Mercosur : le « non » français, une résistance de façade de Macron face à l’UE

Emmanuel Macron annonce le vote contre l'accord UE-Mercosur après appel à Ursula von der Leyen le 9 janvier Emmanuel Macron annonce le vote contre l'accord UE-Mercosur après appel à Ursula von der Leyen le 9 janvier

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Emmanuel Macron a annoncé que la France votera contre l’accord UE-Mercosur, malgré les concessions arrachées par Bruxelles jugées acceptables, marquant un revirement inattendu sous la pression des agriculteurs.
  • Les manifestations des fermiers français dénoncent la concurrence déloyale des produits sud-américains, bourrés de pesticides interdits en Europe qui menacent les exploitations locales, soulevant des questions sur la souveraineté alimentaire.
  • Ce vote révèle les contradictions de Macron, qui avait précédemment salué l’accord pour diversifier les secteurs industriels, mais cède maintenant à la colère populaire pour préserver son image politique.
  • L’opposition critique cette décision comme une manœuvre hypocrite, mettant en doute si Macron protège vraiment les intérêts français face à l’influence de l’UE, et envisage des motions de censure.

Emmanuel Macron a fini par trancher : la France votera contre l’accord UE-Mercosur, malgré les ultimes concessions arrachées par Bruxelles, jugées incontestables par certains. Un appel passé directement à Ursula von der Leyen pour lui signifier la sentence, jeudi 8 janvier.

« Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord », a-t-il lancé, balayant d’un revers de main un traité « d’un autre âge. »

Vingt-cinq ans de négociations pour ouvrir grand les portes à l’Argentine, au Brésil, au Paraguay et à l’Uruguay, et voilà que la grogne des champs français fait barrage, même si la présidente de la Commission européenne, avec le feu vert des États membres, s’apprête à filer en Amérique du Sud pour signer ce pacte.

Les agriculteurs, gardiens de la souveraineté alimentaire, ont raison de se cabrer face à cette concurrence sud-américaine jugée déloyale. Des produits low-cost, parfois issus de standards phytosanitaires incompatibles avec les nôtres, auraient inondé les marchés et fait plier les exploitations familiales, faute de contrôles jugés suffisants pour garantir le respect de nos normes. Macron, habituellement complaisant avec les élites bruxelloises, a dû céder à une colère populaire qui monte depuis des mois.

Macron piégé par la colère des champs et ses propres contradictions

Les tracteurs des agriculteurs ont envahi Paris. Un tel opprobre n’a pas laissé le choix au président : dire non au Mercosur. Ce positionnement, qui ressemble à un coup de poker pour protéger son premier ministre Sébastien Lecornu d’une chute prématurée, avant même l’adoption du budget annuel, masque le fait que Macron voit dans cet accord un impact bien plus modéré que ce que clament des manifestants exaspérés.

Pourtant, Macron ne voyait pas cet accord comme une catastrophe. Début novembre, au Brésil, il en chantait encore les louanges.

«Notre filière viticole qui est heurtée par les tarifs américains», avait-il plaidé, en soulignant que «beaucoup de secteurs industriels» cherchaient une «diversification».

Il saluait même le «paquet» de mesures de Bruxelles, jugé «tout à fait acceptable», avec la «clause de sauvegarde» pour l’agriculture.

«Je suis plutôt positif mais je reste vigilant», avait-il ajouté.

Ces paroles ont déclenché un tollé en France. La colère des champs, pression populaire contre une concurrence sud-américaine jugée déloyale, l’a forcé à rectifier le tir. D’où ce revirement vers un non très ferme de la France à l’accord en l’état. Ce calcul politique pour sauver la face devant un peuple qui en a ras-le-bol des technocrates bruxellois reste cependant une résistance de façade, impuissante face aux règles de majorité qualifiée de l’UE.

Des miettes arrachées aux technocrates, mais un mur infranchissable

Malgré la révolte des champs français, les résultats restent maigres face à la machine bruxelloise. L’Italie, dans un sursaut inattendu, a aidé à repousser la signature de l’accord UE-Mercosur au-delà de Noël, une petite victoire qui donne un peu d’air aux agriculteurs. Paris s’enorgueillit d’avoir décroché des avancées sur le prix des engrais et le futur budget de la PAC, afin d’ancrer davantage les subventions européennes sur les revenus des fermiers.

Macron, coincé entre son alignement sur Bruxelles et la colère du peuple, paie l’impuissance française. Sa résistance de façade ne trompe personne : les élites technocratiques l’emporteront, au mépris de la souveraineté nationale et des standards que les fermiers défendent contre des importations sud-américaines jugées incompatibles avec nos normes. Face à ce non français, les oppositions ne décollent pas et pointent du doigt les faux-semblants. Jordan Bardella, à la tête du RN, dénonce :

« Une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite » et une mise en scène de la part du gouvernement Lecornu.

Pour lui, ce revirement constitue une trahison envers les agriculteurs. Le RN brandit dès lors la motion de censure contre l’exécutif, un geste symbolique avec peu de chances d’aboutir au vu des calculs à l’Assemblée. De son côté, Bruno Retailleau, chez Les Républicains, met la pression : si le gouvernement votait pour le Mercosur, la censure s’abattrait illico.

« Emmanuel Macron a une responsabilité directe si ce traité passe » puisque, « depuis huit ans, il aurait pu et il aurait dû bloquer cet accord » a affirmé Mathilde Panot de LFI.

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