🔥 Les essentiels de cette actualité
- Plus de 160 avocats parisiens protestent contre la venue de Gérald Darmanin aux vœux, la voyant comme une insulte directe à leur robe et à leur indépendance historique.
- Ils affirment que leur Barreau sert de rempart contre les excès sécuritaires, en soulignant le rôle vital de protection des droits et libertés face aux dérives du pouvoir exécutif.
- Les signataires dénoncent les antécédents controversés de Darmanin, tels que sa présence à une manifestation policière, et se demandent si ces épisodes ne fragilisent pas l’État de droit fondamental.
- En réponse, les avocats exigent l’annulation de cette visite, insistant sur la nécessité de préserver l’intégrité et la neutralité de leur assemblée générale.
Au moins 160 avocats du Barreau de Paris viennent de publier une tribune offensive. Ils s’opposent fermement à la venue du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, mercredi 14 janvier à 20 heures, pour la cérémonie des vœux. Le calendrier n’a rien d’anodin : cette visite tombe le jour de l’assemblée générale des avocats parisiens.
« Sa présence serait une insulte pour nos robes », écrivent-ils d’emblée. Ils précisent :
« Cette prise de position ne procède ni d’un réflexe partisan, ni d’un rejet du débat démocratique, ni d’une volonté de museler un ministre. »
Pour eux, il s’agit d’une question de cohérence, de responsabilité et de fidélité aux valeurs qui constituent le rempart de la profession.
Ces robes noires, gardiennes vigilantes des libertés face à un pouvoir exécutif jugé arrogant, ne digèrent pas cet affront. Gérald Darmanin, figure controversée passée par l’Intérieur, incarne pour beaucoup les excès sécuritaires qui fragilisent l’indépendance des institutions.
Les robes noires, rempart historique contre les excès du pouvoir
Face à cet affront, les signataires rappellent ce qu’ils estiment être le rôle de leur institution. Parmi les 30 000 professionnels inscrits au Barreau de Paris, ils soulignent une mission qui dépasse largement celle d’un simple ordre professionnel. « Notre Barreau est une institution historique, indépendante, dont la mission dépasse la défense des intérêts professionnels de ses membres », écrivent-ils.
Il se veut « un acteur essentiel de la protection des droits et libertés, un contre-pouvoir légitime face aux coups portés à l’État de droit et un rempart contre les dérives sécuritaires, administratives ou politiques qui fragilisent les principes fondamentaux de notre démocratie. »
Les dérapages répétés de Darmanin qui crispent les robes noires
Ces avocats ne sortent pas cette accusation de nulle part. Ils accumulent depuis des mois les griefs contre Gérald Darmanin, passé de la place Beauvau à la Chancellerie. En octobre dernier, une plainte collective a été déposée pour prise illégale d’intérêts, à la suite d’une visite du ministre à Nicolas Sarkozy, intervenue juste après une déclaration sur France Inter qui a fait grincer des dents.
Le 18 octobre 2023, devant le Sénat, Darmanin lâche : « La fermeté et l’efficacité. » Des mots qui visent directement la défense, comme si elle freinait la mécanique répressive. « Gérald Darmanin écorne la défense à chaque fois que l’occasion lui en est donnée », assène l’un des signataires de la tribune.
En mai 2021, le ministre s’est rendu à une manifestation policière devant l’Assemblée nationale, où l’on scandait : « le problème de la police, c’est la justice ». Un alignement jugé choquant avec les forces de l’ordre, au détriment des magistrats et des avocats.
Pour les robes noires, ces antécédents dessinent un schéma clair : celui d’un contre-pouvoir légitime bousculé par un exécutif qui se croit au-dessus des lois.
L’appel des robes noires : mettre fin à cet affront au Barreau
Face à cette vague de protestations, ce groupe d’avocats du Barreau de Paris passe à l’offensive. Parmi les signataires figurent notamment Me Romain Ruiz, Me Louise Tort, Me Raphaël Kempf, Me Martin Méchin et Me Menya Arab-Tigrine. Dans leur texte, ils martèlent :
« Par sa rareté dans l’Histoire, l’Assemblée générale du Barreau ne peut pas être une tribune pour le pouvoir exécutif, a fortiori lorsqu’elle est offerte à une personnalité dont l’action publique a plusieurs fois suscité une profonde inquiétude au sein de la communauté des juristes. »
Gérald Darmanin s’est défendu, déclarant :
« Les propos qui sont tenus ou les tracts qui sont distribués, je ne les fais pas miens. Mais mon travail, c’est d’écouter l’émotion, d’entendre la colère, de comprendre les revendications. »
Du côté de l’entourage du ministre, on précise :
« Il n’a jamais été question que le ministre aille à l’Assemblée générale du barreau de Paris mais que sa venue est prévue à la cérémonie des vœux à 20 heures. »
IMPORTANT - À lire
Cette crise entre le Barreau de Paris et Gérald Darmanin révèle des tensions bien plus profondes : l'indépendance des institutions face à un pouvoir exécutif débordant. Découvrez chaque mois dans notre revue les analyses géopolitiques qui décryptent ces affrontements de pouvoir.
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