Après les frappes israélo-américaines, l’Iran lance une riposte massive contre Jérusalem et les bases des États-Unis au Moyen-Orient

Après les frappes israélo-américaines, l'Iran lance une riposte massive contre Jérusalem et les bases des États-Unis au Moyen-Orient Après les frappes israélo-américaines, l'Iran lance une riposte massive contre Jérusalem et les bases des États-Unis au Moyen-Orient

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • L’Iran a lancé l’opération « Truth Promise 4 » le 28 février, ciblant simultanément Israël et des bases américaines au Qatar, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis, marquant une escalade régionale sans précédent.
  • Les Houthis yéménites annoncent la reprise de leurs attaques en mer Rouge, plongeant l’ensemble du Golfe dans une logique de guerre régionale ouverte aux conséquences imprévisibles pour l’économie mondiale.
  • La France, engluée dans un suivisme atlantiste, expose ses bases militaires dans la région sans disposer d’aucune prise réelle sur les événements : à qui profite cet alignement automatique sur Washington ?
  • Une conflagration au Moyen-Orient provoquerait une flambée des prix de l’énergie, une crise migratoire majeure et une déstabilisation durable des approvisionnements français, sans que nos intérêts nationaux fondamentaux soient en jeu.
  • L’article plaide pour un retour à la diplomatie gaulliste d’équilibre, rompant avec la logique de l’OTAN afin de rebâtir une souveraineté nationale digne de ce nom.

L’opération « Truth Promise 4 », lancée ce 28 février par les Gardiens de la révolution iranienne en riposte aux frappes israélo-américaines, marque une escalade sans précédent au Moyen-Orient. Pour la première fois, Téhéran a simultanément ciblé non seulement Israël, mais aussi des bases américaines au Qatar, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis. Des explosions ont été rapportées jusqu’à Riyad. Les Houthis yéménites, fidèles alliés de l’Iran, annoncent la reprise de leurs attaques en mer Rouge. Le Golfe tout entier est désormais dans la ligne de mire.

Face à cette déflagration régionale, une question s’impose avec une acuité particulière pour la France : que faisons-nous dans cet engrenage ? Surtout, devons-nous y rester ?

Les faits sont là. Selon les communiqués officiels iraniens, des missiles et des drones ont visé le quartier général de la 5e flotte américaine à Bahreïn, ainsi que des installations militaires au Qatar et à Abu Dhabi. Les ambassades américaines de Manama et de Doha ont immédiatement déclenché un dispositif de confinement. Les sirènes ont retenti près de la base d’al-Udeid, l’une des plus importantes implantations militaires américaines hors du territoire national.

Les missiles tirés vers Israël ont été interceptés, nous dit-on. Mais l’ampleur géographique de l’attaque iranienne révèle une réalité que nos dirigeants peinent à admettre : nous sommes entrés dans une logique de guerre régionale ouverte.

« Pleine et ferme solidarité avec l’Iran », ont déclaré les Houthis, condamnant « une violation de la souveraineté iranienne et du droit international ».

Cette rhétorique n’étonnera personne. Elle s’inscrit dans une stratégie de l’axe chiite qui, depuis des années, structure le Moyen-Orient en deux blocs antagonistes. Ce qui doit nous alerter, en revanche, c’est l’impasse dans laquelle s’enferme la diplomatie occidentale, et singulièrement française.

La France prisonnière d’une logique de bloc

Depuis plusieurs décennies, Paris a progressivement abandonné la politique d’équilibre qui faisait sa force au Moyen-Orient. Le gaullisme diplomatique, fondé sur l’indépendance nationale et le refus des alignements automatiques, a cédé la place à un suivisme atlantiste de plus en plus assumé. La France ne pèse plus. Elle accompagne.

Qu’avons-nous à gagner dans cette escalade ? Nos bases dans la région, aux Émirats notamment, nous exposent sans nous protéger. Notre économie, déjà fragilisée, subit les conséquences des tensions en mer Rouge, où les Houthis perturbent le commerce maritime mondial. Nos approvisionnements énergétiques dépendent largement du Golfe. Et pourtant, nous n’avons aucune prise sur les événements.

L’alignement sur Washington et Tel-Aviv n’est pas une fatalité. Il est un choix politique, rarement assumé comme tel devant les Français. Un choix qui nous entraîne dans des conflits où nos intérêts nationaux ne sont pas engagés, où notre sécurité n’est pas en jeu, où notre voix ne compte pas.

Rappelons-nous le précédent irakien de 2003. Jacques Chirac avait alors eu le courage de dire non à l’intervention américaine. La France en avait tiré un prestige considérable dans le monde arabe et au-delà. Ce crédit a été dilapidé en vingt ans de suivisme et d’incohérences.

Sortir de l’engrenage

Les partisans de l’alignement atlantiste rétorqueront que la France ne peut rester neutre face à un régime théocratique qui menace Israël et déstabilise la région. L’argument mérite examen. Oui, l’Iran des mollahs est un régime autoritaire, hostile aux valeurs occidentales, répressif envers son propre peuple. Oui, son programme nucléaire constitue une menace potentielle. Mais la question n’est pas de savoir si l’Iran est sympathique. La question est de savoir si la guerre, car c’est bien de cela qu’il s’agit, sert les intérêts français.

La réponse est non. Une conflagration régionale au Moyen-Orient provoquerait une flambée des prix de l’énergie, une crise migratoire d’ampleur et une déstabilisation durable de zones où la France a des intérêts économiques et sécuritaires. Sans parler des risques terroristes sur notre territoire, que les services de renseignement n’ignorent pas.

La sagesse commanderait de revenir à une diplomatie d’équilibre : maintenir le dialogue avec toutes les parties, refuser l’escalade verbale et militaire, défendre nos intérêts propres sans nous laisser entraîner dans les aventures des autres. C’était la ligne du général de Gaulle. C’est celle que la France devrait retrouver.

Cela suppose, bien sûr, de rompre avec la logique de l’OTAN, cette alliance qui n’a plus de défensive que le nom et qui nous engage dans des conflits qui ne sont pas les nôtres, en Ukraine comme au Moyen-Orient. Cela suppose de rebâtir une défense nationale autonome, dotée des moyens de sa souveraineté. Cela suppose, enfin, de parler aux Français avec franchise : nous ne pouvons pas être partout, nous ne devons pas être les supplétifs de quiconque.

Les explosions qui ont retenti de Bahreïn à Riyad ne sont pas qu’un lointain écho. Elles sont un avertissement. La France n’a pas vocation à être la spectatrice impuissante d’une guerre qui la dépasse et l’entraîne malgré elle. Elle a vocation à redevenir ce qu’elle fut : une puissance souveraine, respectée parce qu’indépendante, écoutée parce que libre.

Le moment est venu de choisir. Non pas entre l’Iran et Israël, entre l’Est et l’Ouest. Mais entre la servitude volontaire et la dignité nationale. Entre l’effacement et le sursaut. Les Français, on peut en être certain, ont déjà choisi. Reste à leurs dirigeants à les entendre.

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