🔥 Les essentiels de cette actualité
- L’Union européenne a échoué à adopter un vingtième paquet de sanctions contre la Russie en raison du veto hongrois, exposant l’impuissance structurelle de sa règle d’unanimité face aux intérêts divergents des États membres.
- Viktor Orban conditionne son accord au rétablissement des flux pétroliers via l’oléoduc Droujba, utilisant ce levier pour bloquer les sanctions et influencer la politique énergétique européenne, tout en jouant sur les divisions internes.
- Les dirigeants européens, comme Emmanuel Macron et Kaja Kallas, expriment leur frustration et menacent des réformes, révélant un embarras croissant devant l’incapacité de l’UE à agir uniment en temps de crise.
- L’obstruction hongroise menace également l’aide financière à l’Ukraine, posant la question de savoir si l’Union peut surmonter ses faiblesses pour défendre une politique étrangère cohérente.
Le spectacle offert lundi à Bruxelles a quelque chose de pathétique. Tandis qu’Ursula von der Leyen et Antonio Costa s’envolaient vers Kiev pour y jouer les porteurs d’espoir, à la veille du quatrième anniversaire de l’invasion russe à grande échelle, les ministres européens des Affaires étrangères échouaient à adopter un vingtième paquet de sanctions contre Moscou.
La cause ? Le veto hongrois. Viktor Orban, en pleine campagne électorale pour les législatives du 12 avril, a choisi ce moment précis pour rappeler à ses partenaires une vérité que Bruxelles s’acharne à ignorer : l’unanimité à vingt-sept est une fiction politique.
Budapest conditionne désormais tout nouvel accord au rétablissement des flux pétroliers via l’oléoduc Droujba, endommagé fin janvier lors d’une frappe russe ayant traversé le territoire ukrainien. Son chef de la diplomatie, Peter Szijjarto, l’a clairement signifié publiquement : aucune avancée tant que cette question énergétique n’est pas réglée.
Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ce constat. Il ne s’agit pas ici de défendre aveuglément Budapest ni de minimiser la complexité du dossier ukrainien. Il s’agit de regarder en face ce que révèle cet épisode : l’impuissance structurelle d’une Union européenne qui prétend parler d’une seule voix tout en réunissant des nations aux intérêts divergents. Viktor Orban n’est pas un accident de l’histoire européenne. Il est le symptôme d’un système qui confond l’addition des souverainetés avec leur dissolution.
« C’est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd’hui »
Cet aveu de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, résume à lui seul l’embarras de Bruxelles. Mais ce « message » n’est pas celui qu’elle croit. Le véritable signal envoyé au monde, c’est celui d’une construction politique incapable de trancher, de décider et d’agir avec la rapidité qu’exige le temps des crises.
L’unanimité, verrou ou cercueil ?
La règle de l’unanimité en politique étrangère était censée protéger la souveraineté des États membres. Elle est devenue l’instrument de leur impuissance collective. Un seul pays peut bloquer vingt-six autres. Lorsque ce pays s’appelle la Hongrie, qu’il entretient des relations pragmatiques avec Moscou et dépend structurellement du pétrole russe, le blocage n’est pas un accident, il est prévisible, logique et presque mécanique.
Les réactions indignées des capitales européennes ont quelque chose de théâtral. Emmanuel Macron martèle que « Les engagements donnés au dernier Conseil européen seront tenus. Il ne peut en être autrement ». Le Polonais Radoslaw Sikorski rappelle que « Les Hongrois comprennent ce que c’est : Budapest a été envahie, deux fois », qualifiant de « choquante » l’exploitation électorale d’un climat d’hostilité envers la victime. Le Lituanien Kestutis Budrys va jusqu’à affirmer qu’« à long terme », l’Union devrait se « demander » si elle a « vraiment besoin de 27 membres ».
Viktor Orban joue selon les règles du jeu européen. Il ne viole aucun traité en opposant son veto. Il utilise simplement les leviers que l’architecture institutionnelle lui offre. Que cela déplaise à Bruxelles est une chose. Que cela révèle une faille béante dans la gouvernance européenne en est une autre autrement plus préoccupante.
La Slovaquie, alliée de Budapest et elle aussi dépendante de ce corridor énergétique, a annoncé l’arrêt de ses livraisons d’électricité d’urgence à l’Ukraine. Les deux gouvernements estiment que Kiev entrave volontairement le transit pétrolier pour exercer un « chantage » dans le contexte des débats sur son adhésion à l’Union.
L’Ukraine, de son côté, attribue les perturbations aux bombardements russes et aux retards qu’ils provoquent dans les réparations. Qui dit vrai ? La question importe moins que ce qu’elle révèle : au sein même de l’Union, les récits divergent, les intérêts s’affrontent et la solidarité proclamée se fissure dès qu’elle entre en collision avec les réalités énergétiques nationales.
Le bras de fer ne se limite pas aux sanctions. Viktor Orban a également signalé qu’il pourrait bloquer le prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, pourtant validé en décembre. Même si la Hongrie n’a pas à garantir son remboursement, l’autorisation d’emprunt européen exige l’unanimité.
Antonio Costa a rappelé que « Dans tous les cas, une décision prise par le Conseil européen doit être respectée », soulignant que « toute violation d’engagement constitue une violation du principe de coopération sincère ».

La France dans tout cela : suivisme ou sursaut ?
Jean-Noël Barrot assure que le vingtième paquet de sanctions sera adopté, que la question n’est pas « si » mais « quand ». Cette rhétorique optimiste ne trompe personne. Elle traduit surtout l’absence de stratégie française autonome sur le dossier ukrainien. Paris s’est rangé sans nuance dans le camp atlantiste, multipliant les déclarations martiales sans jamais définir clairement ses objectifs, ses lignes rouges ni les conditions d’une sortie de crise.
Le chancelier allemand Friedrich Merz affirme :
« La Russie se trouve au plus profond niveau de la barbarie et n’est pas en train de gagner cette guerre. »
Il avance le chiffre de plus d’un million de pertes russes depuis 2022, qu’il présente comme un niveau supérieur à l’ensemble des pertes russes et soviétiques enregistrées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais ces données ne disent rien de l’issue du conflit.
Les 194,9 milliards d’euros engagés par l’Union européenne depuis 2022, dont 70 milliards d’aide militaire, sont considérables et pèsent sur des budgets nationaux déjà fragilisés. Face au blocage hongrois, Kaja Kallas a évoqué la possibilité de mobiliser les actifs russes gelés, tout en précisant que « le travail continue » pour obtenir un compromis.
Viktor Orban est peut-être un trublion cynique. Il est peut-être motivé par des calculs électoraux à courte vue : les enquêtes d’opinion le placent aujourd’hui derrière son rival Peter Magyar. Il bénéficie du soutien affiché de Donald Trump, qui lui a accordé son « soutien total et complet » pour les élections du 12 avril. Mais son obstruction met le doigt sur une vérité que les européistes refusent d’affronter : on ne peut pas construire une politique étrangère commune avec des nations qui n’ont ni les mêmes intérêts, ni les mêmes dépendances ni les mêmes visions du monde.
Alors qu’Ursula von der Leyen et Antonio Costa doivent confirmer leur soutien à Kiev, l’Union européenne peine toujours à empêcher qu’un seul État membre tienne en otage sa politique extérieure. Vladimir Poutine, depuis le Kremlin, observe sans doute ce spectacle avec satisfaction.
IMPORTANT - À lire
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