🔥 Les essentiels de cette actualité
- Neuf gendarmes de la CRS 43 sont jugés à Paris pour violences volontaires sur des manifestants des Gilets Jaunes en 2018, risquant jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende pour des coups infligés sans avertissement.
- Alors que les agents subalternes passent en procès, les supérieurs hiérarchiques qui ont ordonné l’intervention restent impunis, illustrant une justice à deux vitesses qui protège le sommet de la chaîne de commandement.
- Des manifestants pacifiques, réfugiés dans un Burger King pour échapper aux gaz lacrymogènes, ont été brutalement matraqués, posant la question de la légitimité des ordres donnés ce jour-là par les autorités.
Huit ans. Il aura fallu près d’une décennie pour que neuf gendarmes de la CRS 43, basés à Chalon-sur-Saône, se retrouvent dans le box du tribunal correctionnel de Paris à compter de ce 9 février. Trois jours d’audience pour des faits de violences volontaires aggravées commis le 1er décembre 2018, devant le Burger King de l’avenue de Wagram, à deux pas de l’Arc de Triomphe. À la clé : jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende pour des agents devenus, tardivement, justiciables.
Ce procès agit comme un rappel brutal dans un pays encore hanté par ces semaines de fureur populaire. Des citoyens ordinaires, étranglés par les taxes et ignorés par un pouvoir parisien sourd à leurs difficultés, avaient investi les Champs-Élysées. La réponse de l’État fut immédiate : une répression massive, des charges, des blessés. Aujourd’hui, ce sont les exécutants, épuisés et sous pression à l’époque, qui comparaissent. Pendant que la chaîne de commandement, elle, demeure soigneusement hors d’atteinte.
L’absurdité saute aux yeux : une justice qui met des années à frapper, et qui frappe d’abord les exécutants. Ceux qui étaient au contact, dans une journée devenue incontrôlable. Une question demeure, lancinante : pourquoi les petits trinquent-ils seuls pendant que l’impunité prospère au sommet ?
Au Burger King de Wagram : des manifestants acculés, frappés sans sommation
Le 1er décembre 2018, l’acte III des Gilets Jaunes bascule dans le chaos. À Paris : 5 500 manifestants, 318 gardes à vue, 263 blessés. Dont seulement 23 parmi les forces de l’ordre. L’Arc de Triomphe, symbole national, est vandalisé, encerclé par les flammes et les pavés. Le maintien de l’ordre est dépassé.
Dans ce chaos, une poignée de citoyens ordinaires, suffoquant sous les gaz lacrymogènes, se réfugient dans un Burger King fermé de l’avenue de Wagram. Ils ne dégradent rien. Ils cherchent de l’air. Les neuf gendarmes de la CRS 43 reçoivent alors un ordre limpide, au vocabulaire militaire : intervenir rapidement, user de la force si nécessaire.
Les images de vidéosurveillance, révélées par Libération, sont sans appel. Des coups de matraque. Des coups de pied. Aucun avertissement. Les échanges radio révèlent un état d’esprit de combat : foncez, frappez. Ces citoyens ordinaires sont traités comme des ennemis, matraqués comme des émeutiers aguerris.
Quand la justice reconnaît l’illégitimité de l’intervention : un aveu d’État
Au cœur du procès, une ordonnance de la juge d’instruction agit comme un aveu officiel. Elle décrit le 1er décembre 2018 comme la journée la plus rude jamais vécue par les forces de l’ordre à Paris. Mais les faits demeurent implacables : des manifestants pacifiques, parfois les mains en l’air, ont été frappés sans sommation.
L’ordre était clair : sortir les occupants du Burger King « le plus rapidement possible, avec au besoin usage de la force ». La magistrate tranche sans détour : cette intervention n’était « pas légitime ». Une conclusion que la hiérarchie policière a fini par reconnaître, du bout des lèvres.
Le gouffre apparaît clairement : d’un côté, des citoyens piégés par les gaz ; de l’autre, une machine policière lancée sans frein. Les neuf gendarmes encourent de lourdes peines. Mais la hiérarchie, qui a validé ces consignes expéditives, s’en sort indemne. Cet aveu judiciaire tardif nourrit la colère : l’État protège le sommet et abandonne ses exécutants, tandis que les véritables décideurs demeurent intouchables.
Impunité au sommet, sanctions à la base : la mécanique d’une justice à deux vitesses
Le commandant de la CRS 43 a pourtant demandé sa propre mise en examen après avoir validé le mode opératoire de l’intervention. Refus de la juge. Certes, l’ordonnance reconnaît que la hiérarchie aurait pu agir autrement. Mais la justice s’arrête net. Aucun responsable poursuivi.
Les avocats des neuf gendarmes fulminent. « C’est une occasion manquée de remonter la chaîne de commandement », tranche Me Moad Nefati.
Ces CRS, projetés dans le chaos des Champs-Élysées, ont encaissé des heures de tension sous des ordres d’intervention immédiate, sans sommation. Résultat : les exécutants paient seuls et risquent sept ans de prison. Les chefs, eux, restent hors d’atteinte. Pire encore, aucune sanction du ministère de l’Intérieur, malgré une enquête administrative reconnaissant les coups portés à des civils. Certains agents ont même été félicités ou promus.
D’autres dossiers traînent, eux aussi. Comme celui du commissaire de Lyon condamné en mars 2024 à six mois avec sursis pour avoir blessé Geneviève Legay, 73 ans, fauchée par une charge à Nice en 2019. Sur les 23 éborgnés recensés par l’AFP durant les manifestations de 2018-2019, la justice progresse à pas comptés, huit ans plus tard.
« Dossier phare du mouvement des gilets jaunes, qui marque un retournement de la communication sur les violences policières et illustre la brutalisation du maintien de l’ordre », souligne Arié Alimi, avocat engagé dans ces combats.
IMPORTANT - À lire
Cette affaire des neuf gendarmes révèle une justice à deux vitesses où les exécutants trinquent tandis que la chaîne de commandement reste intouchable. Découvrez chaque mois nos analyses approfondies sur l'État, le pouvoir et ses contradictions en vous abonnant à notre revue papier.
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