🔥 Les essentiels de cette actualité
- Christine Lagarde perçoit un supplément de 140 000 euros de la Banque des règlements internationaux, en plus de son salaire de 741 000 euros à la BCE, violant ainsi les règles internes qui interdisent aux employés d’accepter de l’argent tiers, ce qui révèle un traitement inégalitaire.
- Les employés de la BCE expriment leur choc face à ce deux poids deux mesures, se demandant comment les dirigeants s’exonèrent des règles qu’ils imposent aux autres, alimentant un climat de défiance interne.
- L’institution défend que sa présidente n’est pas soumise au règlement du personnel, contrairement aux pratiques aux États-Unis et en Angleterre où de telles rémunérations sont strictement interdites ou partagées, illustrant un privilège élitiste.
- Cette affaire expose une aristocratie technocratique européenne, déconnectée des citoyens qu’elle sert en s’accordant des avantages refusés aux subalternes, et menace la légitimité des institutions.
L’affaire pourrait sembler anecdotique, presque technique. Elle est en réalité révélatrice d’un système où les règles ne s’appliquent jamais de la même manière selon que l’on appartient à l’élite dirigeante ou au commun des mortels. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, perçoit environ 140 000 euros annuels de la Banque des règlements internationaux en plus de sa rémunération déjà considérable de 741 000 euros à la BCE. Le problème ? Le règlement intérieur de l’institution qu’elle dirige interdit formellement aux employés d’accepter de l’argent de tiers pour un travail lié à leurs fonctions.
Les faits, révélés par le Financial Times, sont implacables. Sur les forums internes de la BCE, des employés ont exprimé leur incompréhension face à ce qu’ils perçoivent comme un deux poids, deux mesures flagrant. L’un d’eux résume l’état d’esprit général avec une formule qui a le mérite de la clarté :
« Prêchez l’eau, buvez du vin ! »
Un autre, plus amer encore, constate :
« Nous autres, simples mortels, ne pouvons pas bénéficier de l’allocation de la BRI. »
Ces réactions spontanées, non filtrées par la communication institutionnelle, disent tout du fossé qui s’est creusé entre les dirigeants des grandes institutions et ceux qui les servent au quotidien.
La défense de la BCE mérite que l’on s’y arrête, tant elle illustre une certaine conception du pouvoir. L’institution explique que sa présidente « n’est pas membre du personnel » et n’est donc « pas soumise au règlement du personnel ». Autrement dit, la règle existe mais elle ne s’applique pas à ceux qui l’édictent. On appréciera la subtilité juridique. Mme Lagarde serait soumise à un « code de conduite spécifique pour les hauts responsables », visiblement plus accommodant que celui imposé aux subalternes.
Plus révélateur encore : un collaborateur de la BCE accompagnant Christine Lagarde aux réunions de la BRI se voit, lui, interdire d’accepter la rémunération proposée par cette même institution. Il fait le même travail, dans la même salle, mais les règles ne lui accordent pas les mêmes privilèges. La justification avancée, Mme Lagarde assumerait des « responsabilités de gouvernance » et des « risques juridiques » particuliers, peine à convaincre. Siéger à un conseil d’administration justifie-t-il un complément de revenus équivalent au salaire annuel de nombreux Français ?
Le précédent américain devrait faire réfléchir
La comparaison internationale est éclairante. Jay Powell, président de la Réserve fédérale américaine, et Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ne perçoivent pas leur rémunération de la BRI. Dans le cas américain, la loi interdit purement et simplement aux fonctionnaires d’accepter de l’argent d’une institution étrangère. Une règle simple et claire, qui s’applique à tous sans exception. La Banque de France, elle, récupère la moitié de la rémunération versée à son gouverneur par la BRI. Des solutions existent donc pour éviter ce type de situation.
