« C’est une déferlante de drogues, un tsunami blanc même » : l’Office antistupéfiants dresse un constat alarmant sur le narcotrafic

Narcotrafic en France Narcotrafic en France

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • La France submergée par un « tsunami blanc » : 37,5 tonnes de cocaïne saisies en 2025, une hausse de 45 %.
  • Les narcotrafiquants imposent une « contre-culture de la violence », marginalisant les citoyens et dictant leur loi dans 173 villes.
  • Des trafiquants devenus « patrons sociaux » offrent des services aux habitants, menaçant l’ordre républicain.
  • Une élite de trafiquants, souvent à l’étranger, contrôle un « cartel français de la cocaïne » avec des liens sud-américains.

Un rapport de Ofast, publié fin juillet, dresse un constat glaçant : désormais, aucune zone en France n’échappe à la prolifération de la drogue.

Derrière cette note, ce sont des dizaines de services de l’État – du ministère de l’Intérieur aux Armées, en passant par la Santé et l’Économie – qui ont mis en commun leur expérience de terrain.

En préface, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau ne cache pas son inquiétude. Il parle sans détour d’un « tsunami blanc » qui submerge le pays, évoquant une « menace existentielle pour notre pays ».

Une façon brutale de qualifier la montée en puissance de la cocaïne sur notre territoire.

Une violence devenue « contre-culture »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les six premiers mois de 2025, la France a battu un « record » : 37,5 tonnes de cocaïne saisies, contre 25,8 tonnes lors du premier semestre 2024, soit une hausse vertigineuse de 45 %.

Ce n’est pas qu’une progression chiffrée, c’est l’expression d’une menace qui dépasse la simple criminalité : selon les policiers spécialisés, cette violence s’est imposée comme une véritable « contre-culture ».

Une réalité qui « marginalise » des citoyens prisonniers de territoires où les trafiquants dictent leur loi.

L’année passée, la France a recensé 367 assassinats ou tentatives, pour la plupart liés au narcotrafic. Et ce ne sont pas que des métropoles en feu : 173 villes ont été touchées, y compris des petites communes tranquilles comme Florange en Moselle.

Comme le souligne le rapport :

« La prise de contrôle de certains territoires renforce la criminalisation du quotidien, érige la violence et l’argent du crime en modèle culturel, et compromet gravement les politiques de la ville et l’intégration sociale. »

Quand les trafiquants deviennent les nouveaux « patrons »

Le recours aux tueurs à gages se banalise, tandis que les dealers ne se contentent plus de vendre : ils s’approprient de plus en plus les espaces communs et, dans certains quartiers, « exercent un véritable pouvoir social », insiste l’Ofast.

Le cas de Bagnols-sur-Cèze dans le Gard est édifiant. Des habitants ont reçu dans leurs boîtes aux lettres des courriers proposant une aide – courses, bricolage – pour compenser les nuisances provoquées par le trafic. Une forme de chantage social déguisé, ou pire, une tentative de légitimation.

Ces narcotrafiquants ne se cachent plus, ils « menacent l’ordre républicain », selon les rédacteurs du rapport, et visent à « déstabiliser les institutions ».

Le printemps dernier, une série d’attaques coordonnées contre des prisons françaises et les domiciles d’agents pénitentiaires a rappelé la gravité de la situation.

À Marseille, la DZ Mafia a poussé l’audace jusqu’à publier une vidéo quasi terroriste : cagoules, draps blancs, armes brandies vers le ciel, clin d’œil glaçant aux heures sombres des mouvements nationalistes corses, mais sans la moindre idéologie, uniquement l’appât du gain.

Une organisation pyramidale aux mains d’une élite distante

Le rapport dresse également un portrait sans complaisance de la hiérarchie du trafic. Sur environ 200 000 personnes bénéficiant du commerce des stupéfiants, une dizaine de trafiquants règnent en « haut du spectre ».

Ces chefs, souvent installés à l’étranger – en Afrique du Nord ou à Dubaï –, contrôlent la quasi-totalité des importations. Mieux encore, ils ont noué des liens étroits avec les cartels sud-américains, au point de former ce que les enquêteurs appellent un « cartel français de la cocaïne ».

Dans ce groupe, figure « le top national », composé d’une cinquantaine de « cibles prioritaires » pour les services antidrogue.

Sous ce sommet se trouve le « milieu du spectre » : les filières de distribution. Enfin, à la base, ceux qui vendent au détail, partout sur le territoire, bien au-delà des 2 700 points de deal recensés fin juin.

Ces petits vendeurs ont su s’adapter aux temps modernes : le « ubershit », système de livraison à domicile, et les « Air’b’n’beuh », appartements loués spécialement pour la consommation, permettent au marché noir de prospérer sans entrave.

Le crime organisé s’installe, l’État s’efface

La prolifération du narcotrafic ne menace plus seulement l’ordre public : elle sape les fondations mêmes de la République.

Là où l’État se retire, les trafiquants imposent leurs règles, leur économie, et même leur forme d’assistance sociale. La violence n’est plus un symptôme, elle devient un outil de gouvernance locale.

Face à cette emprise mafieuse, les politiques publiques semblent désarmées, dépassées, voire aveugles. Ce ne sont plus des « quartiers difficiles », ce sont des territoires perdus de souveraineté, où le crime fait système.

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