🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le nom du prince Andrew apparaît pas moins de 1 821 fois dans les fichiers Epstein, et pourtant, le frère du roi Charles n’a toujours pas été auditionné par le Congrès américain, qui réclame désormais qu’il vienne s’expliquer.
- Dans un élan rarissime, républicains et démocrates s’unissent pour exiger des comptes : l’Epstein Files Transparency Act a été adopté à 427 voix contre une seule, forçant la publication de millions de pages de documents judiciaires.
- Le Congrès est juridiquement impuissant à contraindre Andrew à témoigner, mais la pression monte des deux côtés de l’Atlantique : Andrew et l’ex-ambassadeur Peter Mandelson ont été placés sous enquête en Angleterre pour faute professionnelle dans l’exercice d’une fonction publique.
- 67 % des Américains estiment que des documents restent encore cachés, malgré la publication massive de fichiers — une défiance structurelle qui pousse désormais le Congrès à convoquer jusqu’à l’attorney general Pam Bondi elle-même.
L’affaire Epstein ne cesse de produire ses répliques de l’autre côté de l’Atlantique. Tandis que Washington s’embrase autour de la publication de millions de documents judiciaires, c’est désormais vers Londres que se tournent une partie des élus américains et, avec eux, selon un sondage exclusif, plus d’un Américain sur deux. La cible : le prince Andrew, frère cadet du roi Charles, dont le nom apparaît pas moins de 1 821 fois dans les fichiers Epstein. Une présence massive qui alimente une demande simple, transpartisane et de plus en plus pressante : qu’il vienne s’expliquer devant le Congrès.
La situation est politiquement inédite. Côté républicain comme côté démocrate, des élus s’accordent sur la nécessité d’une audition. Le représentant républicain Thomas Massie et son homologue démocrate Ro Khanna, coauteurs de l’Epstein Files Transparency Act, adopté par 427 voix contre une seule, ont uni leurs voix pour réclamer des comptes. Cette loi, qui a forcé la publication de millions de pages de documents, n’est que le début d’un processus que ses promoteurs veulent irréversible.
Une demande de transparence qui dépasse les clivages
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est précisément la nature bipartisane de l’indignation américaine. Massie l’a formulé avec une clarté qui mérite d’être citée dans son intégralité :
« Il est en train de se produire en Grande-Bretagne une prise de conscience qui doit avoir lieu aux États-Unis : un prince a perdu son titre, l’ambassadeur des États-Unis a perdu son poste. Nous avons besoin de voir les mêmes types de conséquences ici. »
Cette phrase dit tout. Elle pointe vers une exigence fondamentale : l’égalité devant la loi et la responsabilité des puissants. Elle dit aussi qu’au Royaume-Uni, une forme de sanction symbolique, la déchéance de titres pour Andrew et le limogeage de Peter Mandelson, a déjà eu lieu. Les deux hommes ont d’ailleurs été arrêtés le mois dernier en Angleterre, où ils sont placés sous enquête pour « faute professionnelle dans l’exercice d’une fonction publique ». Ce mouvement judiciaire et institutionnel outre-Manche semble paradoxalement en avance sur ce qui se passe à Washington, où les dossiers du ministère de la Justice ont été, selon les termes officiels, « incorrectement codés comme étant des doublons » et donc retenus par inadvertance.
Le représentant Khanna, quant à lui, a été tout aussi direct sur la nécessité d’entendre Andrew : « Je pense que le prince Andrew doit venir témoigner devant notre commission de contrôle, et ce peut être bipartisan. » Une audition qui se heurte cependant à une limite juridique concrète : le Congrès américain ne peut pas contraindre un ressortissant étranger à comparaître par voie de subpoena. Andrew ne viendra que s’il le veut bien, ou si une pression diplomatique suffisante s’exerce sur lui, ce qui, à ce stade, reste de l’ordre du vœu pieux.
Des élites protégées, une opinion qui réclame des comptes
Ce que révèle cette séquence, c’est la profondeur de la défiance populaire envers les cercles de pouvoir. Le sondage Daily Mail/JL Partners est à cet égard révélateur : 67 % des Américains estiment qu’il existe encore des documents non publiés. Cette conviction, dans un contexte où des millions de pages viennent d’être rendues publiques, traduit moins une théorie du complot qu’une méfiance structurelle envers des institutions perçues comme protectrices d’elles-mêmes.
Cette méfiance n’est pas infondée. L’attorney general Pam Bondi a dû publier cette semaine de nouveaux fichiers manquants, dont l’un contient une allégation particulièrement grave impliquant Donald Trump, formulée par une femme se disant victime d’agression sexuelle. Bondi elle-même a été convoquée par le Congrès, sous la pression de républicains désolidarisés de leur propre camp présidentiel. Des personnalités aussi diverses que Bill et Hillary Clinton, ou l’ancien attorney general Bill Barr, ont déjà été entendues. La déposition de Richard Kahn, ancien avocat et comptable d’Epstein, s’est tenue mercredi ; celle de Darren Indyke, son ex-avocat personnel, est programmée jeudi prochain.
L’image d’Andrew accroupi au-dessus d’une femme allongée au sol, ou celle le montrant aux côtés d’Epstein et de Melania Trump lors d’une soirée à Mar-a-Lago en 2000, circulent désormais dans les documents officiels. Ce ne sont plus des rumeurs. Ce sont des pièces versées au dossier public. Il a, rappelons-le, conclu en 2022 un règlement à l’amiable avec Virginia Roberts Giuffre, l’une des victimes les plus connues d’Epstein, pour une somme largement rapportée à 16 millions de dollars, sans jamais reconnaître sa culpabilité.
La question qui se pose n’est donc plus seulement judiciaire. Elle est politique et morale. Les élites transnationales, qu’elles soient royales, diplomatiques ou financières, peuvent-elles encore s’abriter derrière leurs privilèges de statut pour échapper à une reddition de comptes publique ? La réponse que semblent donner les opinions publiques, des deux côtés de la Manche, est de moins en moins équivoque. La pression, elle, ne faiblit pas.
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L'affaire Epstein révèle comment les élites mondiales échappent à la justice. Chaque mois, notre revue papier décrypte ces mécanismes de pouvoir que les médias classiques n'analysent pas.
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