Démission de Børge Brende : le Forum économique mondial rattrapé par l’affaire Epstein

Démission de Børge Brende : le Forum économique mondial rattrapé par l'affaire Epstein Démission de Børge Brende : le Forum économique mondial rattrapé par l'affaire Epstein

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Børge Brende, patron du Forum économique mondial, a été contraint à la démission après la révélation de ses liens documentés avec Jeffrey Epstein : plus de cent SMS échangés et trois rencontres en personne avec le prédateur sexuel.
  • Sa déclaration de départ, glaciale, ne présente aucune excuse aux victimes et réduit le scandale à une simple « distraction » — un vocabulaire qui trahit le mépris profond de ces élites pour toute forme de responsabilité morale.
  • Le Forum économique mondial s’est empressé de se blanchir via une enquête interne dont la composition et les méthodes restent totalement opaques, reproduisant exactement le même scénario que lors des accusations visant son fondateur Klaus Schwab l’an dernier.
  • Cette affaire expose le fonctionnement réel des réseaux de Davos : un entre-soi fondé sur la cooptation et la présomption mutuelle de respectabilité, que Jeffrey Epstein avait parfaitement appris à exploiter pour accéder aux cercles les plus fermés du pouvoir mondial.

La chute de Børge Brende n’aura surpris que ceux qui s’obstinent encore à croire en la vertu proclamée des élites mondialisées. L’ancien patron du Forum économique mondial, ce cénacle de Davos où se retrouvent chaque année les grands prêtres de la gouvernance globale, a donc été contraint à la démission. Son tort ? Avoir entretenu des liens documentés avec Jeffrey Epstein, ce prédateur sexuel dont le carnet d’adresses continue de faire trembler les puissants de ce monde.

Les faits sont têtus : plus de cent SMS et courriels échangés, trois rencontres en personne. L’intéressé assure n’avoir « pas eu conscience du passé et activités criminelles » du financier américain, présenté comme un simple « investisseur » lors d’un dîner new-yorkais en 2018. On veut bien le croire, mais cette défense révèle au minimum une légèreté coupable. Comment le dirigeant d’une organisation qui prétend façonner l’avenir du monde peut-il ignorer la réputation sulfureuse d’un homme dont les turpitudes alimentaient déjà la chronique judiciaire américaine depuis 2008 ?

« Après mûre réflexion, j’ai décidé de quitter mes fonctions de président-directeur général du Forum économique mondial […], je suis convaincu que le Forum peut désormais poursuivre son important travail sans distraction. »

Cette déclaration, d’une froideur bureaucratique confondante, mérite qu’on s’y arrête. Børge Brende ne présente pas d’excuses aux victimes d’Epstein. Il ne s’interroge pas publiquement sur la complaisance des cercles de pouvoir envers un criminel notoire. Non, il se retire pour éviter les « distractions ». Le vocabulaire en dit long sur l’état d’esprit de ces élites transnationales : le scandale n’est qu’une nuisance médiatique à gérer, un désagrément logistique dans la marche triomphale de la « gouvernance mondiale ».

L’entre-soi des maîtres du monde

Cette affaire éclaire d’une lumière crue le fonctionnement réel des réseaux qui gravitent autour du Forum de Davos. On y croise des diplomates de haut rang, des chefs d’entreprise, des anciens ministres, comme Brende lui-même, passé par le gouvernement norvégien. On s’y retrouve dans des dîners privés où les cartes de visite importent plus que la moralité des convives. L’ancien vice-Premier ministre norvégien Terje Rod-Larsen, qui aurait introduit Brende dans ce cercle, illustre parfaitement ces passerelles entre diplomatie officielle et réseaux d’influence opaques.

Ce milieu fonctionne sur la confiance entre pairs, sur la présomption réciproque de respectabilité. Jeffrey Epstein avait parfaitement compris comment exploiter ces codes. Sa fortune douteuse, son île privée, ses relations avec des personnalités de premier plan : tout cela lui ouvrait les portes des cénacles les plus fermés. Plus de mille victimes, dont des mineures, ont payé le prix de cette complaisance collective.

Le Forum économique mondial assure que l’enquête interne n’a « pas soulevé de préoccupations supplémentaires ». Circulez, il n’y a rien à voir. Cette formule devrait alerter tout esprit critique. Que valent ces enquêtes internes menées par des « conseils externes » dont on ignore la composition et les méthodes ? L’an dernier déjà, Klaus Schwab, fondateur historique du Forum, avait été « blanchi » par une procédure similaire après des accusations de mélange entre affaires personnelles et ressources de l’organisation. La justice domestique de Davos semble remarquablement clémente envers ses propres membres.

Un symptôme de la déconnexion des élites

Au-delà du cas Brende, c’est tout un système qui se trouve interrogé. Le Forum économique mondial incarne depuis des décennies cette idéologie de la « gouvernance globale » qui prétend résoudre les problèmes du monde par-dessus la tête des nations et des peuples. Ses membres théorisent le « Great Reset », promeuvent des politiques migratoires généreuses, pour les autres, et sermonnent les citoyens ordinaires sur leur empreinte carbone depuis les pistes de leurs jets privés.

Cette caste se caractérise par une certitude morale inversement proportionnelle à son exemplarité personnelle. Les mêmes qui donnent des leçons de vertu environnementale et sociale aux classes moyennes françaises ou européennes se révèlent incapables de vérifier la probité de leurs commensaux. Pire : quand le scandale éclate, ils invoquent leur bonne foi et se retirent dignement vers d’autres fonctions lucratives, tandis que les victimes n’obtiennent jamais pleine justice.

Car Jeffrey Epstein est mort, officiellement suicidé dans sa cellule en 2019, avant son procès. Ses complices présumés, ses protecteurs, ceux qui fermaient les yeux en échange d’un accès aux bonnes tables : combien seront réellement inquiétés ? Les documents publiés par le département américain de la justice montrent l’étendue d’un réseau. Mais la simple mention d’un nom, nous dit-on, « ne suppose aucun acte répréhensible a priori ». Cette précaution juridique, parfaitement légitime, risque surtout de servir de paravent à l’impunité.

Pour les Français attachés à la souveraineté nationale, cette affaire constitue une leçon supplémentaire. Les institutions supranationales, qu’il s’agisse du Forum de Davos ou d’autres structures moins médiatiques, fonctionnent selon des règles qui échappent largement au contrôle démocratique. Leurs dirigeants naviguent dans un entre-soi où la cooptation remplace l’élection, où la responsabilité se dilue dans l’opacité des procédures internes.

La démission de Børge Brende ne changera rien à ce système. Son successeur par intérim, le Suisse Alois Zwinggi, poursuivra la mission du Forum : influencer les politiques publiques mondiales, promouvoir la convergence réglementaire, accélérer les transitions imposées d’en haut. Les mêmes recettes, les mêmes certitudes, la même morgue à l’égard des peuples récalcitrants.

Il reste que cette affaire aura au moins le mérite d’écorner durablement l’image d’une institution qui se présentait comme le temple de l’éthique capitaliste et de la responsabilité sociale. Les masques tombent. Derrière les discours sur le « capitalisme des parties prenantes » et le « développement durable », on découvre des réseaux d’influence où un prédateur sexuel pouvait circuler librement, introduit par des diplomates et fréquenté par des dirigeants. Cette réalité-là, aucune enquête interne ne pourra l’effacer.

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