Frappes en Iran : au Congrès, Trump accusé d’avoir court-circuité la Constitution

Les bombes américaines tombent sur Téhéran : la France regarde passer les trains Les bombes américaines tombent sur Téhéran : la France regarde passer les trains

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Alors que les premières bombes américaines s’abattaient sur Téhéran, des élus des deux partis ont immédiatement dénoncé des frappes décidées sans autorisation du Congrès, révélant une fracture profonde au cœur même du pouvoir américain.
  • Trump a lui-même reconnu que des soldats américains pourraient perdre la vie dans ce conflit, tout en revendiquant agir « pour l’avenir » — mais au nom de quels intérêts, et jusqu’où ?
  • L’article rappelle que c’est Washington qui, en déchirant l’accord nucléaire de 2018, a précipité l’Iran dans la fuite en avant qui sert aujourd’hui de prétexte à l’intervention militaire.
  • Le constat le plus cinglant est celui-ci : la France et l’Europe ont été tenues totalement à l’écart de la décision, confirmant leur relégation au rang de spectateurs dans un théâtre géopolitique qu’elles prétendent pourtant influencer.

Les premières bombes américaines venaient à peine de s’abattre sur Téhéran que, déjà, au Congrès, les voix discordantes s’élevaient. Le représentant Thomas Massie, républicain du Kentucky et critique récurrent de Donald Trump, a immédiatement qualifié ces frappes d’« actes de guerre non autorisés par le Congrès ».

Il devait, avec le démocrate californien Ro Khanna, forcer la semaine suivante un vote visant à restreindre la capacité du président à engager une action militaire contre l’Iran sans approbation parlementaire. Les frappes sont intervenues avant que cette initiative bipartisane ne puisse aboutir.

Le sénateur démocrate Mark Warner a dénoncé une décision qui « risque d’entraîner les États-Unis dans un nouveau conflit de grande ampleur au Moyen-Orient ». Face à lui, le faucon Lindsey Graham exultait, saluant une opération « nécessaire et justifiée depuis longtemps ».

« Le peuple américain a déjà vu ce scénario : des déclarations d’urgence, des renseignements déformés et une action militaire qui entraîne les États-Unis dans un changement de régime et une reconstruction nationale longue et coûteuse. »

Le sénateur Ruben Gallego a également réagi dès les premières heures en déclarant :

« Nous pouvons soutenir le mouvement démocratique et le peuple iranien sans envoyer nos troupes à la mort. »

Dans une vidéo diffusée au matin de l’opération, Donald Trump a lui-même averti : « Des héros américains courageux pourraient perdre la vie et nous pourrions déplorer des victimes. Cela arrive souvent en temps de guerre, mais nous agissons ainsi pour l’avenir. » À ce stade, aucune confirmation officielle de pertes n’a été communiquée.

L’Iran, ennemi désigné ou bouc émissaire commode ?

Il ne s’agit nullement ici de faire l’apologie du régime des mollahs. La République islamique d’Iran est une théocratie qui opprime son peuple, persécute les femmes, les minorités religieuses et finance effectivement des milices déstabilisatrices dans toute la région. Le sénateur Gallego a raison de rappeler qu’il est possible de « soutenir le mouvement démocratique et le peuple iranien sans envoyer nos troupes à la mort ».

Mais l’honnêteté intellectuelle commande de poser certaines questions que le consensus atlantiste préfère éluder. Qui a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, précipitant Téhéran dans une fuite en avant ? Donald Trump lui-même, lors de son premier mandat. Qui a systématiquement saboté toute tentative européenne de maintenir un canal diplomatique avec l’Iran ? Washington, encore. La politique américaine au Moyen-Orient depuis des décennies oscille entre interventionnisme brutal et retraits précipités, laissant derrière elle chaos et ressentiment.

Le sénateur Wicker salue une « opération cruciale et nécessaire pour protéger les Américains et les intérêts américains ». Les intérêts américains, précisément.

Un lion qui rugit sur ordre d'un autre n'est plus un lion : la France face aux frappes sur l'Iran

La fin de l’illusion stratégique européenne

Le plus frappant, dans cette séquence, reste l’absence totale de la France et de l’Europe dans l’équation. L’administration Trump a informé les dirigeants du Congrès quelques heures avant les frappes. Le secrétaire d’État Marco Rubio a contacté le président de la Chambre Mike Johnson ainsi que d’autres chefs parlementaires avant l’opération, et des responsables démocrates comme les membres du « Gang des Huit », regroupant les principaux dirigeants du Congrès et des commissions du renseignement, ont également été avertis.

Le général de Gaulle avait bâti la force de dissuasion nucléaire française précisément pour que notre pays ne soit jamais réduit au rôle de supplétif dans les guerres des autres. Il avait quitté le commandement intégré de l’OTAN pour préserver notre liberté d’action. Depuis, nous avons méthodiquement déconstruit cet héritage. Nicolas Sarkozy nous a réintégrés dans l’OTAN. Emmanuel Macron, après avoir un temps parlé de « mort cérébrale » de l’Alliance, s’est empressé de rentrer dans le rang dès la crise ukrainienne.

Trump, lui, fait ce qu’il veut. On peut contester ses méthodes, déplorer son mépris des procédures constitutionnelles américaines, s’inquiéter des conséquences de ses décisions. Mais force est de constater qu’il exerce la souveraineté de son pays dans toute sa plénitude. Il défend ce qu’il considère comme les intérêts américains, quitte à bousculer ses alliés et ses adversaires.

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