Cuba se prépare à une possible attaque américaine après les déclarations de Trump

Cuba se prépare à une possible attaque américaine après les déclarations de Trump Cuba se prépare à une possible attaque américaine après les déclarations de Trump

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Donald Trump a déclaré vouloir « prendre Cuba » et « libérer » l’île, des propos suffisamment explicites pour que La Havane annonce préparer activement sa défense face à une éventuelle agression militaire américaine.
  • Le blocus énergétique renforcé par Washington en janvier a provoqué sept pannes d’électricité nationales en moins d’un an et demi, plongeant familles, hôpitaux et personnes âgées dans l’obscurité bien avant de faire plier le régime.
  • Cuba affirme ne pas vouloir de conflit tout en refusant de capituler : le vice-ministre des Affaires étrangères réclame des négociations pendant que son pays se prépare militairement, une posture réaliste que Washington semble ignorer délibérément.
  • Au-delà du cas cubain, cette crise pose une question qui engage l’ordre mondial tout entier : jusqu’où la communauté internationale tolérera-t-elle qu’une grande puissance asphyxie économiquement un État souverain pour obtenir ce qu’elle veut de lui ?

Donald Trump a déclaré lundi « croire » qu’il « aura l’honneur de prendre Cuba », tout en évoquant la nécessité de « libérer » l’île. Des propos volontairement flottants, ni déclaration de guerre ni simple figure rhétorique, mais suffisamment explicites pour que La Havane les prenne au sérieux. C’est dans ce contexte que le vice-ministre cubain des Affaires étrangères, Carlos Fernandez de Cossio, a accordé un entretien à la chaîne NBC, dans lequel il a confirmé sans détour que l’armée cubaine se prépare activement à une éventuelle agression militaire américaine.

La posture cubaine, telle qu’elle ressort de cette déclaration, mérite d’être examinée avec attention. Elle n’est ni va-t-en-guerre ni capitularde. Elle est, à sa manière, cohérente : un petit pays soumis à une pression économique croissante, acculé par un blocus énergétique renforcé en janvier par Washington, et voyant son principal partenaire vénézuélien en difficulté, affirme son droit à se défendre tout en laissant la porte ouverte à la négociation.

« Cuba ne souhaite pas de conflit avec les États-Unis. Nous avons le besoin et le droit de nous protéger. Mais nous sommes prêts à nous asseoir pour discuter. »

Cette formulation, dans sa sobriété, dit beaucoup. Elle distingue la volonté de résistance de la recherche du conflit. Elle réaffirme une souveraineté sans hystérie et ouvre, malgré tout, un espace diplomatique que Washington semble pour l’heure peu disposé à emprunter.

La pression américaine, entre économie et intimidation

Ce qui se joue à Cuba en ce moment n’est pas seulement une crise diplomatique bilatérale. C’est la démonstration concrète de ce que peut produire une politique de pression maximale exercée par la première puissance mondiale contre un État insulaire de 11 millions d’habitants. Le blocage des approvisionnements en hydrocarbures, décidé par l’administration Trump en janvier, a des conséquences directes et mesurables : l’île a connu sa septième panne d’électricité nationale en moins d’un an et demi. La septième. Ce n’est plus une défaillance conjoncturelle, c’est l’effondrement progressif d’une infrastructure énergétique asphyxiée.

Le vice-ministre cubain n’a pas caché l’ampleur de la détresse : « Nous espérons vraiment que le carburant parviendra à Cuba d’une façon ou d’une autre et que ce boycott qu’imposent les États-Unis ne durera pas et ne pourra pas être maintenu indéfiniment. » Cette phrase, derrière sa retenue diplomatique, est celle d’un pays à genoux sur le plan énergétique, contraint d’espérer que les pressions extérieures finiront par céder. C’est une situation de dépendance absolue imposée de l’extérieur, et non choisie.

On peut avoir toutes les réserves du monde sur le régime castriste, sur son bilan en matière de libertés individuelles, sur la nature de son système politique. Ces réserves sont légitimes et ne doivent pas être édulcorées. Mais elles ne doivent pas non plus conduire à valider sans examen la logique qui consiste à étrangler économiquement une population entière pour faire plier son gouvernement. Les coupures de courant ne frappent pas le Parti communiste cubain en premier lieu. Elles frappent les familles, les hôpitaux, les commerces et les personnes âgées.

Le droit des nations à se défendre

Ce qui frappe, dans la déclaration de Carlos Fernandez de Cossio, c’est précisément la rationalité du propos. « En regardant ce qu’il se passe dans le monde, nous serions naïfs de ne pas le faire », a-t-il dit pour justifier les préparatifs militaires cubains. Cette phrase n’est pas de la propagande. C’est du réalisme. Tout État qui observe les signaux envoyés par une puissance étrangère, déclarations présidentielles, blocus énergétique, renversement d’un allié régional, et qui n’en tire aucune conclusion sur sa propre sécurité serait effectivement coupable de naïveté.

Il y a dans cette séquence un enseignement qui dépasse largement le cas cubain. Il rappelle que la souveraineté d’une nation ne se proclame pas seulement dans les textes constitutionnels ou dans les discours : elle se prépare, s’entretient et s’assume. Un pays qui renonce à penser sa propre défense, convaincu que nul n’oserait le menacer, est un pays qui a abdiqué une part essentielle de lui-même.

Les déclarations de Trump sur Cuba, aussi approximatives et performatives qu’elles puissent être dans leur forme, s’inscrivent dans une logique de puissance assumée, sans complexe ni enrobage multilatéral. On peut la juger dangereuse, on peut la juger illégale au regard du droit international. Mais il serait malhonnête de prétendre qu’elle est sans précédent dans l’histoire de la politique étrangère américaine. L’opération de la Baie des Cochons en 1961 rappelle que ce type de velléités interventionnistes a déjà, par le passé, pris une forme très concrète.

Ce que Cuba incarne dans cette séquence, qu’on le veuille ou non, c’est la résistance d’un petit État face à la volonté d’absorption d’une grande puissance. Ce principe, le droit d’une nation à disposer d’elle-même, à ne pas être réduite au statut d’espace à « libérer » selon le bon vouloir d’un autre, est un principe qui vaut universellement. Il ne dépend pas de la sympathie que l’on éprouve ou non pour le régime concerné. Il est la condition minimale d’un ordre international dans lequel des États de taille et de puissance inégales peuvent coexister sans que les plus forts se servent des plus faibles à leur guise.

La question posée par cette crise n’est donc pas simplement : que va-t-il se passer à Cuba ? Elle est la suivante : jusqu’où la communauté internationale est-elle disposée à tolérer qu’une puissance use de l’asphyxie économique et de l’intimidation militaire pour obtenir ce qu’elle veut d’un voisin qu’elle juge mal gouverné ? La réponse à cette question engage bien plus que le sort de l’île.

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