🔥 Les essentiels de cette actualité
- Trump menace lundi d’« anéantir complètement » les infrastructures énergétiques iraniennes, dont l’île de Kharg qui assure près de 90 % des exportations de brut de Téhéran, tout en évoquant simultanément d’« énormes progrès » diplomatiques — une ambivalence qui désarçonne jusqu’aux marchés financiers.
- Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième des hydrocarbures mondiaux, reste au cœur du bras de fer : l’Iran refuse de le rouvrir librement et propose d’y interdire explicitement le passage des navires américains et israéliens.
- Pour la première fois depuis le début du conflit, le baril de WTI franchit le seuil symbolique des 100 dollars, tandis que le G7 Finances-Énergie promet d’agir pour stabiliser les marchés de l’énergie, sans préciser par quels moyens.
- Trois Casques bleus de la Finul sont morts au Liban en deux jours dans des circonstances encore indéterminées : la France réclame une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU et condamne ces événements « avec la plus grande fermeté ». Mais qui a tiré ?
La guerre entre les États-Unis et l’Iran, déclenchée le 28 février par une attaque américano-israélienne, est entrée cette semaine dans une phase de surenchère verbale et militaire qui brouille toute lisibilité. Donald Trump a menacé lundi, sur sa plateforme Truth Social, d’« anéantir complètement » les centrales électriques iraniennes, les puits de pétrole du pays et l’île de Kharg, point névralgique qui assure environ 90 % des exportations de brut iranien, si un accord n’était pas conclu « rapidement ». La veille, il évoquait déjà une possible opération terrestre pour s’emparer de ce terminal stratégique et « prendre le pétrole » iranien, ajoutant que les usines de dessalement pourraient également être ciblées.
Ces menaces s’accompagnent pourtant, dans le même message présidentiel, d’une tonalité presque optimiste : Trump y mentionne des « énormes progrès » dans des « discussions sérieuses avec un régime nouveau et plus raisonnable » à Téhéran. Le secrétaire d’État Marco Rubio a confirmé cette ambivalence en se disant confiant sur la possibilité de travailler avec des interlocuteurs, non identifiés, au sein du gouvernement iranien, après « quelques échanges » qu’il a jugés positifs.
Entre menaces et tractations, le détroit d’Ormuz au cœur de la crise
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite ordinairement un cinquième des hydrocarbures mondiaux, cristallise toutes les tensions. Trump a posé sa réouverture comme condition sine qua non pour éviter une escalade militaire majeure. Or, la réponse iranienne est pour le moins équivoque : une commission parlementaire a approuvé lundi un projet visant non pas à rouvrir librement le détroit, mais à y imposer des droits de passage aux navires commerciaux, tout en prévoyant une « interdiction de passage » explicite pour les navires américains et israéliens. Une manière de bouger sans céder.
« Wall Street sait désormais qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre », a résumé Sam Stovall, analyste chez CFRA.
Cette formule dit beaucoup. Pendant que les bourses européennes résistaient, Londres gagnant 1,43 % et Paris 0,92 %, portées par les signaux diplomatiques du côté américain, Wall Street n’a pas suivi le mouvement. Les investisseurs américains semblent avoir appris à distinguer la rhétorique trumpienne de ses effets réels. Ce hiatus entre les marchés des deux côtés de l’Atlantique illustre la confusion générale qui entoure ce conflit : nul ne sait exactement ce qui relève de la posture et ce qui constitue une intention ferme.
Sur le terrain, la confusion n’est pas moindre. Ce mardi matin, un pétrolier koweïtien « entièrement chargé » a été attaqué par l’Iran à proximité du port de Dubaï, sans faire de blessé parmi l’équipage, mais causant des blessures légères à quatre personnes en raison des débris provoqués par la défense anti-aérienne. En Arabie saoudite, huit missiles ont été interceptés. Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a pour sa part exhorté Riyad à « expulser les forces américaines » de son territoire, tout en affirmant que les attaques de Téhéran ne visaient que ses « agresseurs ennemis ».
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, lui, a estimé lors d’un entretien accordé à la chaîne Newsmax que « la moitié du chemin est clairement dépassée », en termes de missions, a-t-il précisé, et « pas nécessairement de durée ». Une formulation qui suggère que l’opération militaire suit un cap défini, même si son horizon temporel reste indéterminé.
Le bilan humain et économique du conflit continue de s’alourdir. Pour la première fois depuis le début de la guerre, le prix du baril de WTI, référence pétrolière américaine, a clôturé au-dessus des 100 dollars lundi. Le G7 Finances-Énergie, réuni en visioconférence à l’initiative de la France, s’est dit prêt « à prendre toutes les mesures nécessaires » pour assurer la stabilité du marché de l’énergie, sans préciser lesquelles.
La France a par ailleurs demandé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, après la mort de trois Casques bleus de la Finul au Liban, deux tués lundi dans « une explosion d’origine inconnue » dans le sud du pays, un troisième, de nationalité indonésienne, mort dimanche dans des circonstances similaires. Paris a qualifié ces événements d’« incidents gravissimes » et les a condamnés « avec la plus grande fermeté ».
Ce tableau d’ensemble dessine un conflit qui n’obéit plus à une logique lisible : les menaces les plus radicales coexistent avec des signaux diplomatiques, les marchés financiers se dissocient selon qu’ils sont américains ou européens, et les Casques bleus tombent sur un théâtre d’opérations, le Liban, dont l’origine des tirs reste indéterminée. La guerre au Moyen-Orient est entrée dans une phase où l’incertitude elle-même est devenue l’instrument de pression principal.
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Détroit d'Ormuz, pétrole à 100$, Casques bleus tués au Liban… ce conflit redessine l'ordre mondial en temps réel. Notre revue papier mensuelle décrypte ces basculements géopolitiques en profondeur.
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