Que Christine Lagarde ait suivi la pratique de ses prédécesseurs Mario Draghi et Jean-Claude Trichet n’est pas une justification, c’est un aveu. Cela signifie que depuis des années les présidents de la BCE cumulent allègrement les rémunérations tout en imposant à leurs employés des règles qu’ils s’exonèrent de respecter. L’argument de la tradition ne saurait légitimer une pratique contestable. Il révèle au contraire l’existence d’une caste qui s’est construite ses propres privilèges à l’abri des regards.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions internes à la BCE. L’été dernier, le comité du personnel accusait la direction de gérer une « forteresse juridique irresponsable ». Les griefs sont nombreux : favoritisme, épuisement professionnel et précarité des contrats temporaires. En octobre, le syndicat du personnel a porté plainte contre l’institution pour « censure » et « intimidation ». Le climat social de la banque centrale européenne ressemble de moins en moins à celui d’une institution sereine et de plus en plus à celui d’une organisation en crise de légitimité interne.
L’aristocratie européenne et ses mœurs
Au-delà du cas Lagarde, cette affaire illustre un mal plus profond qui ronge les institutions européennes : la constitution progressive d’une aristocratie technocratique déconnectée des peuples qu’elle prétend servir. Ces hauts fonctionnaires internationaux, qui passent de la direction du FMI à la présidence de la BCE, qui siègent dans de multiples conseils d’administration et qui cumulent les rémunérations et les avantages, ont fini par former une classe à part, avec ses codes, ses réseaux et ses privilèges.
Cette élite se caractérise par une double certitude : celle de son indispensabilité et celle de sa supériorité morale. Elle donne volontiers des leçons d’austérité aux peuples européens, exige des réformes douloureuses et impose des politiques monétaires aux conséquences sociales considérables. Mais quand il s’agit de ses propres émoluments, les règles deviennent soudain plus souples, les exceptions plus nombreuses et les justifications plus byzantines.
On objectera que 140 000 euros représentent une somme modeste au regard des masses monétaires brassées par ces institutions. C’est précisément là que réside le problème. Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de principe. Comment demander aux citoyens européens de respecter des règles toujours plus contraignantes lorsque ceux qui les édictent s’en affranchissent à la première occasion ? Comment maintenir la confiance dans des institutions dont les dirigeants s’accordent des privilèges refusés à leurs propres collaborateurs ?
La crise de défiance qui frappe les institutions européennes ne tombe pas du ciel. Elle se nourrit de ces petites révélations qui, mises bout à bout, dessinent le portrait d’un système où l’égalité devant la règle n’est qu’un slogan. Les peuples européens, que l’on sermonne volontiers sur leurs supposés « populismes », observent et tirent leurs conclusions.
Christine Lagarde aurait pu, de son propre chef, refuser cette rémunération ou la reverser à la BCE, comme le fait partiellement la Banque de France. Elle a choisi de percevoir cet argent en toute bonne conscience, forte de la certitude que les règles écrites pour les autres ne la concernaient pas. C’est cette mentalité, plus que le montant lui-même, qui pose problème. Elle révèle une forme d’aveuglement moral caractéristique des élites contemporaines, incapables de percevoir ce que leurs comportements ont de choquant aux yeux du commun.
Les Français qui peinent à boucler leurs fins de mois, qui voient leur pouvoir d’achat grignoté par une inflation que la BCE elle-même peine à maîtriser, apprécieront. Ceux qui subissent les conséquences des politiques monétaires décidées à Francfort, sans jamais avoir leur mot à dire, retiendront la leçon. Les institutions supranationales se plaignent régulièrement du désamour des peuples. Peut-être devraient-elles commencer par balayer devant leur porte.
IMPORTANT - À lire
Cet article ne révèle que la surface d'un système où l'aristocratie technocratique européenne s'affranchit des règles qu'elle impose aux autres. Découvrez chaque mois nos analyses approfondies sur les mécanismes réels du pouvoir supranational et les crises de légitimité qui ébranlen nos institutions.
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