Groenland : Trump hausse le ton et relance l’option d’une intervention “de gré ou de force”

Les conseillers de Trump poussent les Groenlandais vers un référendum d'indépendance contre le Danemark Les conseillers de Trump poussent les Groenlandais vers un référendum d'indépendance contre le Danemark

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Les conseillers de Trump conçoivent une stratégie subtile pour pousser les Groenlandais vers un référendum d’indépendance, en utilisant des campagnes d’information et des incitations financières, mais les déclarations tonitruantes du président ont heurté les sensibilités locales et compliqué l’objectif.
  • À Nuuk, les habitants expriment un profond sentiment d’humiliation face aux ambitions américaines, se demandant si un alignement forcé avec les États-Unis respecterait leur autonomie, tandis que des voix locales affirment que cela ravive des frustrations coloniales longtemps enfouies.
  • Les élites danoises et groenlandaises unissent leurs forces pour rejeter toute idée de vente, annulant des événements et renforçant leurs alliances, ce qui pourrait mener à une escalade diplomatique si les tensions persistent.

Derrière les éclats de voix de Donald Trump sur le Groenland se dessine une stratégie bien plus fine, conçue avec ses conseillers les plus proches. L’idée ? Pousser les Groenlandais eux-mêmes à réclamer un référendum pour s’aligner sur les États-Unis.

Deux sources anonymes au cœur du dossier l’ont confirmé : c’est la voie royale pour sécuriser cet avant-poste vital en Arctique, riche en minéraux essentiels, face à l’inflation et aux appétits russes ou chinois.

Mais voilà : les sorties publiques tonitruantes de Trump — ces avertissements sur un achat forcé, voire une option militaire — ont tout gâché. Sa franchise brute a heurté de front les sensibilités locales.

Malgré les tensions, l’approche reste centrée sur des leviers comme des campagnes d’information — et de désinformation — pour influencer l’opinion, avec des aides publiques généreuses et des opportunités privées alléchantes.

Trump, l’homme de l’immobilier qui transforme les impasses en victoires, misait sur une pression pragmatique pour briser les chaînes européennes. Au lieu de cela, ses mots cash ont dressé une barrière psychologique, rendant l’objectif plus lointain. Pourtant, son insistance sur le besoin de posséder l’île pour des motifs « psychologiques » et son refus catégorique d’écarter une action armée contre un partenaire de l’OTAN révèlent une obstination qui bascule vers l’agressivité plutôt que vers la simple protection.

À Nuuk, la rhétorique brute de Trump réveille des frustrations anciennes

À Nuuk, la capitale glacée, les propos directs de Trump sur un possible rachat du Groenland ont heurté de plein fouet. Une douzaine de Groenlandais interrogés sur place expriment un sentiment d’humiliation face à l’idée d’un achat décidé sans les consulter.

Bebiane Johansen, 27 ans, étudiante, résume le malaise : « Tout ce que nous voulons, c’est être traités avec respect. Mais la façon dont ils parlent de nous, de l’achat du Groenland sans nous consulter, ce n’est pas respectueux. Nous ne voulons pas qu’on nous dise de l’extérieur ce que nous devons faire ou qui nous devons être. Nous voulons juste vivre en paix. »

Ces voix traduisent une inquiétude palpable. Avaaraq S. Olsen, maire de Nuuk, alerte :

« Ici, les gens sont de plus en plus inquiets car les déclarations de Trump ne cessent d’empirer. Cela nous déchire. »

Elle pointe surtout les déclarations récentes dans lesquelles Trump présente la possession totale comme l’unique solution satisfaisante, alimentant une frustration accrue et une nouvelle vague de colère envers un allié autrefois jugé fiable.

Chez certains, comme cette résidente de 52 ans qui préfère rester anonyme, ces ambitions deviennent un sujet de table récurrent, générant une anxiété diffuse : certains peinent même à trouver le sommeil face aux menaces perçues.

 Les conseillers de Trump poussent les Groenlandais vers un référendum d'indépendance contre le Danemark

Les conseillers de Trump misent sur des campagnes habiles et des chèques pour débloquer le référendum

Face aux élites danoises, les conseillers de Trump peaufinent une approche plus fine : des campagnes d’information — et parfois de désinformation ciblée — pour pousser vers un référendum, couplées à des incitations financières solides. Trump conserve sa franchise légendaire :

« Trump part du principe qu’on peut les acheter », lâche une personne proche du dossier. « Il part du principe que presque tout le monde est comme ça. »

Miki Sandgree, pêcheur de 35 ans, en dit long : « Je ne suis plus sûr. La situation évolue beaucoup. Je n’aime pas sa façon de gérer les choses. La façon dont il parle de nous, c’est comme un retour à l’époque coloniale. » Intrigué par la perspective d’une indépendance assortie d’un réalignement, il se montre désormais plus hésitant face à cette approche frontale.

