriche et la Bulgarie) favorables à la normalisation des relations avec la Russie. Les prochaines élections présidentielles françaises seront donc déterminantesAvec la multipolarité, la France doit prendre acte de cette possible reconfiguration des rapports de force dans le monde.

Conclusion

Soit l’OTAN garde ses prérogatives au sein d’une Union européenne qui contribuera simplement plus pour sa défense, mais restera sous parapluie américain soit un pôle européen de défense plus indépendant émergera à l’initiative de la France, ce qui ira dans le sens d’un monde multipolaire. Mais est-ce que l’alternance politique américaine et les éléments de rupture de Trump auront des effets réels dans l’engagement actif des États-Unis dans l’extension de l’OTAN, depuis maintenant plus d’un demi-siècle ?

Franck Pengam

[1] Pour 2017, le budget pour la Défense (y compris les pensions militaires) s’élèvera à 1,77% du PIB, selon le projet du gouvernement français.

[2] Cyrille Bret, Trump et Poutine : les affinités ne font pas une alliance russo-américaine, Diploweb.com, 11/11/16, URL : www.diploweb.com/Trump-et-Poutine-les-affinites-ne.html.

[3] La rupture du contrat de vente d’hélicoptères H-225M Caracal par la Pologne en est un exemple récent significatif, voir Laurent Lagneau, La Pologne ne veut pas se fâcher avec la France pour une « poignée d’hélicoptères », Zone Militaire, 18/11/16, URL : www.opex360.com/2016/11/18/la-pologne-ne-veut-pas-se-facher-avec-la-france-pour-poignee-dhelicopteres/.

[4] Une expression souvent répétée par Donald Trump.

[5] Caroline Galactéros, Donald Trump : séparer le bon grain de l’ivraie, Bouger les lignes, 10/10/16, URL : http://galacteros.over-blog.com/2016/10/donald-trump-separer-le-bon-grain-de-l-ivraie.html.

[6] Alexis Feertchak entretien avec Hadrien Desuin, Donald Trump peut-il être une chance pour l’Europe de la Défense ?, LeFigaro.fr, 19/09/16, URL : www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/09/19/31002-20160919ARTFIG00106-donald-trump-peut-il-etre-une-chance-pour-l-europe-de-la-defense.php.

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