🔥 Les essentiels de cette actualité
- Tandis que les discours officiels invoquent la paix, plus de 600 parachutistes britanniques et français s’entraînent en Bretagne à des scénarios de combat directement inspirés du conflit ukrainien.
- Londres a déjà débloqué 200 millions de livres sterling et créé un état-major dédié pour préparer l’envoi d’un contingent en Ukraine, quitte à déshabiller ses positions en Estonie et à Chypre pour honorer cet engagement.
- La France s’apprête à déployer 5 000 soldats sans débat parlementaire sérieux ni consultation populaire, alors que Poutine a explicitement désigné tout contingent occidental en Ukraine comme une cible militaire légitime. Qui assumera les conséquences le jour où un soldat français tombera ?
- Loin de jouer son rôle historique de puissance d’équilibre, la France renonce à toute initiative diplomatique autonome pour se fondre dans le sillage de Washington et de Londres, trahissant ainsi la tradition gaullienne d’indépendance nationale.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans le spectacle qui se joue actuellement dans les landes bretonnes. Tandis que les chancelleries européennes se gargarisent de leur volonté de « paix » en Ukraine, plus de 600 parachutistes britanniques s’entraînent aux côtés de la 11e brigade parachutiste française à des scénarios de combat, d’embuscades et de « résistance à des attaques ».
Les mots employés par les états-majors ne trompent personne : il s’agit de préparer nos soldats aux « réalités des conflits du XXIe siècle ». Autrement dit, à la guerre.
Cette dissonance entre le discours et les actes mérite qu’on s’y arrête. Car elle révèle une dérive inquiétante de la politique étrangère française, entraînée dans le sillage de Londres vers une logique d’escalade militaire dont notre pays n’a strictement rien à gagner.
L’engrenage britannique
Selon les déclarations de Volodymyr Zelensky lui-même, la France et le Royaume-Uni se tiendraient prêts à déployer chacun environ 5 000 soldats en Ukraine « en cas d’accord avec la Russie ». L’annonce a de quoi surprendre. Depuis quand un accord de paix se prépare-t-il par l’envoi de troupes combattantes ? Depuis quand la désescalade passe-t-elle par la militarisation accrue d’un théâtre d’opérations ?
Le gouvernement britannique, lui, ne cache plus ses intentions. Le 24 février, Londres a annoncé la création d’un état-major de 70 personnes, doté d’un budget de 200 millions de livres sterling, pour préparer l’envoi d’un contingent militaire en Ukraine. Le ministère britannique de la Défense parle de « garantir l’avenir de l’Ukraine » et de « garanties de sécurité à long terme ».
« Ce financement permettrait aux forces britanniques de garantir l’avenir de l’Ukraine et de consolider des garanties de sécurité à long terme. »
Garantir l’avenir de l’Ukraine : voilà une formule qui engage considérablement. Mais qui a demandé aux contribuables britanniques, et demain français, s’ils souhaitaient engager leur nation dans un tel projet ? Et surtout : quel intérêt vital de la France justifierait que nos soldats risquent leur vie aux confins de l’Europe orientale ?
Car il faut être lucide sur ce qui se trame. Le Royaume-Uni, dont l’armée est réduite à environ 70 000 hommes, un étiage historique, devrait retirer des troupes d’Estonie et de Chypre pour « honorer » cet engagement ukrainien. Londres déshabille Pierre pour habiller Paul, au risque d’affaiblir ses autres positions stratégiques. Et la France devrait emboîter le pas de cette fuite en avant ?
La France, vassale consentante ?
Il fut un temps où la France savait dire non. En 2003, face à l’aventurisme américain en Irak, Jacques Chirac et Dominique de Villepin avaient su incarner une voix singulière, celle d’une puissance qui refuse de se laisser entraîner dans des conflits qui ne sont pas les siens. Cette tradition gaullienne d’indépendance nationale semble aujourd’hui bien lointaine.
Emmanuel Macron, qui aime à se présenter en héritier d’une certaine grandeur française, a pourtant choisi l’alignement. La déclaration d’intention signée à Paris avec Londres et Kiev prévoit explicitement le déploiement de troupes françaises et britanniques en Ukraine. Notre pays s’engage ainsi, sans débat parlementaire digne de ce nom ni consultation populaire, dans une aventure militaire aux conséquences potentiellement dramatiques.
Car la réponse russe, elle, est parfaitement claire. Vladimir Poutine a averti que tout contingent étranger présent sur le terrain ukrainien deviendrait une « cible légitime ». Le ministère russe des Affaires étrangères a précisé que la présence de militaires ou d’infrastructures occidentales en Ukraine serait considérée comme une « intervention étrangère ». On peut discuter de la légitimité de ces avertissements. Mais les ignorer relèverait de l’aveuglement coupable.
Que se passera-t-il le jour où un soldat français tombera sous le feu russe ? Sommes-nous prêts à assumer l’engrenage qui s’ensuivra ? La question mérite d’être posée, car ceux qui nous gouvernent semblent l’éluder avec une légèreté confondante.
Il ne s’agit pas ici de faire preuve de complaisance envers Moscou. L’invasion de l’Ukraine par la Russie constitue une violation flagrante du droit international et les souffrances du peuple ukrainien commandent le respect. Mais la solidarité avec une nation agressée ne saurait justifier n’importe quelle politique. L’aide humanitaire, le soutien économique et la livraison d’équipements défensifs sont une chose. L’envoi de troupes combattantes en est une autre, radicalement différente.
La France possède-t-elle seulement les moyens de ses ambitions affichées ? Nos armées, éreintées par des décennies de coupes budgétaires et d’engagements extérieurs multiples, peinent déjà à honorer leurs missions actuelles. Le rapport annexé à la loi de programmation militaire 2024-2030 reconnaît lui-même des « lacunes capacitaires » préoccupantes. Dans ces conditions, promettre 5 000 hommes pour une mission de haute intensité aux portes de la Russie relève soit de l’inconscience, soit du bluff diplomatique.
Et pendant que Paris joue les va-t-en-guerre aux côtés de Londres, où est l’initiative diplomatique française ? Où est la proposition de paix ambitieuse qui permettrait de sortir de l’impasse ? La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, puissance nucléaire, héritière d’une tradition diplomatique multiséculaire, se contente de suivre le mouvement impulsé par Washington et Londres. Elle renonce à son rôle historique de puissance d’équilibre, capable de parler à tous les belligérants.
Le général de Gaulle, qui avait su maintenir le dialogue avec Moscou au plus fort de la Guerre froide, doit se retourner dans sa tombe. Car ce qui se dessine aujourd’hui, c’est l’effacement de la France comme acteur autonome sur la scène internationale. Notre pays devient le supplétif zélé d’une coalition atlantiste dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec les nôtres.
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