Manifestations en Ukraine : les citoyens protestent contre une loi punitive pour les militaires

Rassemblement sur la place de l'Indépendance à Kiev pour s'opposer à l'augmentation des sanctions pour le personnel militaire en cas d'insubordination Rassemblement sur la place de l'Indépendance à Kiev pour s'opposer à l'augmentation des sanctions pour le personnel militaire en cas d'insubordination

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le 5 septembre, l’Ukraine a vu des manifestations contre un projet de loi répressif visant les militaires, avec des peines allant jusqu’à dix ans de prison pour abandon de poste.
  • À Kiev et dans d’autres villes, des centaines de manifestants ont brandi des pancartes pour défendre les droits des soldats et dénoncer la politique de mobilisation de Zelensky.
  • La Rada examine des lois sévères (10101, 10102, 10103) qui pourraient punir les militaires refusant d’obéir, accentuant le désarroi dans l’armée ukrainienne.
  • Une parenthèse de liberté permettant aux soldats d’abandonner leur poste sans sanctions s’est close, laissant les militaires sans échappatoire légale.

Vendredi 5 septembre, l’Ukraine a connu un épisode rare de contestation sociale en temps de guerre. Dans plusieurs grandes villes du pays – Kiev, Lviv, Ivano-Frankivsk et Dnipro – des centaines de manifestants sont descendus dans la rue.

Ces Ukrainiens n’ont pas peur de crier leur colère contre un projet de loi particulièrement répressif examiné par la Rada, le parlement ukrainien. Le texte prévoit des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement pour les militaires qui « abandonneraient leur poste » ou refuseraient d’obéir aux ordres.

Dix ans de prison pour des hommes qui se battent déjà depuis plus de deux ans ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

La société civile et les associations de défense des droits des soldats dénoncent une mesure profondément injuste. Comment peut-on traiter ainsi ceux qu’on envoie mourir au front ? Mais le gouvernement de Zelensky semble sourd à ces préoccupations et durcit sa politique de mobilisation.

On est bien loin des discours lénifiants sur la « démocratie ukrainienne » que nous servent nos médias ! L’État n’hésite pas à emprisonner ses propres défenseurs quand ils ne marchent pas au pas. Une façon comme une autre de rappeler quelle est la véritable nature du pouvoir à Kiev.

Mobilisations à travers l’Ukraine

À Kiev, un vent de rébellion souffle sur la place Maïdan et dans les grandes artères de la capitale ukrainienne. Des centaines de manifestants, loin des caméras occidentales, brandissaient des pancartes aux numéros énigmatiques – #13452, #13260 – qui renvoient à des dossiers judiciaires.

« Protégez les droits de ceux qui vous protègent », peut-on lire sur une pancarte tenue par un jeune homme au regard déterminé.

À quelques pas, une femme d’une cinquantaine d’années tient fermement une affiche : « Ne confondez pas les soldats avec les corrompus en liberté. »

Un peu plus loin, un vétéran aux traits tirés proclame « Non à la discrimination ».

Le même mouvement gagne d’autres grandes villes, où les familles de soldats rejoignent désormais la contestation.

Manifestation à Kiev

Menaces de nouvelles lois

Actuellement, la Rada planche sur des lois qui visent à punir sévèrement ceux qui osent dire « non » au front. Les textes envisagés – 10101, 10102 et 10103 – pourraient réinstaurer des sanctions impitoyables pour les militaires ukrainiens.

Un simple abandon de poste ou un refus d’obéir pourrait coûter entre 5 et 10 ans de prison ferme aux soldats. Il semble que Zelensky préfère garder ses troupes par la contrainte plutôt que par le moral.

Après plus de deux ans de conflit, la répression des « déserteurs » traduit le désespoir croissant dans les rangs ukrainiens. Déjà sous-équipés et en infériorité numérique, les combattants ukrainiens doivent maintenant craindre leur propre gouvernement autant que l’ennemi.

De plus en plus de témoignages évoquent des unités décimées et des hommes à bout de forces. Ces nouvelles lois, si elles sont adoptées, ne feront qu’aggraver le malaise dans une armée déjà au bord de la rupture.

Fin de la parenthèse de liberté

Entre août 2024 et le 1er septembre 2025, les militaires ont bénéficié d’une mesure exceptionnelle leur permettant d’abandonner leur poste sans risquer de sanctions pénales. L’État déplaçait ainsi ses pions sur l’échiquier, à condition de continuer à servir dans une autre unité.

Des milliers de soldats ont saisi cette opportunité. Pas surprenant, vu le bourbier dans lequel ils se trouvent : chefs incompétents, missions absurdes et objectifs flous. Comment blâmer ces hommes et femmes qui cherchent simplement à donner un sens à leur engagement ?

Mais ce « cadeau » temporaire n’était qu’une soupape pour éviter l’explosion d’un système militaire à bout de souffle.

Les soldats, ces éternels pions sacrifiables, voulaient juste trouver un cadre où leur sacrifice aurait un sens. Certains ont même retrouvé leur unité d’origine, preuve qu’ils ne fuyaient pas leurs responsabilités.

Cette parenthèse de liberté se referme aujourd’hui. Demain, les mêmes problèmes subsisteront, mais sans échappatoire légale. L’armée, comme tant d’autres institutions, continue de s’enfoncer dans ses contradictions pendant que nos élites détournent le regard.

armées ukrainiennes

La société civile se mobilise

Face à cette situation, des centaines de personnes ont répondu à l’appel lancé par des vétérans excédés. Parmi eux, Alina Sarnatska qui n’y va pas par quatre chemins sur les réseaux :

« L’approche punitive n’améliorera pas la discipline et le traitement des soldats est déjà extrêmement injuste : les salaires à l’arrière sont honteusement bas, les contrats à durée indéterminée… nous avons besoin d’un commissaire aux affaires militaires pour résoudre les problèmes de l’armée et protéger les droits des soldats qui risquent leur vie chaque jour. »

Beaucoup y voient un exemple du fossé qui se creuse entre les décideurs et ceux qui paient le prix du sang. Ces soldats, désormais prisonniers de contrats sans fin, se retrouvent coincés au front sans perspective de retour.

L’appel a trouvé écho auprès de plusieurs groupes de défense des droits humains, notamment l’ONG Principe, qui se bat pour les soldats en leur offrant un soutien juridique.

Anna Pashkina, avocate de cette organisation, a confié :

« En 2022, avec l’augmentation des effectifs au sein de l’armée, on a observé une hausse, logique, des infractions. Or en Ukraine, il n’existe pas de juges spécialisés pour juger les infractions pénales militaires. Le renforcement de la responsabilité pénale en 2022, et dont le retour est examiné en ce moment, a été envisagé comme une mesure préventive visant à réduire le nombre d’infractions dans l’armée. Mais cette approche n’a pas produit les résultats escomptés. »

Derrière ces « mesures préventives » se cache une réalité bien plus sombre. Les soldats ukrainiens subissent un régime disciplinaire extrêmement dur, alors que le pouvoir de Kiev continue d’exiger toujours plus de sacrifices sans mettre en place un cadre juridique adapté.

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