Affaire Epstein : Steve Bannon s’était associé au financier pour « faire tomber » le pape François

Steve Bannon a courtisé Epstein dans le cadre de ses efforts pour « faire tomber » le pape François. Steve Bannon a courtisé Epstein dans le cadre de ses efforts pour « faire tomber » le pape François.

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Steve Bannon a échangé avec Jeffrey Epstein en 2019 pour orchestrer la chute du pape François, le qualifiant d’ennemi des souverainistes, ce qui révèle une stratégie pour attaquer les positions progressistes du pontife.
  • Bannon critique François pour son soutien aux migrants et sa dénonciation du nationalisme, affirmant que cela aligne le pape avec les élites mondialistes qu’il combat, dans un conflit idéologique croissant.
  • En s’associant à Epstein, un prédateur sexuel condamné, Bannon compromet sa cause conservatrice, utilisant des révélations sur le Vatican comme arme politique au détriment de l’intégrité morale.
  • Les catholiques conservateurs doivent réfléchir si défendre la tradition justifie de tels moyens, posant la question de savoir si l’obsession du pouvoir ne corrompt les principes défendus.

Les révélations du ministère américain de la Justice sur les échanges entre Steve Bannon et Jeffrey Epstein en 2019 offrent un aperçu saisissant des coulisses d’une bataille qui dépasse largement les frontières américaines. Ces messages, où l’ancien conseiller de Donald Trump proclame vouloir « faire tomber » le pape François, éclairent d’une lumière crue les lignes de fracture qui traversent aujourd’hui l’Occident, et singulièrement le monde catholique.

Que Steve Bannon ait nourri une hostilité profonde envers François n’est un secret pour personne. Dès 2018, il qualifiait le pontife de « méprisable » dans les colonnes du Spectator, lui reprochant de se ranger du côté des « élites mondialistes ». Cette opposition s’inscrit dans un conflit idéologique réel : d’un côté, un pape argentin qui a fait de l’accueil des migrants et de la critique du nationalisme les marqueurs de son pontificat ; de l’autre, un stratège américain convaincu que la survie des nations passe par la réaffirmation des frontières et des identités.

« Je vais faire tomber le pape François. Les Clinton, Xi, François, l’UE – allez, mon frère. »

Cette formule, adressée à Epstein en juin 2019, révèle une vision du monde où le souverain pontife se trouve rangé parmi les adversaires du mouvement souverainiste, au même titre que le Parti démocrate américain, le président chinois ou les institutions européennes. On peut partager ce diagnostic sur le positionnement politique de François sans pour autant approuver les méthodes envisagées pour le combattre.

La compromission par l’alliance

C’est là que le bât blesse. Bannon n’a pas seulement critiqué le pape, ce qui relève de la liberté d’opinion, y compris pour un catholique. Il a choisi de mener cette bataille en s’associant à Jeffrey Epstein, condamné dès 2008 pour agressions sexuelles sur mineures, et arrêté quelques semaines après ces échanges pour trafic sexuel. Cette alliance de circonstance jette une ombre considérable sur l’ensemble de l’entreprise.

L’intérêt de Bannon pour le livre de Frédéric Martel, « Dans le placard du Vatican », qui prétend révéler l’homosexualité de 80 % du clergé romain, procède d’une logique instrumentale évidente. L’objectif n’était pas tant de « purifier » l’Église, comme le note le biographe Austen Ivereigh, que d’utiliser ces révélations comme une arme politique contre un pape jugé hostile.

Cette stratégie pose un problème de fond pour quiconque se réclame de la défense des valeurs traditionnelles et de la civilisation chrétienne. Peut-on prétendre défendre l’Église en s’alliant avec un prédateur sexuel notoire ? Peut-on invoquer la morale chrétienne tout en acceptant le soutien d’un homme qui incarnait précisément la corruption des élites dénoncée par ailleurs ? La réponse semble s’imposer : la fin ne justifie pas les moyens, surtout lorsque ces moyens contredisent frontalement les principes que l’on prétend défendre.

Le cardinal Raymond Burke, figure de proue du conservatisme catholique et critique acerbe de François, l’a compris en rompant avec Bannon sur la question de l’adaptation cinématographique du livre de Martel. Il existe une différence fondamentale entre la critique légitime d’un pontificat et la volonté de nuire à l’institution elle-même en instrumentalisant ses faiblesses.

Un combat légitime, des méthodes discutables

Reconnaissons néanmoins que le diagnostic posé par Bannon sur le pontificat de François n’est pas dénué de fondement. Le pape argentin a adopté des positions qui heurtent les convictions de nombreux catholiques attachés à la doctrine traditionnelle et à une vision réaliste des rapports entre nations. Sa critique récurrente du nationalisme, son discours sur l’accueil des migrants et sa proximité avec certains milieux progressistes ont créé un malaise dans une partie de l’Église.

Le père Antonio Spadaro, proche collaborateur de François, voit dans les manœuvres de Bannon une tentative de fusionner « l’autorité spirituelle et le pouvoir politique à des fins stratégiques ». Cette critique peut cependant se retourner : François lui-même n’a-t-il pas utilisé son magistère moral pour peser dans le débat politique, notamment sur les questions migratoires, en des termes qui dépassaient la simple exhortation évangélique ?

La citation d’Epstein empruntée au « Paradis perdu » de Milton, « Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis », résonne comme un aveu involontaire. En plaçant cette phrase de Satan dans leur correspondance, le financier dévoilait peut-être la nature véritable de leur entreprise : non pas un combat pour la vérité, mais une lutte pour le pouvoir, fût-ce au prix de la compromission morale.

Pour les catholiques conservateurs français, ces révélations doivent servir de leçon. La défense de la tradition, de l’identité chrétienne de l’Europe et d’une vision réaliste de la nation ne saurait s’accommoder d’alliances douteuses. Le projet de Bannon d’établir une « école de gladiateurs » près de Rome pour former les futurs leaders du mouvement national-populiste européen reposait sur une intuition : la bataille culturelle et spirituelle est décisive. Mais un gladiateur qui combat aux côtés de l’ennemi de la vertu a déjà perdu, quand bien même il remporterait la victoire.

L’échec de l’académie de Trisulti, dont le bail a été révoqué par les autorités italiennes pour « irrégularités » et « déclarations mensongères », illustre les limites d’une stratégie qui privilégie l’efficacité au détriment de l’intégrité. Benjamin Harnwell poursuit son combat juridique, mais le projet initial est en ruines.

Il reste que la question posée par l’article évoqué dans les échanges, « Pape François ou Steve Bannon ? Les catholiques doivent choisir », était mal formulée. Le véritable choix n’est pas entre deux hommes, mais entre deux conceptions de l’engagement : celle qui accepte tous les moyens au nom de la fin poursuivie et celle qui maintient l’exigence de cohérence entre les principes proclamés et les actes posés. C’est cette seconde voie, plus exigeante mais seule honorable, que devraient emprunter ceux qui entendent défendre authentiquement la civilisation chrétienne et les nations européennes.

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