Le maire de Nuuk réaffirme :

« Nous étions prêts à faire des affaires, mais face à un tel manque de respect, nous avons perdu tout intérêt. Nous ne sommes pas à vendre. Nous ne voulons pas cautionner cela. »

Quand les élites danoises paniquent : annulations et revers électoraux

Une pique récente sur un traîneau à chiens danois a suffi à faire annuler l’invitation de Jeff Landry, gouverneur de Louisiane et envoyé spécial des États-Unis, à une course groenlandaise locale.

L’Association groenlandaise de chiens de traîneau a réagi par un communiqué sur Facebook, condamnant « l’inacceptable pression politique exercée de l’extérieur », et a retiré son invitation à l’Avannaata Qimussersua, l’événement arctique phare.

Les élections législatives de mars dernier l’ont confirmé : la majorité s’est prononcée contre une rupture nette avec le Danemark. Si le référendum traîne, les tensions risquent de monter d’un cran, avec des confrontations directes en perspective. Cette offensive publique pourrait même réduire les chances d’un vote populaire, privant le dossier d’une voie diplomatique et augmentant les risques d’escalade.

À Sisimiut, Mette Berthelsen, 38 ans, a lâché :

« Trump ne nous considère pas comme des êtres humains. Il nous méprise. »

Face à la franchise assumée de Donald Trump sur l’Arctique, les dirigeants danois et groenlandais ont rapidement fait front commun. Jens-Frederik Nielsen, Premier ministre du Groenland, et Mette Frederiksen, Première ministre danoise, ont tenu une conférence de presse conjointe à Copenhague.

« Le Groenland ne veut pas appartenir aux États-Unis. Le Groenland ne veut pas être gouverné par les États-Unis. Le Groenland ne veut pas faire partie des États-Unis », a lancé Nielsen.

Et d’ajouter : « Si nous devions choisir entre les États-Unis et le Danemark, ici et maintenant, nous choisirions le Danemark. Nous choisirions l’OTAN. Nous choisirions le Royaume du Danemark. Nous choisirions l’UE. »

Le lendemain, leurs ministres des Affaires étrangères se sont rendus à la Maison Blanche pour des échanges tendus avec J.D. Vance et Marco Rubio — un ballet diplomatique où Copenhague campe sur ses positions, ouverte à davantage de coopération sécuritaire ou économique, mais ferme face à toute idée de vente.

Du côté américain, Anna Kelly, porte-parole de la Maison Blanche, a rappelé la vision pragmatique de Trump : « Le président Trump estime que le Groenland occupe une position stratégique essentielle pour la sécurité nationale et il est convaincu que les Groenlandais seraient mieux servis s’ils étaient protégés par les États-Unis contre les menaces modernes dans la région arctique. Le président est déterminé à instaurer une paix durable, tant au niveau national qu’international. »

Au sein de l’administration, l’optimisme règne, fondé sur le passé immobilier de Trump et sur ses succès à plier des alliés européens sur les budgets de l’OTAN, l’aide à l’Ukraine ou encore des accords commerciaux avantageux.

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Trump hausse le ton : « Nous interviendrons au Groenland, de gré ou de force »

Face à ces résistances européennes, Donald Trump passe à la vitesse supérieure. Dans une interview récente au New York Times, il juge les négociations sur la sécurité nationale bien trop timides. Pour lui, prendre le contrôle psychologique du Groenland reste la clé, et une intervention s’impose.

À la Maison Blanche, il a lâché sans ambages : « Nous allons intervenir au Groenland, qu’ils le veuillent ou non. Si nous ne le faisons pas par la voie facile, nous le ferons par la voie difficile. »

Cependant, les résistances s’accumulent. En Europe, elles montent d’un cran, tandis qu’aux États-Unis un front bipartisan s’oppose à toute idée de recours à la force.

Le sénateur républicain Rand Paul, du Kentucky, nuance : « Je ne suis pas contre l’achat du Groenland. Mais en général, si je veux vous acheter quelque chose, par exemple un cheval à vendre, je ne vais pas vous dire que je vous déteste et que je vais utiliser la force militaire pour vous prendre votre cheval. Ce n’est pas la meilleure stratégie pour acheter quelque chose. » Paul partage pourtant l’avis sur l’importance stratégique croissante du territoire face aux incursions russes et chinoises, dans un Arctique en pleine mutation.

Rappelons le contexte groenlandais : 57 000 habitants, une autonomie sous tutelle danoise, soutenue par des subventions vitales, et un parti indépendantiste comme Naleraq qui plafonne à 25 % des voix. Un sondage préélectoral montrait 85 % contre un alignement pur avec les États-Unis, mais une délégation du Congrès s’est rendue à Copenhague pour sonder le terrain.

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