🔥 Les essentiels de cette actualité
- Trump a déclaré à la Maison Blanche que le changement de régime à Cuba n’était « qu’une question de temps », annonçant ouvertement une doctrine d’ingérence où Washington décide qui gouverne et dans quel ordre.
- Pour étrangler Cuba, les États-Unis ont coupé toutes les livraisons de pétrole vénézuélien et mexicain, provoquant des pénuries massives de carburant, de nourriture et des coupures d’électricité qui frappent en priorité les civils.
- Trump a affirmé sans détour que Washington serait « très impliqué » dans le choix du prochain dirigeant vénézuélien. Si la Chine tenait ce langage sur Taïwan, quel tollé international cela déclencherait-il ?
- Le magazine Time a recensé les pays frappés par Trump : il frappe plus de nations en moins de temps que n’importe quel autre président américain moderne, renouant avec l’interventionnisme qu’il promettait pourtant d’abandonner.
Les mots ont parfois une clarté redoutable. Lorsque Donald Trump déclare que le changement de régime à Cuba n’est « qu’une question de temps » et suggère que Washington pourrait se concentrer sur La Havane une fois « terminé » le dossier iranien, il ne s’agit plus de simple rhétorique électorale ni d’une posture diplomatique. C’est l’énoncé froid d’une doctrine : l’Amérique s’arroge le droit de décider qui gouverne, où et quand, selon son calendrier et ses intérêts.
Cette déclaration, prononcée jeudi à la Maison Blanche lors d’une réception en l’honneur de l’équipe de football Inter Miami, mérite qu’on s’y arrête. Non pas pour ce qu’elle révèle de la politique cubaine, sujet complexe s’il en est, mais pour ce qu’elle dit de la conception américaine de l’ordre international. Une conception qui, sous couvert de défense des libertés, ressemble furieusement à un impérialisme décomplexé.
« Nous voulons d’abord en finir avec l’Iran. Ensuite, ce ne sera qu’une question de temps. »
La formulation est éloquente. Les nations deviennent des « problèmes » à « régler », des dossiers qu’on empile sur un bureau avant de les traiter méthodiquement. L’Iran d’abord, Cuba ensuite. Le sénateur Lindsey Graham ne s’embarrasse même plus de précautions oratoires : « Cuba est la prochaine sur la liste », assène-t-il sur Fox News. Mais une liste de quoi, exactement ? De pays à bombarder ? De gouvernements à renverser ? De peuples à soumettre ?
L’économie comme arme de destruction
Ce qui frappe dans la stratégie américaine contre Cuba, c’est la brutalité assumée des moyens employés. Trump s’en vante ouvertement : « Nous avons coupé tout le pétrole, tout l’argent, tout ce qui venait du Venezuela. » Le résultat ? Aucune livraison de pétrole n’est arrivée à Cuba depuis le début du mois de janvier. Les compagnies aériennes annulent des vols. Les pénuries de carburant et de nourriture s’aggravent. Les coupures d’électricité paralysent l’île.
Il ne s’agit plus de sanctions ciblées contre des dirigeants. Il s’agit d’un étranglement économique total qui frappe d’abord les populations civiles. Le Mexique lui-même a cessé ses livraisons de pétrole « sous la pression des États-Unis », précise l’article. Washington dicte donc aux États tiers avec qui ils peuvent commercer. Voilà qui relativise singulièrement les leçons de libre-échange que l’Amérique administre au reste du monde.
La Russie, par la voix de ses diplomates, a condamné ce blocus en rappelant qu’il violait le droit international. On pourra sourire de voir Moscou donner des leçons de légalité internationale. Mais le fait qu’un pays puisse affamer une île entière pour la contraindre à « négocier », c’est-à-dire à capituler, sans que cela ne suscite d’indignation majeure en Occident pose question.
Car enfin, que reproche-t-on exactement à Cuba pour justifier un tel traitement ? Son système politique ? Fort bien. Mais alors, pourquoi l’Arabie saoudite, le Qatar ou tant d’autres régimes autoritaires bénéficient-ils des meilleures dispositions américaines ? La cohérence n’est manifestement pas le fort de cette diplomatie.
L’Amérique latine sous tutelle
Le cas cubain s’inscrit dans une offensive américaine plus large sur l’ensemble de l’hémisphère occidental. L’article rappelle la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et les déclarations de Trump sur son rôle dans le choix du prochain dirigeant du pays : « Nous y serons très impliqués. Nous ne pouvons pas prendre de risque quant à la personne qui le remplacera. »
L’aveu est stupéfiant de franchise. Le président des États-Unis annonce qu’il choisira le dirigeant d’un autre pays souverain. Que dirait-on si la Chine tenait ce langage à propos de Taïwan ? Si la Russie l’appliquait à l’Ukraine ? Les principes du droit international, souveraineté des États et non-ingérence dans les affaires intérieures, ne valent apparemment que pour certains.
Trump va plus loin encore concernant Cuba, suggérant que le Pentagone pourrait « facilement capturer » le président Miguel Diaz-Canel dans une opération similaire à celle menée au Venezuela. « Ce ne serait pas très difficile », ajoute-t-il. La désinvolture du propos glace. On parle d’enlever le chef d’État d’un pays comme on planifierait une simple opération logistique.
Le magazine Time a relevé cette escalade en consacrant sa couverture de mars à huit casquettes MAGA où le mot « America » est remplacé par le nom d’un pays : Iran, Irak, Somalie, Nigeria, Équateur, Syrie, Venezuela, Yémen. La liste est longue. Cuba pourrait bientôt s’y ajouter.
Le paradoxe est cruel pour ceux qui avaient cru aux promesses du candidat Trump de mettre fin aux guerres américaines. Le président frappe « plus de pays en moins de temps que n’importe quel autre dirigeant américain moderne », note le magazine Time. L’interventionnisme qu’il dénonçait chez ses prédécesseurs, il le pratique désormais à une échelle industrielle.
Pour les nations attachées à leur souveraineté, et la France devrait être au premier rang de celles-ci, ce spectacle offre une leçon amère. L’ordre international fondé sur le droit n’existe que dans les discours. Dans la réalité, c’est le rapport de force qui prévaut. Lorsqu’une puissance hégémonique décide qu’un gouvernement doit tomber, elle dispose de tous les moyens pour y parvenir : sanctions économiques, blocus pétrolier, pressions sur les alliés et, en dernier recours, intervention militaire.
La question n’est pas de savoir si le régime cubain est défendable. Elle est de savoir si nous acceptons qu’une seule nation s’érige en juge suprême de la légitimité des gouvernements étrangers et décide, selon ses intérêts du moment, qui a le droit de diriger et qui doit être « réglé ».
Cette doctrine Monroe 2.0, appliquée avec une brutalité renouvelée, devrait interpeller tous ceux qui croient encore à un monde multipolaire où chaque nation dispose du droit de choisir son destin. Si Cuba tombe demain sous les coups de boutoir américains, après le Venezuela et l’Iran, qui peut garantir que d’autres ne suivront pas ? L’appétit vient en mangeant et la liste de Washington semble ne jamais finir.
IMPORTANT - À lire
Cuba, Venezuela, Iran : qui sera le prochain sur la liste de Washington ? Chaque mois, notre revue papier décrypte ces rapports de force qui reconfigurent l'ordre mondial.
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