🔥 Les essentiels de cette actualité
- À l’école maternelle Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris, des enfants de trois ans ont subi des violences verbales, physiques et sexuelles pendant les heures de périscolaire, commises par neuf animateurs depuis suspendus.
- Depuis la révélation des faits, les familles se heurtent à un mur institutionnel : courriels sans réponse, numéro psychologique saturé, aucune cellule de soutien proposée par l’école, et des séances privées à 115 euros entièrement à leur charge.
- La justice elle-même semble à l’arrêt : aucun juge d’instruction n’a encore été désigné, et les animateurs suspectés n’ont pas fait l’objet de perquisitions, alors que des parents redoutent que des photos de leurs enfants aient été prises.
- Face à la pression médiatique, Emmanuel Grégoire a annoncé un plan de 20 millions d’euros — mais ces annonces tardives ressemblent davantage à un aveu de défaillance qu’à une véritable réponse pour les familles qui souffrent aujourd’hui.
Deux mois. C’est le temps qui s’est écoulé depuis que des parents de l’école maternelle Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris, ont découvert que leurs enfants, certains âgés de 3 ans à peine, subissaient des violences verbales, physiques et sexuelles pendant les heures de périscolaire. Deux mois de silence institutionnel, de courriels sans réponse et de numéros saturés. Deux mois pendant lesquels ces familles ont appris, à leurs dépens, ce que signifie être abandonné par l’État.
Entre 30 et 40 plaintes ont été déposées. 9 animateurs ont été suspendus. Les faits sont d’une gravité extrême. Et pourtant, ce qui frappe dans les témoignages recueillis auprès de ces mères, c’est moins l’horreur des actes, aussi insupportable soit-elle, que le vide sidéral qui a suivi leur révélation. Un vide institutionnel, judiciaire et humain.
« On s’est vraiment retrouvés seuls face à un mur. On écrit à la ville de Paris, au rectorat, à l’Éducation nationale. On envoie des courriels, on ne reçoit aucune réponse. »
Ce témoignage d’Anne, dont la fille de 3 ans décrit avec ses mots d’enfant ce qu’elle a subi, « il a mis sa main à l’intérieur de mes fesses », résume à lui seul la nature du scandale dans le scandale. Car si les violences commises par les animateurs constituent le crime, l’indifférence des pouvoirs publics constitue la faute politique. Une faute que rien ne peut excuser et que l’annonce tardive d’Emmanuel Grégoire, maire de Paris, d’une « refonte du périscolaire », ne saurait effacer.
L’abandon comme politique implicite
Les familles ont demandé à changer d’école pour leurs enfants traumatisés : personne n’a répondu. Elles ont sollicité une cellule psychologique : l’école n’en a pas proposé. Le numéro transmis par la ville de Paris pour un soutien psychologique était saturé. Les séances chez des psychologues privés coûtent 115 euros l’unité, entièrement à la charge des parents. Du côté de la justice, les animateurs suspectés n’ont pas fait l’objet de perquisitions, alors même que des parents redoutent que des photographies de leurs enfants aient pu être prises.
Isabelle, dont la fille a été déscolarisée depuis 2 mois, pose des questions qui méritent des réponses claires : « Pourquoi on n’a pas de juge d’instruction nommé dans notre affaire ? Pourquoi c’est nous qui devons faire suivre notre fille dans le privé ? Pourquoi la maîtresse ne nous a-t-elle pas écrit ? » Ces questions ne sont pas des récriminations émotionnelles. Ce sont des exigences légitimes adressées à des institutions qui ont failli à leur mission la plus élémentaire : protéger des enfants, puis soutenir leurs familles quand la protection a échoué.
Ce que décrivent ces mères, c’est la désintégration de ce contrat implicite qui lie les parents à l’institution scolaire. Lorsqu’ils confient leurs enfants à l’école, a fortiori à la maternelle, à 3 ans, quand les tout-petits ne savent pas encore nommer ce qu’on leur fait, ils font acte de confiance absolue. Cette confiance a été trahie une première fois par des animateurs qui auraient dû protéger ces enfants. Elle l’a été une seconde fois par une administration muette, une justice lente et une municipalité qui n’a réagi qu’une fois la pression médiatique et politique devenue insoutenable.
Des annonces qui arrivent trop tard
Le plan d’action de 20 millions d’euros annoncé par Emmanuel Grégoire pour faciliter les signalements d’agressions sexuelles dans les écoles parisiennes est présenté comme une réponse. On peut en douter. Non que la mesure soit inutile en elle-même, l’installation de caméras de surveillance dans les écoles, réclamée par les parents, ou le renforcement des procédures de signalement sont des pistes raisonnables. Mais une réponse institutionnelle digne de ce nom ne se mesure pas seulement à l’aune des dispositifs futurs. Elle se mesure d’abord à la façon dont on a traité ceux qui souffrent aujourd’hui.
Or ces familles ont dû, par leurs propres moyens, trouver une école privée pour leurs enfants, financer elles-mêmes le suivi psychologique et affronter seules des zones d’ombre qui persistent, comme le dit Isabelle à propos de sa fille qui parle d’un « loup » sans que sa mère puisse encore comprendre l’étendue exacte de ce qu’il s’est passé. « Notre monde, il s’est arrêté fin janvier », dit-elle. Pendant ce temps, les institutions prenaient leur temps.
Il y a dans cette affaire quelque chose qui dépasse le simple dysfonctionnement administratif. Ce qu’elle révèle, c’est une forme d’arrogance institutionnelle : la conviction, diffuse mais réelle, que les familles peuvent attendre, que les procédures passent avant les personnes et que les communiqués de presse tiennent lieu de soutien. Face à des parents dont les enfants de 3 ans portent encore les traces de ce qu’ils ont vécu, terreurs nocturnes, agressivité, énurésie, cette arrogance est moralement intolérable.
La famille est la cellule première de la société. Quand elle est frappée dans ce qu’elle a de plus précieux, ses enfants, l’État n’a pas le luxe de l’indifférence. Il a le devoir de la présence, de la réponse et de l’accompagnement. Ce devoir n’a pas été honoré à Saint-Dominique. Les annonces tardives ne réparent pas ce manquement. Elles l’enregistrent simplement comme l’aveu d’une défaillance que personne n’aurait dû laisser s’installer.
IMPORTANT - À lire
Saint-Dominique n'est pas un cas isolé. Derrière chaque scandale institutionnel, il y a une logique politique que l'actualité seule ne suffit pas à décrypter. Notre revue papier l'analyse chaque mois, en profondeur.
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