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LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE

​Introduction

Cet article est une fiche de lecture du livre La Mystique de la laïcité de Youssef Hindi qui présente l’Histoire de France des deux derniers siècles sous un angle religieux. La thèse du livre est la suivante : la République née avec la Révolution de 1789 et la Laïcité instituée en 1905 pour exclure l’Église de la vie publique auraient-elles toutes deux un caractère religieux ?

Résumé de l’article en vidéo

 

 

La France chrétienne : une spécificité

Selon l’auteur, la Révolution française de 1789 est en réalité un mouvement anticlérical de nature religieuse. Tout le projet révolutionnaire et républicain est mystique et la foi politique y a remplacé presque entièrement la foi religieuse chrétienne. Dans le nouveau système révolutionnaire, la démocratie est déifiée et repose sur le principe implicite de l’infaillibilité des masses. Le peuple y est sacralisé comme source de toute légitimité juridique. Alors qu’il ne saurait se tromper ou avoir tort, ce principe sacro-saint est de plus en plus remis en cause, par exemple avec les récents référendums : si le peuple est souverain, il doit néanmoins rester à sa place et voter dans le sens des intérêts d’une certaine élite.

Il faut remonter aux fondations religieuses de l’Europe et de la France pour comprendre cette histoire. Au IIIe siècle, l’effondrement des religions païennes romaines, qui structuraient idéologiquement l’empire, laissa un vide religieux, et une crise socio-économique suivit. Cet espace idéologique a été comblé par le christianisme et permis au monde romain de régénérer sa culture et de survivre à l’invasion barbare à partir du IVe siècle.

En Europe, la religion chrétienne en expansion jouait un rôle moral important qui cimentait les individus en collectif d’un côté et stabilisait politiquement le continent à partir du Ve siècle. C’est sur ces bases que la France naquit avec le baptême catholique de Clovis en 496. L’Hexagone a un rôle particulier dans l’histoire au vu de sa composition. Elle fut la première nation chrétienne d’Europe et revendique une position géographique et des composantes ethniques et anthropologiques atypiques (synthèse des peuples de l’Europe méditerranéenne, latine et germanique). De 496 à 1789, donc sur plus d’un millénaire, la France fut constituée par la monarchie incarnée par le Roi et le catholicisme incarné par le Pape. C’est par la France que le catholicisme se diffusa et c’est par là qu’il sera détruit par les révolutionnaires répandant les Lumières dans toute l’Europe, à l’instar du catholicisme avant lui. La République instaurée ensuite peut s’appréhender comme une contre monarchie et la philosophie des Lumières et la laïcité comme un contre-catholicisme.

Jésus et ses apôtres
Jésus et ses apôtres
 

 

Brève histoire de la kabbale

Il est communément admis que le Club des Jacobins était le groupe de pensée et de pression le plus célèbre de la Révolution française. Selon Youssef Hindi, c’était une émanation de la franc-maçonnerie (rites, fonctionnement, règlements, usages) qui jouait principalement un rôle dans l’élaboration de la religion républicaine. Avec eux, la Révolution avec un grand R devint un dogme aussi religieux que les catholiques de l’Inquisition, selon le philosophe Gustave Le Bon.

Venons-en au cœur du sujet : l’histoire de la kabbale et son lien avec l’émergence de la Révolution française à travers le personnage de Junius Frey. La kabbale étant la tradition orale et ésotérique du judaïsme, notre auteur s’appuie sur la référence en ce qui concerne l’histoire du judaïsme et de la kabbale : l’historien et philosophe juif israélien Gershom Sholem et son livre « Du frankisme au jacobinisme, La vie de Moses Dobruska, alias Franz Thomas von Schönfeld alias Junius Frey » (1981).

Selon ce dernier, l’idée révolutionnaire de l’accomplissement de l’Histoire par l’homme et non par Dieu est issue de la kabbale espagnole du XIIIe siècle. Cette idéologie visait à hâter la fin des temps pour que le Messie des juifs se présente enfin à eux. C’était une rupture religieuse fondamentale, car elle postule que l’Homme doit agir pour faire venir le Messie au lieu d’attendre patiemment les temps messianiques. Dans un premier temps, il s’agissait d’agir par actes de pitié, mais au XVIe siècle, la kabbale lourianique prolongea la posture en plaidant l’action politique pour accélérer la venue du Messie. La kabbale espagnole postulait déjà que le peuple juif était le centre de l’univers et la kabbale lourrianique énonça ensuite que le peuple juif était le seul et unique moteur de l’Histoire excluant pour la première fois Dieu et le Messie.

