Le 28 mars à 19h, Pierre Yves Rougeyron, Laurent Artur du Plessis et Raphaël Besliu sont les invités de Nicolas Stoquer, en direct sur la chaîne YouTube de Géopolitique Profonde.
Pierre-Yves Rougeyron est un analyste politique français, juriste de formation. Il est le président du Cercle Aristote, un cercle de réflexion fondé en 2008, et dirige la revue « Perspectives Libres« . Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Pourquoi combattre ? », une réflexion sur l’engagement et la défense des valeurs. Ses travaux portent principalement sur la souveraineté nationale, l’économie et la géopolitique.
Laurent Artur du Plessis est un analyste reconnu pour sa capacité à décrypter les complexités des relations internationales. Dans son ouvrage “Au cœur de la 3e guerre mondiale”, il explore les tensions géopolitiques qui définissent notre époque. Avec une approche rigoureuse et documentée, il examine les stratégies des grandes puissances et les répercussions potentielles sur l’équilibre mondial.
L’Europe sous tutelle : une soumission géopolitique assumée
Les élites européennes ont fait le choix délibéré de renoncer à leur souveraineté pour se placer sous la coupe du pouvoir américain. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette dépendance n’a cessé de s’accentuer, jusqu’à devenir aujourd’hui une véritable vassalisation stratégique. Les États-Unis dictent la ligne, les Européens appliquent, sans débattre ni évaluer leurs propres intérêts. Ce n’est pas un simple alignement diplomatique, c’est une reddition idéologique. L’Europe a intériorisé son rôle de féodalité consentie, prête à sacrifier ses intérêts économiques, énergétiques et militaires pour ne pas contrarier son suzerain. Ce n’est pas de la coopération, c’est de la soumission structurelle.
Cette dynamique est ancrée dans un imaginaire moral occidental, où l’Amérique incarne la lumière et les ennemis désignés – la Russie, la Chine, l’Iran – sont les ténèbres. Dans ce schéma binaire, les Européens n’ont plus besoin de penser. Ils adhèrent à une vision du monde prédéfinie, sécurisante, où l’OTAN les protège et où Washington pense à leur place. L’analyse stratégique est remplacée par une rhétorique émotionnelle, où la fidélité à l’Empire prime sur la défense des intérêts nationaux. L’Europe n’est plus un acteur du jeu mondial, elle en est le décor, le décor docile d’un théâtre contrôlé par les États-Unis. Les choix économiques, les ruptures d’approvisionnement, les hausses de prix ne sont plus discutés : ils sont imposés au nom d’une fidélité à sens unique.
Ce suivisme absolu atteint un niveau pathologique avec la guerre en Ukraine. Les sanctions contre la Russie, dictées par Washington, ont été reprises mécaniquement par Bruxelles, sans anticipation ni débat public. Le sabotage des infrastructures gazières, qui prive l’Europe d’une énergie bon marché, est passé sous silence. Les Européens acceptent la destruction de leur économie, le déclin de leur industrie, la perte de leur compétitivité, pour rester dans le “camp du bien”. L’alignement n’est plus une stratégie, c’est un suicide idéologique.
Le retour de l’ennemi héréditaire : la Russie comme exutoire
Incapables d’analyser la complexité du monde actuel, les dirigeants européens ont exhumé une figure familière : la Russie comme ennemi historique. Ce choix n’est pas le fruit d’un hasard, mais d’un besoin profond : celui d’un repère négatif stable, d’un ennemi identifiable permettant de structurer une morale de guerre froide. La diabolisation de Moscou permet d’éviter les vraies questions : sur le rôle de l’OTAN, sur l’autonomie stratégique, sur les choix énergétiques. Ce n’est pas la Russie qu’ils combattent, c’est leur propre incapacité à penser autrement. La Russophobie est devenue une religion d’État à Bruxelles, où chaque déclaration anti-russe est applaudie comme un acte de foi.
Ce mécanisme de bouc émissaire libère les Européens de toute responsabilité. En pointant du doigt Moscou, ils justifient la stagnation de leurs économies, l’inflation, les pénuries d’énergie, les restrictions budgétaires. Tout est la faute de Poutine. Ce récit infantile permet de fuir les conséquences de leur soumission à l’Empire américain. Les sanctions sont maintenues même si elles détruisent les PME, même si elles ruinent l’agriculture, même si elles précipitent l’effondrement industriel. Il ne s’agit plus de diplomatie ni de géopolitique, mais de pure idéologie.
Ce choix est d’autant plus absurde que le monde a changé. La Russie, loin d’être isolée, s’est repositionnée dans un axe eurasiatique avec la Chine, l’Inde, l’Iran et d’autres puissances émergentes. Le dollar recule, les échanges bilatéraux explosent, les alliances se multiplient. Pendant ce temps, l’Europe reste figée dans une logique d’affrontement dépassée. Elle refuse d’admettre que le monde multipolaire est déjà là, que l’Occident n’en est plus le centre exclusif, et que continuer à jouer la guerre froide est une impasse fatale.
Choix du déclin : quand l’idéologie supplante la raison
Face à cette mutation historique, l’Europe aurait pu réagir, s’adapter, négocier de nouveaux équilibres. Elle a préféré persister dans l’erreur. Le refus obstiné de lever les sanctions, de réintégrer la Russie dans les circuits commerciaux, de garantir un accès à une énergie compétitive, ne relève pas d’un calcul rationnel. C’est un acte d’automutilation volontaire. L’industrie allemande s’effondre, la croissance s’évapore, les dettes explosent, mais les dirigeants européens ne reculent pas. Leur priorité n’est pas la prospérité de leurs peuples, mais la loyauté idéologique envers un Occident moribond.
Le prix de cette fidélité est dévastateur. Les chaînes de production se délocalisent, les investissements fuient, les entreprises ferment. L’énergie est devenue un luxe, les matières premières sont inaccessibles, les technologies critiques échappent au continent. L’Europe, autrefois pôle de puissance, devient un vaste musée de l’impuissance, un espace en déclin où l’idéologie prend le pas sur l’intérêt national. Ce choix n’est pas le fruit d’une erreur temporaire, mais d’une vision stratégique suicidaire.
Pire encore, les élites européennes continuent à jouer avec le feu. Le spectre d’une guerre nucléaire ne les alarme même plus. L’accumulation d’armes, les provocations, l’envoi d’armements massifs en Ukraine ne sont plus perçus comme des risques, mais comme des devoirs moraux. La paix est reléguée au second plan. Le dialogue avec Moscou est interdit. La désescalade est taboue. Dans cette fuite en avant, les Européens ont fait leur choix : ils préfèrent sombrer avec l’Empire plutôt que s’émanciper. Ils ont tourné le dos à l’avenir.
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