Sommet de l’ASEAN : António Guterres, patron de l’ONU, fait un constat d’échec solennel sur le Conseil de sécurité

Le chef de l'ONU qualifie le Conseil de sécurité de dépassé lors d'un sommet Le chef de l'ONU qualifie le Conseil de sécurité de dépassé lors d'un sommet

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • À Kuala Lumpur, Guterres critique la répartition des sièges au Conseil de sécurité de l’ONU, dénonçant l’absence de représentation pour l’Afrique et l’Amérique latine.
  • Il propose deux sièges permanents pour l’Afrique et une meilleure représentation pour l’Asie, mais les puissances occidentales s’y opposent fermement.
  • Le droit de veto des cinq membres permanents est un frein majeur à l’action, rendant les appels de Guterres vains face à l’immobilisme de l’ONU.
  • L’initiative franco-mexicaine pour limiter le veto dans les cas de génocide et crimes contre l’humanité peine à convaincre les cinq permanents.

Ce lundi 27 octobre, lors d’un sommet conjoint entre l’ONU et les pays d’Asie du Sud-Est à Kuala Lumpur, en Malaisie, le patron de l’ONU, António Guterres, a dénoncé la répartition absurde du pouvoir au Conseil de sécurité, où l’Europe accapare trois sièges permanents quand l’Afrique et l’Amérique latine font tapisserie

«Nous avons trois membres permanents européens – la France, le Royaume-Uni et la Russie – et un seul d’Asie. Il n’y a aucun membre permanent d’Amérique latine ou d’Afrique», a déclaré Guterres, dont l’agacement tardif face à ce vestige de l’après-guerre ne change rien à l’immobilisme de l’Organisation.

Difficile de nier l’évidence : comment justifier qu’un continent comme l’Afrique, riche de 54 pays et 1,3 milliard d’habitants, soit totalement privé de siège permanent ? Une injustice d’autant plus criante que ces pays, souvent pillés par leurs anciens colonisateurs, n’ont pas voix au chapitre quand il s’agit de décider de leur propre avenir.

Guterres a tenté de faire croire qu’il ne se contentait pas de critiquer — il a réclamé deux sièges permanents pour l’Afrique et une représentation renforcée pour l’Asie. Une proposition qui fait grincer des dents dans les chancelleries occidentales et qui n’a aucune chance d’aboutir, car les puissances ne partagent pas un pouvoir qu’elles monopolisent depuis 1945.

Cette réforme, si elle venait à voir le jour, redistribuerait les cartes d’un système international à bout de souffle. Mais ne nous faisons pas d’illusions : les privilégiés actuels — France et Royaume-Uni en tête — s’opposeront bec et ongles à toute dilution de leur influence disproportionnée, rendant les appels de Guterres vains, comme ils l’ont toujours fait.

Le chef de l'ONU qualifie le Conseil de sécurité de dépassé lors d'un sommet

Le droit de veto : un frein majeur à l’action

Le secrétaire général de l’ONU a une fois de plus ciblé le droit de veto des cinq membres permanents comme un frein majeur à l’action du Conseil face aux crises internationales. Une déclaration qui sonne creux, car il est le chef de cette Organisation impuissante.

Guterres, dont les critiques visent évidemment les plus grandes puissances mondiales, a néanmoins salué les tentatives britanniques et françaises de restreindre l’utilisation de ce privilège contesté, notamment lors de massacres de populations civiles.

« Je pense qu’il serait très intéressant que les membres du Conseil examinent sérieusement ces propositions », a-t-il déclaré, sans jamais expliquer concrètement comment convaincre Russie, Chine et États-Unis de céder une partie de leur pouvoir absolu.

Conseil de sécurité de l'ONU

L’initiative franco-mexicaine : une illusoire mobilisation

Depuis 2015, notre pays s’implique aux côtés du Mexique dans un projet bien précis : limiter le droit de veto au Conseil de sécurité. Pour quels cas ? Les génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Tiens donc, nos dirigeants cherchent à établir une « responsabilité de ne pas opposer son veto » dans ces situations.

Bien qu’ils aient convaincu 106 États membres de l’ONU (sur les 193 existants), ce « succès » reste insignifiant face à l’opposition des cinq permanents. Les autres membres permanents — États-Unis, Russie, Chine et Royaume-Uni — traînent des pieds.

Difficile de ne pas voir l’hypocrisie quand la France prétend défendre les droits humains à l’ONU alors qu’elle-même n’hésite pas à soutenir certains régimes contestés.

Cette initiative diplomatique, comme tant d’autres menées sous l’égide de l’ONU, semble surtout servir à redorer le blason international de notre pays.

En 2022, Macron a plaidé pour une réforme du Conseil de sécurité et pour limiter le droit de veto en cas de crime de masse

L’ONU, symbole de l’échec

C’est au moment où l’ONU fête ses 80 ans qu’elle subit un déluge de critiques. Paralysée par les grands conflits mondiaux, l’Organisation a échoué. Son Conseil de sécurité est devenu le symbole d’une institution déconnectée des peuples qu’elle prétend servir.

Les grandes puissances continuent d’imposer leur loi avec ce fameux droit de veto, tandis que les nations moyennes et petites doivent se contenter de s’incliner.

La Malaisie, qui accueille actuellement le Sommet de l’ASEAN, fait partie de ces pays qui ne supportent plus cette mascarade.

« Nous n’accepterons plus en silence le rejet de notre voix collective », a d’ailleurs martelé Mohamad Hasan, ministre malaisien des Affaires étrangères, lors d’une session de l’Assemblée générale.

Mais cette prise de position, aussi forte soit-elle, est restée sans conséquence sur l’ordre mondial.

Mohamad Hasan, ministre des Affaires étrangères de Malaisie

Le pouvoir absolu au Conseil de sécurité

La réforme ou l’abolition du droit de veto est désormais sur toutes les lèvres. Mais on peut légitimement se demander si les cinq pays qui détiennent ce privilège sont réellement prêts à y renoncer, même partiellement.

Les lobbys et les intérêts géostratégiques n’ont jamais été aussi puissants qu’aujourd’hui, ce qui rend l’esprit originel des Nations Unies totalement obsolète.

Au sein du Conseil de sécurité, la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis y règnent en maîtres permanents, armés de leur droit de veto qui leur permet de bloquer n’importe quelle décision.

À leurs côtés siègent dix membres non permanents, élus pour deux ans — une présence éphémère qui leur donne l’illusion de participer aux grandes décisions mondiales. Parmi eux, cinq s’apprêtent à quitter la table : l’Algérie, la Guyana, la Corée du Sud, la Sierra Leone et la Slovénie.

Guterres n’a pu faire que le constat amer : notre système de gouvernance mondiale est complètement obsolète et profondément injuste. Pas seulement le Conseil de sécurité, mais tout le système financier international !

Il pointe du doigt cette réalité que nous constatons tous : les pays en développement sont royalement ignorés dans les instances internationales.

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