Voitures thermiques 2035 : la France conteste Bruxelles et réclame des ajustements ciblés

Cinq ministres français envoient lettre à l'UE pour assouplir décret bruxellois sur fin des thermiques en 2035 Cinq ministres français envoient lettre à l'UE pour assouplir décret bruxellois sur fin des thermiques en 2035

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • La France défie Bruxelles en exigeant des flexibilités ciblées pour hybrides rechargeables et carburants synthétiques produits en Europe, à condition de mécanismes d’incitations clairs.
  • Cinq ministres envoient une lettre explosive pour imposer la préférence européenne à 75 % de valeur ajoutée locale, protégeant emplois et usines face à la concurrence chinoise.
  • Face à un secteur automobile asphyxié et des ventes électriques décevantes, Paris joue la carte du pragmatisme avant les décisions cruciales de l’UE le 16 décembre.
  • Entre transition électrique et désindustrialisation, la France propose des ajustements souverains pour hybrides et carburants, tout en sauvant la face des investissements engagés.

Face au décret bruxellois interdisant, à partir de 2035, toute vente de voitures thermiques ou hybrides neuves dans l’Union européenne, la France durcit le ton. Le 8 décembre, cinq ministres — Roland Lescure (Bercy), Monique Barbut (Transition écologique), Philippe Tabarot (Transports), Sébastien Martin (Industrie) et Benjamin Haddad (Affaires européennes) — ont adressé une lettre aux commissaires européens pour exiger des ajustements jugés plus réalistes.

La France plaide pour une flexibilité dite pragmatique, autorisant notamment les hybrides rechargeables et les carburants synthétiques, à une condition centrale : que ces technologies soient produites en Europe et que tout assouplissement soit assorti de mécanismes clairs d’incitations réglementaires favorisant l’emploi industriel local.

« Nous soutenons l’introduction de flexibilités ciblées, notamment en matière de neutralité technologique, dès lors qu’elles s’accompagnent et sont conditionnées à des mécanismes clairs d’incitations réglementaires à la production en Europe favorable aux emplois industriels », écrivent les ministres sans ambages.

Cette notion de « neutralité technologique », régulièrement invoquée par les constructeurs automobiles, pourrait ouvrir la voie à des dérogations pour les hybrides rechargeables après 2035 ou à des facilités accordées aux carburants alternatifs, comme les carburants synthétiques ou les biocarburants, même si la lettre demeure volontairement floue sur les modalités concrètes.

Ce positionnement s’inscrit dans un contexte de fortes pressions exercées par plusieurs États membres aux visions divergentes, et intervient à la veille des décisions attendues de Bruxelles, le 16 décembre, concernant une éventuelle refonte de l’interdiction des moteurs essence, diesel et hybrides.

Derrière cette manœuvre transparaît le ras-le-bol d’un secteur automobile fragilisé par des objectifs jugés irréalistes, imposés d’en haut, la montée en puissance de la concurrence chinoise, la contraction des ventes mondiales, un essor de l’électrique inférieur aux projections initiales, ainsi que les barrières douanières américaines.

La préférence européenne : un rempart contre la concurrence déloyale

Pour prolonger partiellement la vie des moteurs thermiques au-delà de 2035, la France avance un argument central : la préférence européenne. L’exigence affichée est claire : au moins 75 % de la valeur ajoutée devrait être réalisée sur le sol européen. Comme l’a affirmé l’un des signataires de la lettre du 8 décembre : « On est prêt à faire preuve de flexibilité. Si vous voulez vendre encore un peu de moteurs thermiques en 2035, très bien, mais il faut qu’ils soient faits en Europe, c’est ce qu’on appelle la préférence européenne, avec au moins 75 % de la valeur ajoutée faite en Europe » a déclaré Roland Lescure sur RTL.

La même logique s’appliquerait aux véhicules électriques : un bonus CO₂ avantageux viendrait récompenser les constructeurs qui localisent batteries, moteurs et électronique au sein de l’Union européenne. Cette approche reposerait sur des règles d’origine industrielle présentées comme simples, évolutives et réalistes, visant à valoriser une part significative de la chaîne de valeur européenne, tout en sécurisant l’implantation locale de composants stratégiques tels que les batteries, les moteurs électriques et l’électronique.

Ce pragmatisme revendiqué par Paris tranche avec l’approche idéologique de Bruxelles, en cherchant à ériger un rempart face à la concurrence chinoise, dont les véhicules à bas coûts inondent le marché, tandis que les usines européennes souffrent et que les investissements industriels ralentissent.

Cinq ministres français envoient lettre à l'UE pour assouplir décret bruxellois sur fin des thermiques en 2035

Un arbitrage souverain entre transition électrique et risque de désindustrialisation

Tandis que l’Allemagne, l’Italie et plusieurs pays d’Europe de l’Est réclamaient un allègement global du décret de 2035, en invoquant la crise du secteur automobile, la France a adopté une position distincte. Paris refuse de torpiller la transition électrique à un stade encore embryonnaire, alors même que des usines de batteries émergent et que des milliards ont déjà été investis par les constructeurs.

Saboter ces investissements pour céder aux diktats du Pacte vert ? Officiellement, Paris affirme vouloir protéger ses intérêts industriels et accompagner l’essor des batteries. Mais cette posture peut aussi être lue comme une tentative de sauver la face et de justifier des orientations déjà actées, au risque d’éluder certains défis structurels majeurs du secteur.

Paris propose ainsi des ajustements ciblés concernant les hybrides rechargeables et les carburants synthétiques, à condition qu’ils soient produits en Europe. L’objectif affiché est de desserrer certaines contraintes européennes liées à la transition électrique, tout en limitant l’impact des importations à bas coûts sur l’industrie nationale.

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