Carburants : l’État traque les stations-service… mais reste le premier bénéficiaire de la hausse

Carburants : l’État traque les stations-service… mais reste le premier bénéficiaire de la hausse Carburants : l’État traque les stations-service… mais reste le premier bénéficiaire de la hausse

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Face à la flambée des prix à la pompe — le gazole a bondi de 26 centimes en deux semaines —, le gouvernement Lecornu a choisi d’envoyer 500 contrôleurs de la DGCCRF traquer les hausses abusives plutôt que d’agir sur la fiscalité.
  • L’opposition, de Le Pen à Coquerel, réclame une baisse de la TVA et de l’accise sur les carburants, mais la ministre de l’Énergie balaie la proposition d’un argument comptable brutal : une telle mesure creuserait un trou de 20 milliards d’euros dans le budget de l’État.
  • Le problème est que les taxes représentent entre 50 et 60 % du prix final à la pompe : si la hausse reflète les cours mondiaux du brut et non des abus de distributeurs, les 500 contrôleurs ne feront pas baisser la note d’un centime.
  • Le gouvernement a fait un choix politique — préserver l’équilibre budgétaire plutôt que de soulager les ménages — et la question est désormais de savoir s’il est prêt à l’assumer clairement devant les Français.

500 contrôles en trois jours. C’est la réponse du gouvernement Lecornu à la flambée des prix à la pompe qui frappe les Français depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Une mobilisation de la DGCCRF, présentée comme exceptionnelle, « l’équivalent d’un semestre complet du plan de contrôle habituel », selon le Premier ministre, pour traquer les « hausses abusives ». L’intention est louable. Mais elle mérite d’être examinée avec lucidité.

Les chiffres sont là et ne prêtent pas à discussion. Le SP95-E10 a bondi de 10 centimes par litre en une semaine. Le gazole, lui, s’est envolé de 26 centimes, soit une hausse de 15 %, en moins d’une quinzaine de jours, passant de 1,72 euro le 27 février à 1,98 euro vendredi dernier. Pour un automobiliste qui fait le plein chaque semaine, cela représente une ponction supplémentaire de plusieurs dizaines d’euros par mois. Pour les familles des classes moyennes, souvent contraintes d’utiliser la voiture faute d’alternatives, c’est une dégradation immédiate et concrète du pouvoir d’achat.

« La guerre au Moyen-Orient ne peut pas servir de prétexte à des hausses abusives des prix à la pompe. »

La formule de Sébastien Lecornu est juste dans son principe. Il est légitime que l’État surveille que les distributeurs ne profitent pas d’un contexte de tension internationale pour engranger des marges indécentes. La répression des fraudes a précisément ce rôle. Mais une question demeure, et le gouvernement ne l’a pas tranchée : que se passera-t-il si les contrôles révèlent que les hausses sont, pour l’essentiel, le reflet mécanique du cours du pétrole et non le fruit de pratiques abusives ? L’outil répressif, aussi légitime soit-il, ne peut pas répondre à une dynamique de marché mondial.

La taxe, angle mort du débat gouvernemental

C’est précisément là que le débat politique prend toute sa consistance. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont proposé, dès les premiers jours de la hausse, d’agir sur les leviers fiscaux : baisser la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants et réduire l’accise (ex-TICPE) en cas de flambée. De son côté, Éric Coquerel, pour La France insoumise, a demandé au gouvernement d’« envisager un blocage des prix » et, si la situation devait perdurer, d’ajuster l’accise. Des propositions venues de deux bords de l’opposition, portées par des logiques différentes, mais qui convergent vers un constat commun : il faut agir sur la structure fiscale du prix à la pompe.

La réponse de la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a été cinglante et d’une brutalité comptable assumée : baisser la TVA et la TICPE créerait « un trou de près de 20 milliards d’euros dans le budget de l’État ». L’argument est sérieux. On ne le balaie pas d’un revers de main. 20 milliards, c’est une somme considérable dans un contexte où les finances publiques françaises sont sous pression. Mais cet argument a une limite : il revient à dire que l’État ne peut pas se permettre de soulager les Français, précisément au moment où ils en auraient le plus besoin.

Ce qui frappe dans cette séquence, c’est le contraste entre la vivacité de la réaction politique, avec des contrôles annoncés en urgence et des déclarations de tous bords, et la prudence extrême du gouvernement dès qu’il s’agit d’une mesure qui toucherait structurellement au prix payé à la pompe. Les 500 contrôles constituent une réponse visible, médiatiquement lisible. La question fiscale, elle, est renvoyée à l’équilibre budgétaire. Ce n’est pas illégitime. Mais c’est un choix politique, et il doit être assumé comme tel.

Ce que révèle la séquence

Car enfin, la structure du prix des carburants en France est connue de tous : une part significative de ce que paie l’automobiliste à la pompe est constituée de taxes. La TVA et la TICPE représentent, selon les niveaux de prix, entre 50 et 60 % du prix final. Lorsque les cours mondiaux montent, l’État perçoit mécaniquement davantage sur la composante TVA, dont l’assiette est ad valorem. La ministre de l’Énergie a réfuté vendredi que l’État soit « le grand gagnant » de la hausse. Admettons. Mais la question n’est pas tant de savoir si l’État en profite que de savoir s’il est prêt à amortir le choc pour les ménages.

Le gouvernement a choisi la voie des contrôles plutôt que celle de la fiscalité. C’est une réponse partielle à un problème qui comporte plusieurs dimensions. Traquer les abus est utile et nécessaire. Mais si l’essentiel de la hausse tient aux cours du brut et à une structure de taxes inchangée, les 500 contrôleurs de la DGCCRF ne feront pas baisser la note à la pompe d’un centime. Les Français méritent qu’on leur dise clairement ce que le gouvernement peut faire, et ce qu’il choisit de ne pas faire.

C’est à cette franchise que l’on mesure, en définitive, si une politique économique est au service des citoyens ou si elle sert avant tout l’équilibre comptable de l’État.

IMPORTANT - À lire

Prix à la pompe, pression fiscale, arbitrages budgétaires : ces rapports de force entre l'État et les citoyens, notre revue les décrypte chaque mois, sans langue de bois.

Abonnez-vous pour recevoir chaque mois des analyses approfondies sur l'actualité économique et géopolitique qui façonne votre quotidien, directement dans votre boîte aux lettres.


Participez au débat, et partagez votre opinion !

Faites avancer la discussion en donnant votre avis à la communauté.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Géopolitique Profonde

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture