🔥 Les essentiels de cette actualité
- L’Élysée célèbre les patrons français lors de Choose France 2025 avec 30 milliards d’investissements pour rassurer l’économie hexagonale.
- Un virage inédit vers les entreprises nationales, loin des milliardaires étrangers, pour stimuler l’investissement local malgré un contexte politique instable.
- Le sommet à la Maison de la Chimie réunira 200 entreprises, de start-ups à grands groupes, pour discuter des projets et du budget 2026.
La traditionnelle grand-messe des investisseurs Choose France adopte un nouveau visage ce lundi 17 novembre. Fini les magnats étrangers venus promettre des milliards : cette fois, ce sont les industriels français qui sont mis à l’honneur. Macron a décidé de choyer les entreprises nationales pour cette première « édition France », une configuration inédite depuis la création de l’événement en 2018.
Ce virage à 180 degrés ne tombe évidemment pas du ciel. Dans un contexte politique de plus en plus instable et avec un budget 2025 qui hérisse déjà une partie du pays, l’exécutif tente de rassurer les acteurs économiques français. La “câlinothérapie présidentielle” apparaît désormais comme la nouvelle méthode pour éviter la fuite des investissements hors de l’Hexagone.
Les grands patrons français se réuniront donc à la Maison de la Chimie, un lieu jusqu’ici surtout réservé aux investisseurs internationaux. Une manière pour l’exécutif d’afficher qu’il n’oublie pas ceux qui, en réalité, font tourner l’économie du pays.
Un sommet pour rassurer les investisseurs français
L’opération Choose France 2025 promet une pluie de milliards — même si les Français n’en verront probablement pas la couleur. Cette édition nationale doit générer plus de 30 milliards d’euros d’investissements, dont seulement 9,2 milliards de projets réellement nouveaux, selon les chiffres communiqués dimanche soir par Bercy.
Ces annonces clinquantes, qui ressemblent surtout à un exercice de communication préélectorale, concernent « 151 projets répartis partout en France », selon Bercy.
Avant l’ouverture officielle du sommet, Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Sébastien Martin, nouveau ministre délégué à l’Industrie, ont fait étape lundi matin sur le site de L’Oréal à Gauchy, dans l’Aisne, où Lescure a ensuite prononcé son discours d’ouverture. L’objectif affiché : montrer que le gouvernement “s’intéresse aux territoires”. Mais beaucoup y verront surtout une opération de communication.
Près de 200 entreprises — des grands groupes aux start-ups en passant par les PME et ETI — sont attendues à la Maison de la Chimie. Les syndicats et organisations patronales seront également présents, histoire d’entretenir l’illusion d’un dialogue social. En coulisses, pourtant, l’ambiance est électrique, plombée par l’instabilité politique qui paralyse les choix des acteurs économiques.

Le contexte politique et ses répercussions
Le baromètre Bpifrance Le Lab–Rexecode publié mercredi révèle une chute préoccupante des intentions d’investissement chez les patrons de PME et de TPE. Seuls 39 % d’entre eux comptent investir cette année, contre 45 % en septembre. Un niveau de frilosité qui n’avait plus été observé depuis la crise du Covid.
La situation politique ne fait qu’aggraver les choses. Roland Lescure l’a reconnu sans détour dans Le Figaro dimanche soir :
« L’incertitude politique génère de l’incertitude économique. Pour lever cette incertitude, il faut adopter un budget 2026… mais pas à n’importe quel prix ».
Les chefs d’entreprise se retrouvent pris à la gorge. D’un côté, un climat politique instable qui paralyse toute prise de décision. De l’autre, un gouvernement qui prétend comprendre leurs difficultés, mais qui peine à leur offrir un cadre stable et prévisible pour se développer.
Dans ce contexte, de nombreux entrepreneurs adoptent une position attentiste. La prudence devient la règle à mesure que l’État se montre incapable de donner une direction économique claire.
« Les entreprises doivent prendre leur part au redressement budgétaire. Pour autant, le texte final ne doit pas devenir un budget “anti-entreprises” », affirme le ministre.
Il reconnaît d’ailleurs que cette édition de Choose France doit également « permettre d’entendre les préoccupations des dirigeants d’entreprise ».
Le ton a clairement changé pour ce rendez-vous annuel des grands patrons. Finies les promesses sans contreparties : l’exécutif parle désormais de contribution des grandes entreprises au « redressement » des comptes publics, tout en cherchant à rassurer les investisseurs étrangers.
Depuis quelques jours, le patronat ne cache plus son exaspération face aux initiatives fiscales venues du Parlement. Plusieurs organisations dénoncent une véritable « surenchère fiscale » portée selon elles par les députés.
Patrick Martin, président du Medef, n’a pas mâché ses mots : il qualifie d’« erreur fatale » la mise en pause de la réforme des retraites. Le projet de loi de finances 2026 revient lundi devant le Parlement, avec un risque clair : comme le budget de la Sécurité sociale mercredi dernier, il pourrait être transmis directement au Sénat sans vote global, faute de temps. Une situation devenue presque routinière.

Les projets budgétaires et le sommet Choose France
Le sort incertain des projets budgétaires planera comme un nuage noir au-dessus du sommet Choose France. Sébastien Lecornu, le Premier ministre, et Amélie de Montchalin, ministre de l’Action et des Comptes publics, se sont d’ailleurs affichés lors d’une table ronde solennellement intitulée « Budget 2026 : construire le compromis, pour la stabilité et l’investissement ».
Difficile d’y voir autre chose qu’une tentative de rassurer coûte que coûte les investisseurs étrangers, alors même que l’exécutif peine à réunir une majorité parlementaire pour ses textes.
De l’énergie à l’agroalimentaire, en passant par la santé, la chimie ou le spatial, tous les grands secteurs industriels sont représentés au sommet. Le gouvernement mise sur ce qu’il qualifie de secteurs « stratégiques » : transition écologique et énergétique, intelligence artificielle, et bien sûr numérique.
Pour cette édition 2025, l’Élysée espère manifestement faire oublier la crise économique qui frappe le pays. Mais derrière les annonces et les sourires, combien d’emplois seront réellement créés ? Et combien d’entreprises viendront simplement profiter des subventions avant de délocaliser ?
Analyse des chiffres d’investissements
À y regarder de près, les 30 milliards d’euros d’investissements annoncés sont largement gonflés. Bercy mélange habilement anciens projets et nouveaux engagements.
Sur les 30 milliards annoncés, 21,2 milliards concernent en réalité des projets déjà connus et largement médiatisés au cours de l’année. Rien de nouveau.
Seuls 9,2 milliards correspondent à de véritables « projets totalement nouveaux », pour reprendre les mots du ministère. Une présentation pour le moins avantageuse…
Parmi les projets mis en avant, Sanofi investira 700 millions d’euros sur 2025-2026, mêlant chantiers en cours et nouvelles opérations. Urgo prévoit 60 millions d’euros pour une nouvelle usine dans la Loire d’ici 2029.
Safran renforcera la production de freins carbone dans l’Ain pour plus de 450 millions d’euros. HoloSolis a déjà sécurisé plus de 220 millions d’euros de financements publics et privés pour sa méga-usine de panneaux solaires en Moselle (sur un total de 850 millions). Danone annonce 300 millions d’euros pour relocaliser 45 000 tonnes de production d’ici 2028.
L’après-midi s’est achevé par une série de tables rondes pilotées par les ministres et les grands groupes, avant un dîner confidentiel à l’Élysée pour conclure la journée.
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