🔥 Les essentiels de cette actualité
- La cote de popularité de Trump s’est effondrée à 33 %, son niveau le plus bas depuis le début de son second mandat, selon un sondage YouGov — un recul qui frappe en premier lieu ses propres électeurs.
- La guerre contre l’Iran a un coût très concret : la flambée du prix de l’essence et le retour de l’inflation sont les premières raisons invoquées par les électeurs déçus pour expliquer leur désenchantement.
- 13 % des électeurs de Trump regrettent leur vote, un chiffre qui monte à 17 % chez les moins de 30 ans et à 16 % chez les Hispaniques — deux segments qu’il avait pourtant su conquérir en 2024 sur la promesse d’une économie maîtrisée.
- À six mois des élections de mi-mandat, ces quelques points de désaffection suffisent-ils à faire basculer des circonscriptions entières dans un pays où la polarisation électorale ne laisse aucune marge à l’erreur ?
Un an et demi après son retour fracassant à la Maison-Blanche, Donald Trump connaît ce que tout chef d’État redoute plus que tout : non pas l’hostilité de ses adversaires déclarés, mais la désillusion de ceux qui ont cru en lui. Les sondages publiés ces dernières semaines dessinent un tableau préoccupant pour le 47e président des États-Unis, et ce tableau mérite qu’on s’y attarde, non par schadenfreude, mais parce qu’il illustre une réalité universelle que les souverainistes de tous pays feraient bien de méditer.
Les chiffres sont sans ambiguïté. Selon un sondage YouGov réalisé par l’Université du Massachusetts, la cote de popularité de Donald Trump est tombée à 33 %, son niveau le plus bas depuis le début de son second mandat. Ce recul touche en premier lieu sa propre base : la part de ses électeurs se déclarant « très confiants » dans leur choix est passée de 74 % en avril 2025 à 62 % aujourd’hui. Plus significatif encore, lorsque YouGov a offert au panel la possibilité de revoter fictivement en 2024, seuls 84 % de ses électeurs ont indiqué qu’ils choisiraient à nouveau Trump, contre 91 % des électeurs de Kamala Harris qui resteraient fidèles à leur candidate. L’écart est éloquent.
Le prix de la guerre, payé par les classes populaires
La désaffection ne naît pas dans le vide. Elle a un nom, plusieurs même : l’Iran, l’essence, l’inflation. Depuis l’entrée en guerre contre Téhéran, les conséquences économiques se font sentir directement dans la vie quotidienne des Américains. Le prix de l’essence a flambé. L’inflation, déjà présente, s’est durcie. Ce sont précisément ces sujets, le coût de l’essence, l’économie, les affaires étrangères, que les électeurs déçus de Trump citent en priorité pour expliquer leur désenchantement, selon une enquête de CNN.
Une étude complémentaire, conduite par Strength in Numbers-Verasight, confirme l’ampleur du phénomène : 13 % des électeurs de Trump regrettent leur vote, dont 5 % qui le regrettent « fortement ». Ce regret est plus prononcé chez les jeunes de moins de 30 ans (17 %) et chez les Hispaniques (16 %), deux segments que Trump avait pourtant su séduire lors de sa campagne de 2024 en jouant précisément sur la promesse d’une économie maîtrisée et d’une politique étrangère moins dispendieuse.
« 17 % des électeurs de Donald Trump de moins de 30 ans regrettent leur vote. »
Il y a dans cette désillusion une leçon qui dépasse les frontières américaines. Trump avait construit une bonne partie de son second mandat sur une promesse simple : remettre l’Amérique au travail, réduire le coût de la vie, ne pas s’épuiser dans des aventures extérieures. C’est exactement cette promesse qui se trouve aujourd’hui mise à l’épreuve. L’engagement militaire en Iran, quelles qu’en soient les justifications géopolitiques, a un coût concret que les Américains ordinaires, ceux des petites villes du Midwest, ceux qui font le plein une fois par semaine, paient à la pompe et dans les supermarchés.
Le phénomène n’est pas sans résonance pour un lecteur français. Les classes populaires et les classes moyennes, des deux côtés de l’Atlantique, partagent une sensibilité identique : elles acceptent un effort si elles en comprennent le sens et si le fardeau est équitablement réparti. Mais dès lors que la guerre ou les grands arbitrages géopolitiques se traduisent par une détérioration concrète de leur pouvoir d’achat, la légitimité du chef s’érode avec une brutalité que nul sondage ne peut totalement anticiper.
L’usure du pouvoir et ses avertissements
Ce qui frappe dans les données disponibles, c’est la vitesse du retournement. En quelques mois, une fraction significative de la coalition trumpiste s’est fissurée. Non pas parce que Trump aurait trahi des positions idéologiques, ses partisans lui restent globalement fidèles sur l’immigration ou la politique intérieure, mais parce que les promesses économiques les plus tangibles se sont heurtées aux réalités d’un conflit armé et de ses répercussions inflationnistes.
À six mois des élections de mi-mandat du 6 novembre, le Parti républicain entre donc dans une zone de turbulences. L’histoire des midterms américains enseigne que le parti au pouvoir paie presque toujours un prix à mi-parcours. Mais quand ce prix est amplifié par une guerre impopulaire et une inflation persistante, la facture peut devenir lourde. Les 5 % d’électeurs déclarant ouvertement regretter leur vote, chiffre probablement sous-estimé comme le suggère le décalage avec le vote fictif, représentent, dans un pays à l’électorat polarisé à l’extrême, une marge qui peut basculer des circonscriptions entières.
Pour Trump, la question n’est donc plus seulement celle de sa popularité personnelle, mais de sa capacité à démontrer que l’engagement en Iran produira des résultats tangibles avant novembre. Un pari risqué, dans un contexte où chaque semaine qui passe voit le prix de l’essence peser un peu plus dans le budget des familles américaines, et dans leur mémoire électorale. Les peuples ont la patience de ceux qui croient ; ils ont la sévérité de ceux qui ont été déçus.
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