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INÉGALITÉ SALARIALE HOMME/FEMME : L’INCOMPÉTENCE POLITIQUE (PARTIE 2)

Dans notre article précédent, nous avons vu que les 25% d’écart salarial (présenté uniquement sous l’angle d’une hypothétique injustice) diminuent jusqu’à 8,4% après contrôle des différentes variables telles que le temps de travail, le type de métier, le secteur d’activité, etc. Ce chiffre, connu de nos élites en 2018, est décrit comme 8% (ou 9%) de « discrimination pure ».

Après avoir montré les mensonges et la malhonnêteté des médias, nous allons maintenant mettre en lumière l’incompétence de nos politiciens sur cette question.

Mensonges et complotisme

Pour nos personnalités politiques et pour les médias, l’unique explication possible est une discrimination directe à l’égard des femmes : cet écart de salaire est le produit de la misogynie en entreprise, aux patrons qui « respectent le moins la féminisation des entreprises » comme le dit si bien Marlène Schiappa.

L’Observatoire des inégalités, organisme chargé de l’étude statistique des inégalités sociales soutient aussi cette théorie du complot masculin.

Pour lutter contre le capitalisme patriarcal, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, veut sanctionner les entreprises dans lesquelles il réside un écart de salaire entre hommes et femmes en taxant ces entreprises :

« Aujourd’hui, en France, à travail égal, l’écart inexpliqué entre la rémunération d’un homme et d’une femme est de 8 %. Il faut s’attaquer frontalement au problème. C’est une question de justice sociale pour les femmes, mais aussi de compétitivité pour les entreprises ».

L’affirmation de la ministre est particulièrement troublante, que signifie « l’écart inexpliqué » ?

Avant de répondre à la question, il faut préciser que l’affirmation d’un écart salarial à travail égal est fausse comme nous le verrons plus loin.

Si l’écart entre homme et femme est une injustice due à la misogynie alors, cet écart est expliqué n’est-ce pas ? En fait, nous savons, grâce à la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) que l’écart salarial de 8% est inexpliqué. Autrement dit, on ne connaît pas la cause de cet écart. Cela signifie que notre ministre propose une solution à un problème dont la cause n’est pas connue. Imaginer un médecin qui propose un traitement pour une pathologie dont il n’a pas connaissance des causes.

Marlène Schiappa, quant à elle, veut « construire un dispositif pour aller prélever directement les amendes ». Il s’agit d’un plan simple en trois étapes « prévention, action, répression ».

Et c’est là que les délires complotistes et le n’importe quoi commencent. Là où « inexpliqué » se transforme par magie en « discrimination pure ».

Selon le ministère du Travail et l’Observatoire des inégalités, les 9% d’inégalités salariales sont de la discrimination pure. Séverine Lemière, maître de conférence à Paris Descartes, lors de son interview donnée au journal Le Monde en 2016, nous ressort une énième fois les 25,7% d’inégalité brute, sans préciser que cela ne correspond à rien, que ce n’est qu’une moyenne de moyennes. Elle nous parle ensuite de ces 9% à « travail égal » :

« Ces 9 % sont assimilés à de la discrimination salariale pure pour les économistes. Néanmoins, les enquêtes peuvent aussi avoir du mal à saisir des éléments très fins (ségrégations très fines au sein de métiers similaires, primes…). Au niveau des entreprises, lorsqu’on fait ces mêmes calculs, on aboutit généralement à un pourcentage plus faible, car l’échantillon des données est plus homogène. Mais les plaintes individuelles montrent aussi des écarts beaucoup plus importants de salaire. »

Quels économistes ? Je n’ai jamais vu un chercheur affirmer que l’écart inexpliqué était explicable pour une pure discrimination. Dans leur méta-analyse de 2012, les chercheurs de la DARES indiquent que l’explication de ces 9% est complexe, multifactorielle, mais que la discrimination est possible :

« L’interprétation des écarts salariaux « non expliqués » par les différences de caractéristiques moyennes entre les hommes et les femmes est délicate. En effet, ces écarts correspondent vraisemblablement en partie à des effets individuels mal pris en compte dans la modélisation proposée […] Une partie des écarts pourrait aussi être le reflet de pratiques de discrimination salariale ou de processus inégalitaires jouant en défaveur des femmes à divers moments de la carrière, voire en amont de la vie professionnelle, dont il n’est pas possible de mesurer précisément l’ampleur. »

Ensuite, madame Lemière nous dit que les plaintes individuelles montrent un écart plus important, mais quelles plaintes ? Où sont les preuves ? Tout comme ces économistes d’ailleurs. Les dires de cette dernière ne sont en aucun cas sourcés. Le seul document qu’elle nous partage est une étude de la DARES expliquant les facteurs amenant l’écart de 25% à 9%, sans tenter d’expliquer ces 9%. La discrimination est un fantasme de militants idéologiques et non le fruit de la science.

Pourquoi parle-t-on de justice sociale pour les femmes, alors qu’il n’existe aucune preuve d’une discrimination à leur encontre ?

L’injustice résiderait plutôt dans la mise en place d’une politique sanctionnant les entreprises, en vue de satisfaire une vision idéologique, ayant pour conséquence un affaiblissement de la compétitivité voire à des licenciements.

Il est ironique de penser que la performance des entreprises puisse passer par une rémunération accrue des femmes alors que notre ministre ne sait pas pourquoi cet écart existe. Ne faut-il pas simplement laisser les entreprises librement fixer la rémunération pour justement obtenir de la compétitivité ?

