Affaire Epstein : le Royaume-Uni contraint d’ouvrir le dossier Andrew

Affaire Epstein : la faillite morale des élites mondialisées éclate au grand jour en Grande-Bretagne Affaire Epstein : la faillite morale des élites mondialisées éclate au grand jour en Grande-Bretagne

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le gouvernement britannique s’apprête à publier les archives sur la nomination du prince Andrew comme envoyé spécial au commerce en 2001, exposant ses relations compromettantes avec Jeffrey Epstein, ce qui pourrait enfin éclaircir les zones d’ombre de l’affaire.
  • Prince Andrew et Peter Mandelson ont été arrêtés pour transmission d’informations sensibles à Epstein, révélant la dangereuse collusion entre élites politiques et réseaux criminels internationaux, et soulevant des questions sur l’étendue de ces liens.
  • Des responsables comme Ed Davey et Chris Bryant dénoncent l’impunité des puissants, exigeant une fin à l’ère de la complaisance au sein de l’establishment britannique, pour rendre justice aux victimes.
  • Cette scandale outre-Manche invite la France à examiner ses propres élites, se demandant si les mêmes mécanismes de connivence persistent dans les cercles du pouvoir français.

L’affaire Epstein continue de déverser son flot de révélations et cette fois, c’est l’establishment britannique qui se trouve éclaboussé jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. En l’espace de quatre jours, le prince Andrew et l’ancien commissaire européen Peter Mandelson ont été arrêtés et placés en garde à vue, soupçonnés d’avoir transmis des informations économiques sensibles au financier américain.

Comme l’a reconnu Ed Davey, chef de file des libéraux démocrates britanniques, l’affaire Epstein est « un scandale profondément britannique qui atteint les plus hautes sphères de l’establishment ». On ne saurait mieux dire. On pourrait ajouter qu’il s’agit d’un scandale qui révèle la porosité troublante entre les cercles du pouvoir politique, les réseaux financiers internationaux et des pratiques criminelles d’une extrême gravité.

« C’est bien le minimum que nous devons aux victimes de ces atrocités, commises par Epstein et d’autres. »

Ces mots du secrétaire d’État au commerce Chris Bryant, prononcés devant la Chambre des communes, auraient pu sonner comme une évidence morale. Il aura pourtant fallu des années, des révélations américaines et la pression de l’opinion publique pour que le gouvernement britannique consente enfin à publier les documents relatifs à la nomination du prince Andrew comme envoyé spécial au commerce. De 2001 à 2011, le frère cadet du roi Charles III a représenté les intérêts commerciaux britanniques à travers le monde, tout en entretenant des relations que l’on sait aujourd’hui problématiques avec Jeffrey Epstein.

La faillite des élites mondialisées

Le même Chris Bryant a qualifié Andrew Mountbatten-Windsor d’« homme grossier, arrogant, imbu de ses privilèges et incapable de distinguer l’intérêt public de son propre intérêt privé ». Qu’un ministre britannique se permette une telle charge contre un membre de la famille royale au Parlement témoigne de l’ampleur du séisme. Au-delà de la personne du prince déchu, c’est tout un système qui vacille : celui d’une aristocratie politique et économique qui s’est crue au-dessus des lois communes.

Peter Mandelson incarne à la perfection cette caste transnationale. Ancien ministre de Tony Blair, commissaire européen, il fut rappelé des États-Unis par Keir Starmer en septembre 2025 après de nouvelles révélations concernant ses liens avec Epstein. L’homme avait pourtant été pressenti pour devenir ambassadeur à Washington. Le Premier ministre travailliste a depuis présenté ses excuses et vu démissionner son chef de cabinet ainsi que son directeur de la communication. Belle illustration de l’aveuglement d’un pouvoir qui nomme ses proches sans s’embarrasser de vérifications élémentaires.

Le biographe Andrew Lownie affirme que Mandelson et Tony Blair auraient « imposé la nomination » du prince Andrew comme envoyé spécial en 2001. Si cette information se confirme, elle dessinerait les contours d’un réseau d’influence où les frontières entre service de l’État et arrangements entre amis s’effacent dangereusement. The Telegraph a d’ailleurs exhumé des propos de Mandelson devant le Parlement, où il jugeait l’ancien duc d’York « tout à fait qualifié » pour ce rôle. On mesure aujourd’hui l’étendue réelle de cette qualification.

Ce qui frappe, c’est la durée de l’impunité. Les liens entre ces personnalités et Jeffrey Epstein étaient connus de longue date. Il aura fallu attendre la publication de nouveaux documents par le département de la Justice américain, fin janvier, pour que les autorités britanniques se décident enfin à agir. Pendant des années, la complaisance a prévalu. On fermait les yeux, on minimisait, on invoquait la présomption d’innocence avec une sollicitude qu’on n’accorde guère au citoyen ordinaire.

Des leçons pour la France

Cette affaire britannique devrait servir d’avertissement de ce côté-ci de la Manche. La France n’est pas épargnée par les réseaux d’influence transatlantiques ni par la tentation de certaines élites de se croire intouchables. Combien de responsables politiques français ont-ils fréquenté les mêmes cercles, les mêmes fondations, les mêmes conférences internationales où se côtoyaient puissants et individus aujourd’hui mis en cause ? La question mérite d’être posée avec la même rigueur que celle qu’appliquent aujourd’hui les parlementaires britanniques.

La mondialisation heureuse que l’on vantait depuis trente ans avait aussi cette face obscure : des élites déracinées, circulant de Davos à Washington, de Bruxelles aux îles Vierges, oubliant en chemin qu’elles étaient censées servir leurs peuples. Le cas Epstein n’est pas une anomalie dans ce système : il en est le symptôme le plus révélateur. Un homme qui achetait l’accès aux puissants par l’argent et le chantage pendant que ceux-ci lui ouvraient les portes des chancelleries.

Ed Davey appelle à « mettre fin à l’ère de l’impunité ». Souhaitons que ce vœu ne reste pas lettre morte. Pour cela, il faudra aller au-delà des cas individuels d’Andrew ou de Mandelson. Il faudra interroger les structures qui ont permis cette collusion durable entre pouvoir et criminalité. Il faudra accepter de regarder en face ce que la classe dirigeante occidentale est devenue : une oligarchie plus soucieuse de ses réseaux internationaux que du bien commun de ses nations.

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