🔥 Les essentiels de cette actualité
- Gérald Darmanin annonce une réforme majeure de l’ENM pour 2026, incluant un nouveau concours et des cours sur l’économie et le management.
- Visite tendue à Bordeaux avec un « kit de survie » distribué aux élèves magistrats, mais aucune question posée au ministre.
- Darmanin critique la manque de diversité à l’ENM, appelant à une ouverture méritocratique pour une justice plus représentative.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin s’est rendu ce vendredi 24 octobre à l’École nationale de la magistrature (ENM), à Bordeaux, après avoir déjà balancé sur X les premières pistes liées à la réforme de l’école de la magistrature attendue pour début 2026.
Au menu de sa réforme ? Un chamboulement total du concours et du recrutement, des cours sur l’économie et la finance, l’apprentissage des ficelles de l’État, du management à gogo, et cerise sur le gâteau : l’obligation pour les magistrats de ne plus rester plantés au même endroit toute leur carrière.
Pour mener cette petite révolution, une « mission de préfiguration » a été mise en place et va plancher pendant trois mois sur ces bouleversements. étail qui n’a échappé à personne : elle sera pilotée par quelqu’un qui n’appartient pas au monde judiciaire.
Accueil tendu et « kit de survie » pour le ministre
Ces 468 petits chéris de l’ENM, baptisés promotion « État de droit » (la fameuse promo « des 500 »), sont maintenant dans tous leurs états. Faut dire qu’ils ont été chauffés comme jamais par les polémiques à répétition – et pas des moindres.
L’affaire Sarkozy en tête a mis le feu aux poudres ! Le Garde des Sceaux, toujours prompt à soigner son image, a même juré qu’il irait rendre une petite visite de courtoisie à l’ancien président dans sa cellule de la Santé.
L’amphithéâtre Simone Veil débordait d’élèves magistrats ce jour-là. Les 250 futurs juges avaient tous devant eux un étrange « kit de survie » pour la visite ministérielle. Sur une feuille A4 couverte d’une écriture minuscule et compacte, les consignes s’affichaient en écriture inclusive – déjà tout un programme.
« Voici une liste de questions préparées par notre ‘team questions’, mêlant syndiqué-e-s et non syndiqué-e-s, à poser librement au garde des Sceaux le 24 avril », indiquait le document
Des directives précises suivaient : applaudir après chaque question et, si l’envie prenait, se lever en soutien quand un collègue prenait la parole. « Bon courage à tous ! », concluait le papier avec une fausse décontraction.

Des questions brûlantes et un coup de théâtre
Les questions qui dérangent étaient brutales :
« Comment expliquez-vous aux futurs magistrats qu’ils doivent être neutres quand vous affichez publiquement votre soutien à un condamné ? » ; « Votre projet de loi SURE vise à limiter la marge d’appréciation des juges : comment forme-t-on des magistrats indépendants si on leur retire leur pouvoir d’appréciation des peines ? (….) » ; « La justice doit-elle satisfaire des usagers ou garantir l’État de droit (….) » ; « Dans un contexte où les magistrats sont la cible de vives critiques et de menaces, comment expliquez-vous la tonalité de la réponse apportée par le porte-parole du ministère aux inquiétudes exprimées sur les réseaux sociaux vis-à-vis de vos récentes déclarations ? »
Mais aucune question n’a été posée à Darmanin. Pourtant, à la fin de son discours d’ouverture, le ministre a eu droit à un petit spectacle imprévu. Trois auditeurs se sont levés l’un après l’autre pour exprimer leurs inquiétudes, chacun à leur manière.
« Nous sommes devant vous dévêtus de nos robes et vulnérables », a déclaré une femme, faisant allusion aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur les magistrats.
Une autre s’est ensuite dressée pour clamer : « Les atteintes à notre indépendance portent le discrédit sur notre institution ».
« Juger n’est pas administrer », a martelé un troisième intervenant, rappelant une distinction fondamentale que nos élites semblent oublier quand ça les arrange.
Tous les élèves magistrats présents se sont levés comme un seul homme, applaudissant longuement leurs trois camarades qui avaient osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Darmanin défend sa réforme
En réponse, « quelles sont vos propositions ? », a lancé Gérald Darmanin depuis la tribune, au milieu d’un silence assourdissant. C’était pourtant lui qui venait de dérouler un long discours leur promettant de défendre « l’École ». Quelle hypocrisie !
