🔥 Les essentiels de cette actualité
- Sous les bombes américaines et israéliennes, l’Iran délibère en urgence sur sa succession : le nom de Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah assassiné, s’impose comme favori, au risque d’en faire immédiatement une cible prioritaire pour Washington et Tel-Aviv.
- Les États-Unis ont explicitement reconnu avoir éliminé des successeurs potentiels, y compris des figures jugées modérées : la stratégie américaine ne vise plus à négocier avec le régime iranien, mais à l’éradiquer méthodiquement, sans critère de victoire clairement défini.
- Chaque frappe décapitante renforce mécaniquement les factions les plus radicales du régime — un constat que la CIA elle-même formule depuis des années, sans que Washington ne semble en tirer la moindre leçon.
- Pendant ce temps, la France regarde, impuissante : notre alignement atlantique nous prive de toute capacité d’initiative diplomatique indépendante au moment où le Moyen-Orient se reconfigure sans que Paris n’ait son mot à dire.
Tandis que les bombes américaines et israéliennes continuent de s’abattre sur Téhéran, l’Iran s’apprête peut-être à désigner un nouveau guide suprême. L’agence Fars News évoque une annonce possible dans les vingt-quatre heures. Cette précipitation, au cœur même du chaos, révèle autant l’urgence institutionnelle que les fractures internes d’un régime acculé, mais nullement résigné.
L’Assemblée des experts, ces quatre-vingt-huit juristes islamiques chargés de choisir la plus haute autorité religieuse du pays, délibère sous les décombres. Le processus avait été « suspendu » en raison de l’intensité des frappes. Des informations, difficiles à vérifier dans le brouillard de guerre, suggèrent même qu’un bâtiment abritant cette assemblée aurait été visé par l’opération baptisée « Epic Fury ». Si cette information se confirmait, elle illustrerait une volonté délibérée de décapiter non seulement l’appareil militaire iranien, mais aussi son architecture politique et religieuse.
C’est dans ce contexte que le nom de Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah assassiné, émerge comme favori. Selon des responsables iraniens cités par la presse occidentale, les religieux envisageaient de l’annoncer dès le lendemain des délibérations. Mais des voix se seraient élevées, redoutant qu’une telle désignation ne fasse immédiatement de lui une cible prioritaire pour Washington et Tel-Aviv.
« Les religieux envisageaient d’annoncer dès mercredi matin que le fils, Mojtaba Khamenei, serait le successeur de son père, mais certains avaient émis des réserves, craignant que cela ne l’expose comme une cible pour les États-Unis et Israël. »
Cette crainte n’a rien d’infondé. Les États-Unis ont explicitement affirmé que des successeurs potentiels avaient déjà été « éliminés », y compris certains que le président Trump aurait pu accepter comme interlocuteurs. On mesure ici la radicalité de la stratégie américaine : il ne s’agit plus de négocier avec le régime iranien, mais de l’éradiquer. Toute figure susceptible d’incarner une continuité est vouée à devenir une cible.
La logique de l’escalade sans fin
Le paradoxe est cruel pour Washington. La CIA elle-même reconnaît depuis longtemps, dans ses analyses, qu’éliminer les dirigeants iraniens conduit mécaniquement à l’émergence de successeurs plus radicaux encore. Chaque frappe décapitante renforce les « durs » au sein du régime. Chaque assassinat ciblé légitime ceux qui refusent toute compromission avec l’Occident.
Le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré que Téhéran « ne se rendrait jamais » à Washington ou à Tel-Aviv. Cette posture n’est pas pure rhétorique. Elle s’inscrit dans une réalité politique où le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) contrôle désormais effectivement le pays et la réponse militaire. Tout nouveau guide suprême devra obtenir l’aval de cette institution, qui incarne la ligne la plus intransigeante.
Du côté américain, le porte-parole Leavitt a précisé ce que signifie la « reddition inconditionnelle » exigée par Trump : l’Iran devra cesser de représenter une menace pour les États-Unis et les objectifs de l’opération Epic Fury devront être « pleinement réalisés ». Des formulations suffisamment vagues pour justifier une guerre sans terme défini, sans critère de victoire mesurable.
Cette situation devrait interpeller tout observateur attaché à l’indépendance des nations et à une lecture réaliste des relations internationales. Que l’on porte un jugement sévère sur le régime des mollahs, et il y a matière à le faire, ne dispense pas d’analyser froidement les conséquences d’une telle stratégie. Bombarder un pays jusqu’à sa capitulation totale, éliminer méthodiquement ses dirigeants, refuser toute porte de sortie diplomatique : c’est la recette éprouvée du chaos durable.
Les dommages collatéraux d’une guerre régionale
L’escalade ne se limite pas au territoire iranien. Le président Pezeshkian a présenté ses excuses aux États voisins du Golfe après que des frappes iraniennes ont touché des sites liés aux forces américaines stationnées dans la région. Des infrastructures civiles, notamment des aéroports, ont été atteintes des deux côtés. La guerre déborde et les populations civiles paient le prix.
Pour la France, spectatrice de ce conflit dans lequel elle n’a aucune prise, la question qui se pose est celle de notre propre souveraineté stratégique. Nous assistons à une reconfiguration violente du Moyen-Orient, orchestrée par Washington et Tel-Aviv, sans que Paris ait son mot à dire. Notre alignement atlantique nous prive de toute capacité d’initiative diplomatique indépendante.
Il fut un temps où la France savait parler à toutes les parties, où sa voix portait précisément parce qu’elle n’était inféodée à aucun camp. Ce temps semble révolu. Nous regardons l’Iran brûler en commentateurs impuissants, liés par nos engagements au sein d’une OTAN dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec les nôtres.
La désignation imminente d’un nouveau guide suprême iranien, qu’il s’agisse de Mojtaba Khamenei ou d’un autre, ne changera probablement rien à court terme. Le régime est acculé, mais pas vaincu. Ses structures de commandement, bien que décimées, demeurent fonctionnelles. Le CGRI continue de coordonner la défense. Chaque jour qui passe sans effondrement du pouvoir iranien démontre les limites de la stratégie du « choc et effroi ».
La vraie question, que personne ne semble vouloir poser à Washington, est celle de l’après. Que restera-t-il de l’Iran une fois les bombes tues ? Un pays détruit, radicalisé, ingouvernable ? Un foyer d’instabilité pour les décennies à venir ? L’Irak et la Libye devraient pourtant servir de leçons. Mais l’histoire, manifestement, n’enseigne rien à ceux qui refusent de l’apprendre.
Pour l’heure, dans les souterrains de Téhéran, des hommes en turbans délibèrent sur l’avenir de leur pays sous les explosions. Leur choix, quel qu’il soit, sera celui de la survie et de la résistance. C’est la seule option que leurs adversaires leur ont laissée.
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