Dry January : pourquoi Emmanuel Macron ne veut pas entendre parler de sobriété

Près d'un Français sur quatre envisage le Dry January sept ans après son arrivée en France Près d'un Français sur quatre envisage le Dry January sept ans après son arrivée en France

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le Dry January séduit de plus en plus les Français, avec près d’un quart d’entre eux prêts à s’abstenir d’alcool en janvier 2024, marquant un choix croissant pour une liberté personnelle face à la consommation.
  • Alors que le Royaume-Uni soutient officiellement ce défi, le gouvernement français garde un silence assourdissant, éveillant des questions sur l’influence des traditions culturelles dans les politiques de santé.
  • Les élites politiques, de Macron aux ministres, défendent ardemment la culture du vin et de la bière, refusant de promouvoir une pause annuelle qui pourrait bousculer ces habitudes festives ancrées.
  • Des lobbies puissants bloquent les taxes sur l’alcool et les campagnes de prévention, malgré des statistiques alarmantes sur la surconsommation, laissant les citoyens se demander si l’État priorise vraiment la santé publique.

Sept ans après son arrivée en France, le Dry January gagne du terrain auprès des Français ordinaires. Près d’un Français sur quatre envisage de tenter l’expérience cette année, d’après un sondage YouGov. Les Français se reprennent en main et choisissent leur liberté face à la bouteille. Les soirées sans une goutte d’alcool émergent un peu partout, signe que l’idée s’enracine progressivement, sans forcer.

Mais du côté du gouvernement, rien. Pas un mot d’Emmanuel Macron, pas le moindre coup de pouce officiel. C’est le silence radio, comme si cette pause de janvier dérangeait. D’autant que les élites au pouvoir semblent entretenir un attachement viscéral à l’alcool, jusqu’au président du Sénat, qui s’est récemment offusqué bruyamment à la simple suggestion de retirer l’alcool des buvettes parlementaires.

Les élites politiques veillent jalousement sur la culture du vin, présentée comme un trésor national faisant vivre de nombreuses familles. Emmanuel Macron, couronné personnalité de l’année 2022 par la Revue du vin de France, n’allait pas lâcher son verre si facilement.

On l’a vu encore en 2023, descendant une bière cul sec lors d’un match de rugby, sous les vivats de la foule. Les ministres suivent le pas, attachés à cette tradition festive présentée comme constitutive de l’identité nationale, n’hésitant jamais à vanter une bonne bière pour entretenir cette convivialité dite « à la française ».

La classe politique française, farouche gardienne de traditions

Au Royaume-Uni, d’où est issu ce mois sobre, le ministère de la Santé apporte un soutien clair et massif au challenge. En France, rien de tel. Le silence règne au sein du cabinet de Stéphanie Rist, ministre en charge, qui n’a pas daigné clarifier sa position personnelle ou officielle malgré les sollicitations, évitant soigneusement d’endosser publiquement cette pause de janvier.

Seule voix discordante, Yannick Neuder, ministre délégué rattaché à François Bayrou, ose un pas de côté :

« Encourager les Français à réfléchir à leurs habitudes de consommation et à se rendre compte des bénéfices d’une pause. »


Aurélien Rousseau, ancien directeur de cabinet de la Santé et aujourd’hui élu sous la bannière Place Publique, est loin d’être isolé dans cette posture : il l’a affirmé clairement sur BFMTV en décembre 2023 :

« À titre personnel, je suis toujours très méfiant ou prudent quand on dit : “Le gouvernement lance une campagne pour savoir comment vivre pendant un mois”. »

Les députés tapent du poing sur la table pour défendre ce qu’ils présentent comme la liberté individuelle. Denis Masséglia, député Renaissance du Maine-et-Loire, résume l’état d’esprit dominant :

« Chacun est libre de faire ce qu’il souhaite. L’État peut mettre en place des outils, des dispositifs mais ne peut pas imposer aux gens le Dry January. »

Même son de cloche chez Charles de Courson, député du groupe LIOT dans la Marne :

« Ce n’est pas à l’État d’expliquer à nos concitoyens s’ils doivent consommer ou pas consommer. L’État ne se mêle pas de cela. »

Ces voix, issues de bords politiques divers, protègent farouchement la culture festive. À gauche, le ton est plus nuancé : Philippe Brun, député PS, concède que l’initiative pourrait être intéressante, tandis qu’Éric Coquerel, de LFI, admet qu’elle ne serait pas anormale au regard des autres politiques de santé publique et qu’elle pourrait contribuer à limiter les dégâts liés à l’alcool.

Près d'un Français sur quatre envisage le Dry January sept ans après son arrivée en France

Comment les lobbies verrouillent l’Assemblée contre toute taxe sur l’alcool

À l’Assemblée, on assiste à une véritable parade destinée à protéger des intérêts solidement installés. Lors de l’examen du dernier PLFSS, un amendement PS, inspiré par Addiction France, visait à taxer les Vodys, ces mélanges d’alcool et de boissons énergisantes très prisés par les jeunes. Il a été rejeté d’un revers de main, sous l’œil de la ministre Stéphanie Rist, qui s’est contentée d’un avis de sagesse pour le moins tiède.

Selon le rapporteur LR Thibault Bazin, il existerait un « risque de toucher des vins apéritifs, comme le vermouth ou d’autres préparations traditionnelles à base de vin ».

Un amendement de compromis a tenté de sauver la mesure, mais Addiction France l’a immédiatement dénoncé comme « extrêmement réducteur » et surtout « proposé par le lobby des vins et spiritueux ». Sandrine Rousseau a alors lâché le morceau en pleine séance, dénonçant « un lobby extrêmement présent dans l’hémicycle ». Elle a enfoncé le clou :

« Dès qu’on parle alcool ici, il est impossible d’obtenir la moindre micro taxe ou interdiction. »

En 2019, une campagne dédiée au mois sobre, prévue avec Santé publique France, a été purement et simplement annulée sous la pression des lobbies, les associations de lutte contre les addictions pointant alors du doigt ce « lobby alcoolier » omniprésent.

La Fédération Addictions, qui détient la licence du Dry January en France, insiste : ce challenge vise avant tout à « repenser durablement son rapport avec l’alcool ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une enquête de Santé publique France publiée fin 2025 montre que 22,2 % des adultes dépassent les repères de consommation recommandés.

En France, même les élites ne considèrent pas l’alcool comme une drogue à part entière, assène Antoine Léaument, une vision largement partagée jusqu’au sommet de l’État, où la culture dominante refuse encore de le traiter comme tel.

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