🔥 Les essentiels de cette actualité
- L’écrivain Boualem Sansal, gracié par Tebboune, est libre et à Berlin pour des soins. Prochainement à Paris.
- La libération de Sansal coïncide avec l’éviction de Bruno Retailleau, suscitant des questions sur la diplomatie française.
- Macron se félicite de la libération, mais le contraste avec l’approche dure de Retailleau est flagrant.
- Christophe Gleizes reste en prison en Algérie, le gouvernement espère sa libération prochaine mais reste prudent.
L’écrivain Boualem Sansal a retrouvé sa liberté. Gracié par Abdelmadjid Tebboune le 12 novembre, l’homme de 76 ans se trouve aujourd’hui à Berlin pour des soins médicaux et devrait prochainement poser ses valises à Paris.
À peine libéré, l’affaire a pris chez nous un tournant politique inattendu. Plusieurs observateurs n’ont pas manqué de faire le lien avec l’éviction récente de Bruno Retailleau du gouvernement. Une coïncidence beaucoup trop opportune pour ne pas soulever des questions, comme d’habitude avec une politique étrangère française aux motivations souvent opaques.
La diplomatie française aurait-elle sacrifié Retailleau sur l’autel des négociations avec Alger ? C’est ce que murmurent certains, et ce n’est guère surprenant. La France a souvent montré une tendance à plier l’échine devant Alger lorsqu’il s’agit de préserver des relations bilatérales fragiles.
Les stratégies politiques en question
Retailleau assumait une stratégie de confrontation avec l’État algérien ; il n’hésitait pas à employer des termes crus contre le pouvoir en place. Ce “flic de la politique” privilégiait le bras de fer aux courbettes habituelles et condamnait ce qu’il appelait la « diplomatie des bisous », jugée inefficace et dangereuse.
Pour ce partisan de la ligne dure, fini les courbettes face aux dirigeants d’Alger qui, selon lui, prennent Paris pour un paillasson. Il plaidait pour frapper du poing sur la table et reprendre la main dans nos relations avec l’ancienne colonie, dont le régime continue de faire pression sur la France via le dossier migratoire.
Il ne faisait pas dans la demi-mesure et restait convaincu qu’on n’obtiendrait rien d’Alger sans afficher une fermeté maximale. Sa méthode tranchait avec la prudence habituelle du Quai d’Orsay, mais il la considérait comme la seule réellement capable de défendre les intérêts français.
Macron s’attribue le succès de la libération
Le président se trouvait à Toulouse lorsqu’il a appris la libération de l’écrivain. Il y a vu « le fruit d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence » et a remercié son homologue algérien pour ce qu’il a qualifié de « geste d’humanité ».
Rien d’étonnant à ce que Macron s’attribue une nouvelle victoire diplomatique, qui masque mal ses échecs quotidiens sur le plan intérieur.
Cette posture triomphale contraste avec celle de Bruno Retailleau. Macron, fidèle à sa stratégie faite de déférence envers certains régimes étrangers, rejoue son rôle de « champion du dialogue ».
Laurent Nuñez, frais ministre de l’Intérieur, contredit l’idée d’un lien entre la libération de l’écrivain et l’éviction de Retailleau. Dans son entretien à La Tribune Dimanche, il lâche :
« Ce qui a permis de renouer avec l’Algérie, c’est d’abord notre volonté affichée, au sein du gouvernement, de rediscuter. C’est cette attitude que j’ai adoptée dès mon arrivée au ministère. »
Nuñez ne cache pas sa satisfaction d’être « apprécié en Algérie », contrairement à son prédécesseur vendéen. Faut-il y voir une confession à demi-mots ? Les réseaux de pouvoir algériens n’ont jamais caché leur animosité envers Retailleau, qu’ils associent volontiers à « l’extrême droite revancharde et haineuse ».
Derrière la libération de Sansal, la querelle des lignes au gouvernement
Jean-Noël Barrot s’est affiché ce dimanche 16 novembre sur France Inter, présentant la libération comme une « victoire de la diplomatie française et allemande ».
« C’est un désaveu cinglant pour les partisans de la méthode forte, de la brutalité et de l’invective qui ne conduisent à rien », a-t-il ajouté avec un air satisfait.
Le ministre des Affaires étrangères ne cite pas explicitement Retailleau dans son discours moralisateur, mais chacun comprend que c’est bien l’ancien ministre de l’Intérieur qu’il vise.
Interrogé par JDNews le 5 novembre, Bruno Retailleau se plaignait que sa « ligne ferme » face à l’Algérie n’ait « jamais été assumée, ni au Quai d’Orsay ni à l’Élysée ».
Malgré les sollicitations, Barrot s’obstine à éviter de citer directement l’ancien ministre :
« Je parle de tous ceux que j’entends, y compris aujourd’hui, après la libération de Boualem Sansal, qui continuent de minimiser le rôle de la France et de son action extérieure dans cette libération. »
Toujours fidèle à la langue de bois ministérielle, il ajoute, avec une suffisance caractéristique des membres du gouvernement :
« Nous n’avons pas besoin d’une diplomatie d’opinion, nous avons besoin d’une diplomatie d’impact. »
La situation de Christophe Gleizes
Rappelons qu’un autre de nos compatriotes, le journaliste Christophe Gleizes, est toujours détenu dans une prison algérienne. Face à cette injustice, Barrot évoque un dialogue « exigeant » avec Alger.
Mais derrière ces grands mots, Barrot reste enfermé dans sa posture : défendre nos intérêts, certes, mais surtout « respecter la souveraineté de l’Algérie ».
« Christophe Gleizes a été condamné à une très lourde peine et nous espérons sa libération prochaine », a déclaré Barrot.
Espérer : voilà tout ce que fait notre gouvernement, tandis qu’un compatriote, coupable d’avoir simplement exercé son métier, reste derrière les barreaux.
Au sein du gouvernement, Maud Bregeon, la porte-parole, estime que « l’absence de dialogue entre Paris et Alger ne fonctionne pas et fragilise notre sécurité nationale ».
Elle persiste à affirmer que « la France n’est pas en position de faiblesse ».
Ce discours calibré sonne comme un désaveu cinglant envers Bruno Retailleau, dont les positions nettement plus fermes sur l’immigration dérangent une partie du gouvernement.
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