La kabbale lourrianique fut ensuite supplantée par la kabbale sabbato-frankiste qui élargissait ce rôle de moteur de l’Histoire aux masses non juives également. Cette kabbale sabbato-frankiste était particulière, car jugée comme « hérétique » par les théologiens juifs traditionnels. Elle violait la loi divine : pour accélérer la fin des temps, elle soutenait l’abolition de toutes les lois et la dépravation intégrale de la société. Cette idée s’appuyait sur un passage du Talmud (Midrash, Tehilim, psaume 45,3), livre fondamental du judaïsme qui rassemble les commentaires des rabbins sur la Loi juive de l’Ancien Testament de la Bible. Il y est dit que la Rédemption d’Israël interviendra quand le monde sera descendu au niveau le plus bas, c’est-à-dire quand la déchéance sera à son apogée selon l’interprétation des sabbato-frankistes. 

L'Arbre de Vie de la Kabbale
L’Arbre de Vie de la Kabbale
 
 
 

La kabbale dans la Révolution de 1789

Si la catastrophe et la dépravation généralisée étaient la condition préalable aux temps messianiques et à la rédemption, il fallait donc abattre le catholicisme et toutes les autres orthodoxies. Sur ce point-là, Youssef Hindi s’appuie principalement sur l’œuvre de l’historien Charles Novak, « Jacob Frank, le faux messie » (L’Harmattan, 2012), un livre notamment présenté en 2013 à l’Ambassade de France en Israël et à l’Institut français d’Israël.

Si l’on entend souvent parler de l’influence de la société secrète allemande des Illuminées de Bavière d’Adam Weishaupt (les fameux « illuminatis ») dans le phénomène révolutionnaire, leur influence se cantonne à un rôle intellectuel qui eut finalement peu d’influences directes sur la Révolution française. En réalité, cette loge maçonnique était relativement anecdotique par rapport à l’influence de la loge frankiste de Junius Frey dans la Révolution française. Pour l’auteur, c’est la diffusion progressive des idées kabbalistes qui permettaient d’abord la révolution idéologique des esprits amenant ensuite à la Révolution matérielle. C’est tout l’intérêt de son livre et de ses travaux en général qui s’intéressent à la diffusion des idées dans l’histoire, plutôt qu’aux actions matérielles.

L’Autrichien Junius Frey (1753-1794), petit cousin du faux-messie kabbaliste Jacob Frank (fondateur du frankisme), cofonda la première loge maçonnique judéo-chrétienne composée de membres des deux monothéismes en Allemagne : l’Ordre des Chevaliers de St. Jean l’Evangéliste d’Asie en Europe (ou Frères asiatiques). Il devint l’un des jacobins les plus influents de par sa production littéraire et philosophique pour l’idéologie de la Révolution. Junius Frey rédigea notamment un livre (« Philosophie sociale dédiée au peuple français, 1793) sur les fondements théologiques et kabbalistiques de la démocratie et de la République.

Nombre de républicains et de laïcs énoncèrent effectivement de manière explicite qu’une société sans religion était une pure abstraction qui n’a jamais existé dans l’histoire. Récemment par exemple, l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2012 à 2014) et professeur de philosophie, Vincent Peillon, fin connaisseur de la question, disait que « l’idée que la République est areligieuse est une idée fausse » et que les jacobins avaient mis en place un « culte civique » et une « religion de l’avenir ». En fait, il semble qu’aucun régime politique ne peut se pérenniser sans religion ou idéologie forte de substitution.

Vincent Peillon, la Révolution française n'est pas terminée

La Révolution française n’est pas terminée (Vincent Peillon)
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La Révolution française n’est pas terminée ​

Même après la Révolution française, les Lumières n’étaient finalement que peu intégrées dans les esprits dans certaines zones géographiques en France. Avec la chute de la monarchie et l’affaiblissement de l’Église par la Révolution, un vide idéologique était à combler et le XIXe siècle fut mystique. De nouveaux cultes, de nouvelles croyances et de nouveaux dogmes émergèrent avec des prophètes illuminés, des messies, des mages, des grands prêtres voyants… Un néo-christianisme émergea en élargissant le dogme chrétien et synthétisant diverses religions et sciences. Ceci s’effectua à travers différents personnages comme Saint-Simon, Philippe Buchez, Edgar Quinet, Ferdinand Buisson, qui prolongeront la kabbale chrétienne de Pic de la Mirandole.