« Je constate que tous les candidats à l’élection présidentielle, même les soi-disant modérés comme Édouard Philippe, veulent supprimer l’ENM. Je considère que ce serait une erreur de faire disparaître une école d’élite de la République », a-t-il martelé.
Puis est venue la vraie raison de cette grand-messe :
« Aussi je vous propose de préempter le débat par rapport à tous ceux qui veulent la supprimer et de nous mettre d’accord, ensemble, sur sa transformation. »
Il a conclu par un avertissement à peine voilé :
« Et ceux qui pensent pouvoir éviter cette suppression devraient se rappeler que l’ENA l’a été très rapidement. »
La critique de Gérald Darmanin sur la magistrature
Dans son discours à ces jeunes juges estampillés Science Po – ces hauts lieux où l’on apprend l’écriture inclusive mais pas la réalité du terrain – Gérald Darmanin n’y est pas allé par quatre chemins. Il décrit une magistrature déconnectée :
« 60 % d’enfants de fonctionnaires, 40 % d’enfants des élites intellectuelles, 2 % de fils d’ouvriers et 1 % de ceux d’agriculteurs. »
Le ministre a appelé à « l’ouverture méritocratique » pour une justice qui doit « ressembler à ceux qu’elle juge ».
Pas sûr que son message ait trouvé écho dans cette promotion formatée aux mêmes idées. Il défend certes le « concours républicain », mais remet en question ces admissions sur titre qui nous fabriquent une justice coupée du peuple.
Le ministre de la Justice a fini par une mise en garde qui sonne presque comme une prophétie :
« Si l’on ne change pas quelque chose, cela va mal se passer avec une population qui ne se sent pas représentée. »
Vif échange sur la diversité à l’ENM
Des propos auxquels les élèves magistrats ont aussitôt bondi. « Ce n’est pas vrai que nous manquons de diversité ! », a protesté un jeune homme.
« Il existe aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre ! », lui a-t-on rétorqué en citant le grand Audiard.
Dans cette ambiance tendue, les vérités qui fâchent ont continué de pleuvoir. « La reproduction des élites est vieille comme Bourdieu, mais ça ne nous dispense pas de poser la question », a lâché Darmanin avec un sourire en coin.
« Je sais que c’est pas agréable à entendre », a poursuivi le ministre, visiblement décidé à ne pas lâcher le morceau face à cette jeunesse dorée qui se voyait déjà distribuer la justice.
Il a quand même pris soin de préciser que ce constat « ne touche en rien votre indépendance ».
Les esquives du ministre face aux questions
Face à l’interrogation sur la vulnérabilité des magistrats, Darmanin a choisi de botter en touche. Il a préféré nous parler des juges civils menacés au quotidien. Quand on lui a demandé son avis sur l’indépendance judiciaire, ce principe qu’il prétend « chérir », le Garde des Sceaux a vite dévié vers « la responsabilité ».
L’inamovibilité des juges ? Un principe constitutionnel qui gêne visiblement notre ministre. Pour contourner cet obstacle, il n’a rien trouvé de mieux que de citer Rémy Heitz, l’actuel procureur général près la Cour de cassation.
Un exemple parfait du magistrat dont la « carrière variée » – comprendre les multiples mutations – fait le bonheur du pouvoir politique.
Et face à une petite soixantaine de profs, le ministre n’a pas cillé. Il a maintenu sa ligne dure et conforté Nathalie Roret dans ses fonctions à la tête de l’ENM. Première non-magistrate à diriger cette école, elle symbolise parfaitement ce virage politique que certains dénoncent comme une mainmise de l’exécutif sur la justice.
Gérald Darmanin a ensuite rappelé qui commande ici, avec cette petite phrase qui en dit long : les juges doivent rester à leur place et ne pas se mêler des affaires du Parlement.
Et comme d’habitude, il a conclu par une de ces formules creuses dont nos dirigeants ont le secret : son rôle est d’être « force de proposition pour pouvoir obtenir des moyens ».
IMPORTANT - À lire
La réforme de la magistrature voulue par Gérald Darmanin soulève de nombreuses questions. Quels sont les véritables enjeux derrière ce projet controversé ? Chaque mois, notre revue papier analyse en profondeur l'actualité politique et géopolitique pour vous offrir un éclairage unique.
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