Ukraine : Zelensky s’accroche au pouvoir, la loi martiale devient permanente

Zelensky laisse entendre qu'il pourrait rester au pouvoir. Zelensky laisse entendre qu'il pourrait rester au pouvoir.

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Dans une interview à la radio tchèque, Zelensky a exprimé des incertitudes sur sa candidature, la prolongation de la loi martiale repoussant les élections jusqu’en 2026 au moins, ce qui questionne la vitalité de la démocratie ukrainienne.
  • Face à la fatigue des troupes, il a appelé les Ukrainiens expatriés à rentrer au pays, admettant les tensions internes et l’usure des soldats sur le front, révélant les défis persistants de la guerre.
  • Les sondages indiquent une baisse de popularité pour Zelensky, avec un rival comme l’ancien commandant Zaluzhny en tête des intentions de vote, signalant un possible changement de leadership.
  • Le pouvoir en place neutralise l’opposition par des poursuites judiciaires, provoquant des critiques internes et externes sur l’érosion des libertés démocratiques en Ukraine.

Volodymyr Zelensky entretient volontairement le flou sur une éventuelle nouvelle candidature à la présidence, alors même que la loi martiale empêche toute élection. Dans une longue interview diffusée le 30 janvier sur Český rozhlas, la radio publique tchèque, le président ukrainien a botté en touche : « Je ne sais pas. Cela dépendra de l’issue de cette guerre. »

Son mandat aurait dû s’achever en mai 2024, mais le Parlement vient de voter une nouvelle prolongation de 90 jours de la loi martiale et de la mobilisation générale, repoussant l’échéance à fin mai 2026 au plus tôt. Cette prolongation sans fin muselle la démocratie et permet à Kiev de se maintenir au pouvoir sans passer par les urnes.

Face à la pénurie criante d’effectifs sur le front, Zelensky a reconnu les tensions internes et l’usure des troupes. « Parfois, oui », a-t-il admis lorsqu’on l’a interrogé sur ces frictions. Il a lancé un appel pressant aux Ukrainiens expatriés en âge de servir : rentrez au pays.

Une pression qui trahit l’épuisement d’une guerre qui s’éternise, avec des unités saignées à blanc et une dépendance accrue à des soutiens occidentaux de plus en plus fragiles.

Un pouvoir qui s’éternise : critiques internes et internationales

En janvier, le Parlement ukrainien a de nouveau validé une prolongation de 90 jours de la loi martiale, consolidant l’interdiction des élections et repoussant toute perspective de scrutin bien au-delà de la fin du mandat de Zelensky.

Ce blocage électoral permanent commence à susciter des critiques, y compris au niveau international. À Moscou, les mots sont désormais sans détour : le président ukrainien est qualifié d’illégitime, cramponné à son poste sans le moindre vote pour l’y maintenir. Même Donald Trump l’a carrément qualifié de dictateur.

De son côté, le président ukrainien justifie l’absence d’élections par la nécessité de réformes législatives profondes et de garanties solides venant de l’Occident — des promesses qui sonnent creux face à des soutiens européens de plus en plus hésitants.

Fin décembre, David Arakhamia, figure clé de la majorité, avait avancé l’idée d’un vote hybride en ligne — une option rapidement écartée face à la réalité du front.

Chute dans les sondages, scandales à répétition, rivaux en embuscade

Dans cette impasse politique, la popularité de Zelensky s’effondre, minée par une série de scandales à l’odeur persistante de corruption. Des enquêtes de l’Institut international de sociologie de Kiev dressent un constat sévère : la confiance des Ukrainiens envers leur président s’est effondrée face à la multiplication des affaires. Même les médias occidentaux évoquent l’affaire Energoatom, un scandale retentissant qui ternit profondément son image.

Dans ce climat d’usure, un rival inattendu émerge dans les sondages. Un sondage Ipsos de janvier crédite Valery Zaluzhny, ancien commandant en chef des armées devenu ambassadeur à Londres, de 23 % d’intentions de vote hypothétiques, contre 20 % pour Zelensky.

Ce simple écart est révélateur : des figures militaires forgées par le feu passent devant un président civil qui prolonge son mandat par décret. Dans un pays épuisé par la pénurie d’hommes et l’usure des troupes, ces chiffres traduisent un ras-le-bol profond — et une soif de leaders crédibles, loin d’élites jugées déconnectées.

Opposition muselée et démocratie suspendue

Derrière les appels à l’unité nationale, l’équipe de Zelensky s’active en coulisses pour redessiner le paysage politique. Un article de Politico daté d’octobre décrit ces manœuvres comme « discrètes, quoique brutales » : il s’agit de baliser le terrain pour de futures élections tout en neutralisant l’opposition à coups de procédures judiciaires ciblées.

Piotr Porochenko, ancien chef d’État, en fait les frais. Cible de sanctions et d’accusations de corruption multiples, il incarne cette chasse aux opposants qui menace de vider le jeu électoral de toute réelle concurrence.

Ioulia Timochenko, figure historique de l’opposition, dénonce publiquement ces pressions qui asphyxient les voix critiques au moment même où la popularité de Zelensky s’effondre. Ces manœuvres révèlent une peur viscérale de l’échec électoral, alors que le blocage perdure sous prétexte de loi martiale. Kiev semble désormais préférer le maintien au pouvoir à toute forme de compétition démocratique réelle, au risque d’accentuer encore le fossé avec une opinion lassée et désabusée.

IMPORTANT - À lire

La prolongation infinie de la loi martiale, l'absence d'élections, les scandales de corruption : découvrez comment les démocraties en crise se maintiennent au pouvoir dans notre revue mensuelle d'analyse géopolitique et d'actualité approfondie.

Au-delà des gros titres, explorez les mécanismes cachés du pouvoir en Ukraine et ailleurs. Notre revue papier décrypte les enjeux géopolitiques que les médias mainstream oublient. Abonnez-vous maintenant.


Participez au débat, et partagez votre opinion !

Faites avancer la discussion en donnant votre avis à la communauté.

En savoir plus sur Géopolitique Profonde

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture