Le 4 avril à 17h, retrouvez le micro-trottoir de Mike Borowski dans le quartier le plus macroniste de France, où les habitants assument sans détour l’élimination politique de Marine Le Pen.
Le bastion macroniste face à la justice politique
À Paris, certains quartiers ne laissent aucune place au doute : le vote Macron y est un réflexe. En 2022, près de 75 % des électeurs de ce secteur ultra-privilégié ont reconduit Emmanuel Macron sans hésitation. C’est dans ce décor que la question de l’inéligibilité de Marine Le Pen prend tout son relief. Ici, les habitants ne s’en émeuvent pas. Au contraire, beaucoup s’en félicitent. Pour eux, la justice a parlé, et le système fonctionne. Mais ce qui se présente comme un acte juridique n’est en réalité qu’un coup politique. La condamnation de Le Pen s’inscrit dans une stratégie d’élimination par le droit, devenue pratique courante dès lors qu’un candidat menace l’ordre établi.
Ce qui choque, c’est l’indifférence. Les mêmes voix qui défendent une justice “égale pour tous” ferment les yeux sur l’impunité flagrante de certains piliers du régime. Car pendant qu’on enterre politiquement Marine Le Pen pour des irrégularités contestées, on propulse François Bayrou à Matignon. Un homme condamné pour détournement de fonds publics, placé au sommet de l’État sans que cela ne suscite la moindre polémique dans ce quartier bien-pensant. Le deux poids deux mesures est flagrant, assumé, presque cynique. La morale est à géométrie variable, utilisée comme une arme pour neutraliser les opposants, jamais pour juger les soutiens du pouvoir.
Fracture sociale, fracture de perception
Sur le terrain, les réactions contrastées dessinent les contours d’une société fragmentée. Dans ce quartier qui se veut progressiste, ce sont souvent les habitants noirs qui, à contre-courant, affirment désormais leur soutien au Rassemblement National. Un retournement symbolique. Ils ne parlent plus d’intégration, mais d’exclusion. Plus de République, mais de régime autoritaire. Pour eux, la France a basculé. Le vote RN n’est plus un vote de repli identitaire, c’est un acte de défiance contre un système verrouillé. La condamnation de Marine Le Pen devient le symbole ultime d’une démocratie factice, où l’alternance est interdite par la voie judiciaire.
À l’inverse, les boomers blancs, retraités, souvent propriétaires dans ces beaux quartiers, affichent une satisfaction glaciale. Pour eux, Marine Le Pen est une menace à évacuer, peu importe les moyens. Leur confiance dans les institutions est totale, presque aveugle. Ils saluent un pouvoir qui les protège de ce qu’ils considèrent comme une France déviante, bruyante, dangereuse. Ce clivage ne repose plus sur la couleur de peau ni sur la catégorie sociale, mais sur la perception même du régime. L’un croit encore au récit républicain ; l’autre voit clair dans le jeu du pouvoir et n’attend plus rien de ses promesses.
Un système qui choisit ses opposants
Cette enquête de terrain révèle un basculement inquiétant : le débat démocratique ne se fait plus à armes égales. Le système ne tolère que l’opposition qu’il contrôle. Marine Le Pen, longtemps caricaturée pour mieux être contenue, devient soudainement un danger réel lorsqu’elle se rapproche du pouvoir. Et là, l’appareil judiciaire entre en scène. On déterre une affaire ancienne, on construit un dossier, on prononce une condamnation. Tout est légal, mais tout est politique.
Pendant ce temps, François Bayrou, lui, est blanchi médiatiquement malgré une condamnation effective. Sa nomination à Matignon n’indigne personne dans les cercles médiatiques dominants. Le signal est limpide : il ne s’agit pas de probité, mais de loyauté au système. La justice est un levier, pas une valeur. La France ne fait plus semblant de jouer à la démocratie. Elle administre désormais son autorité avec les habits de la légalité, mais sans les fondements de l’équité. Ce glissement autoritaire est visible à l’œil nu, à condition d’oser le regarder en face.
IMPORTANT - À lire
La condamnation de Marine Le Pen révèle un système qui choisit ses opposants. Pendant que l'appareil judiciaire la neutralise, François Bayrou, pourtant condamné, est propulsé à Matignon. La justice devient un levier politique pour protéger le régime en place.
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