Mais malgré la chute du roi, le catholicisme s’était régénéré et consolidé durant le XIXe siècle et les révolutionnaires républicains portèrent un nouveau coup en 1905 avec la séparation de l’Église et de l’État. Ce fut finalement le concile de Vatican II en 1962 qui porta une ultime soumission du clergé à la Révolution à l’échelle internationale. Toute l’Europe et l’occident furent touchés par cette réforme du catholicisme pour l’intégrer au monde moderne et à la culture contemporaine.

Tout ceci amena à la religion républicaine de la laïcité et à l’utopie de la démocratie. Mais cette laïcité est réduite à tort à la loi de 1905 et à la séparation de l’Église et de l’État. Vincent Peillon soutient par exemple dans son livre « Une religion pour la République » (Seuil, 2010) que la Révolution est un évènement religieux qui doit faire émerger un homme nouveau et que pour finaliser le processus, il faut une religion universelle : la laïcité. Cette religion aurait pour temple ou église l’école de la République qui « doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen » ; « la Révolution implique l’oubli total de ce qui précède la Révolution ». En tant que ministre de l’Éducation nationale de 2012 à 2014, il disait également que « le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper » car, « pour donner la liberté du choix il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire son choix ».

Les valeurs de la république à l'école

Conclusion

Pour Youssef Hindi, le problème fondamental de la République et de la Révolution française est qu’elles génèrent une société instable. En moins de deux siècles, il y eut la Révolution de 1789, l’Empire, la Restauration, la Révolution de 1830, la Révolution de 1848, la II République, le Second Empire, la IIIe République, la IVe République et enfin la Ve République, que certains voudraient abolir aujourd’hui. Le problème n’est en fait pas institutionnel, mais religieux. La République est un organe étranger régulièrement rejeté par la population française, car elle n’accepte pas la religion républicaine dont elle ignore d’ailleurs l’existence. Encore aujourd’hui, l’empreinte catholique millénaire est intégrée anthropologiquement au sein du peuple. L’intérêt de cet ouvrage réside donc dans la critique de ce qui sous-tend l’infrastructure actuelle, c’est-à-dire les conceptions idéologiques sur lesquelles s’appuie l’État, le gouvernement, le Système.  

A l’attention des Gilets Jaunes.

Franck Pengam

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5 thoughts on “LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE

  • Ping : VERS LE RÈGNE DE L’HOMO GLOBALUS ? – Les moutons enragés – Le Monde

  • 25 septembre 2019 à 12h00
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    le marxisme, dans ce que Marx a apporté de façon spécifique, la dictature du prolétariat rédempteur, répond aussi à cette approche. Et toute la gauche radicale entonne encore aujourd’hui une Internationale qui enjoint de faire du passé table rase.
    Une période semble cruciale, après la chute de l’empire romain, celle de l’expansion « mondiale » de l’Islam du VIII è au XI è siècles. Les confins occidentaux de ce nouveau monde commerçant, urbain et culturel se trouvent chez nous dans le Languedoc et c’est au Xè que sera créée la légende de Compostelle tandis qu’une transcription de la Thora en catalan sera éditée.

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    • 30 septembre 2019 à 12h00
      Permalink

      Je prépare une vidéo sur l’histoire de cette mentalité révolutionnaire internationale. Cela va être intéressant.

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  • 25 septembre 2019 à 12h00
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    VOICI COMMENT DÉGAGER MACRON ET SA CLIQUE PUTRIDE !
    ISRAËL : LE MESSIE ARRIVE:.! http://veritablenouvelordre.forumcanada.org/t9653-israel-le-messie-arrive#.XYFlN17PgzU.twitter
    NETANYAHOU DÉGAGE CAR LE MESSIE ARRIVE ET IL DISPOSE D’UNE ARMÉE DE 7 MILLIARDS DE CROYANTS:.!
    LA FRANCE EST LE NOUVEL ISRAËL ET PARIS EST LA NOUVELLE JÉRUSALEM :.
    Le grand Louvre subtilement préparé par François MITTERRAND est alors le siège central du futur gouvernement messianique mondial.
    Autrement dit,
    LE GRAND LOUVRE EST LE VÉRITABLE 3ÈME TEMPLE DE SALOMON :.

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    • 30 septembre 2019 à 12h00
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      J’aurai préféré une critique de l’article

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