Qu’en dit la recherche universitaire ?

Nous allons présenter quelques auteurs clés qui travaillent sur l’écart salarial et la possible discrimination faite aux femmes pour constater, avec études à l’appui, quel est le taux réel de cet écart.

Mentionnons d’entrée de jeu le point clé de ces comparaisons, Il est impossible de trouver deux travailleurs avec le même profil et un salaire différent. Car tout l’enjeu est là, trouver deux travailleurs, homme et femme, avec le même profil, pour pouvoir faire une réelle comparaison. La DARES nous explique bien que les 9% sont obtenus à partir des facteurs OBSERVABLES par les outils de mesure utilisés. Or, comme le dit le professeur Mark Perry :

« L’utilisation de l’expression « homologues masculins » (définition de Webster : « remarquablement similaire à un autre ») implique-t-elle une comparaison de « pomme à pomme » entre travailleurs masculins et travailleurs féminins, comme si tous les facteurs explicatifs pertinents avaient été pris en compte ? »

Le statut marital comme clé de compréhension

L’un des facteurs déterminants d’une comparaison honnête entre les sexes est le statut marital.

En prenant en compte le statut marital, le professeur de l’université Michigan-Flint nous apprend que pour les femmes qui n’ont jamais été mariées, le salaire représente 94% de celui des hommes. Pour les femmes célibataires et sans enfants de moins de 18 ans, le salaire représente 96% de celui des hommes. Comparer les hommes et les femmes en tentant d’égaliser de cette manière (incomplète), a déjà plus de sens et nous évite de comparer des oranges et des pommes. D’ailleurs, pour le chercheur June O’Neill, l’âge, le mariage et le nombre d’enfants expliquent la totalité de l’écart inexpliqué, censé être une injustice. Je cite :

« Il n’y a pas d’écart de salaire entre les hommes et les femmes ayant des rôles familiaux similaires. En comparant l’écart de salaire entre les hommes et les femmes âgés de 35 à 43 ans qui ne se sont jamais mariés et n’ont jamais eu d’enfant, nous constatons un petit écart observé en faveur des femmes, qui devient insignifiant après la prise en compte des différences de compétences et de caractéristiques professionnelles. Cette observation est importante, car elle suggère que les facteurs sous-jacents à l’écart de rémunération entre hommes et femmes reflètent principalement les choix faits par les hommes et les femmes en raison de leurs rôles sociétaux différents, plutôt que par la discrimination sur le marché du travail à l’égard des femmes en raison de leur sexe. »

Selon O’neill et O’neill du National Bureau of Economic Research, il n’y a aucun moyen de mesure d’une quelconque discrimination négative à l’encontre du sexe féminin, d’où la nécessité de mesurer la productivité relative des travailleurs. Cette étude nous apprend qu’une fois le maximum de variables mesurées l’écart salarial n’est plus que de 0,058%.

La tristement célèbre discrimination faite aux femmes n’existe pas dans cette étude.

Les femmes ne font pas le choix du salaire

L’étude de l’économiste Catherine Buffington et de ses collaborateurs démontre que dans le domaine des sciences dures, les femmes sont deux fois plus présentes que les hommes en biologie (59% et 27%), discipline peu rémunératrice, alors qu’il y a deux fois plus d’hommes que de femmes en ingénierie (45% et 21%) et près de deux fois plus d’hommes que de femmes en informatique, mathématiques et physique (29% et 19%), les disciplines les plus rémunératrices du domaine « sciences dures ». Elles ne choisissent donc pas ce qui paie le mieux.

Rappel de la répartition des sexes dans le monde du travail en France :

Comme attendu, l’écart de salaire est de 31% au profit des hommes. Une fois la différence salariale interdiscipline prise en compte, l’écart tombe à 11%. Et comme décrit dans l’étude précédente, ici aussi l’inégalité disparaît une fois le statut marital et le nombre d’enfants ajoutés au calcul.

L’explication est le temps de travail réduit chez les travailleurs féminins une fois mariés et mères. Plus elles ont d’enfants et plus ce temps est réduit. Nous pouvons également supposer qu’elles mettent moins d’énergie que les hommes au travail, le rôle de mère étant très demandeur. Selon l’université du Massachusetts, une femme perd en moyenne et par enfant 4% de ses revenus. D’après le professeur d’économie Matthew Rousu de l’université de Selinsgrove, l’écart disparaît une fois le type d’emploi et la situation familiale analysés. En effet, les femmes, en plus de se tourner vers les emplois les moins bien payés, se tournent vers des situations et des fonctions professionnelles plus stables et moins risquées, en plus de privilégier leur vie familiale, comme démontré par Mark Perry également.

L’étude de Korn Ferry de 2016, basée sur l’analyse de huit millions de travailleurs sur 33 pays conclut, après élimination des biais et prise en compte du statut marital et familial, donc à profil relativement égal, que les hommes gagnent 1,6% de plus que les femmes. Donc non seulement les 10% de discrimination pure n’existent pas, mais en plus, la discrimination n’existe pas non plus.

Conclusion

Tout est donc question de choix individuels et de rôles au sein de la famille et de la société, et certainement pas d’une quelconque atteinte aux « droits des femmes ».

Dans le prochain article, il sera question de productivité au travail, en fonction du salaire et du sexe des travailleurs. Vous pensez que les femmes sont victimes du marché du travail ? Vous ne serez pas déçu.

Source : Cercle Cobalt

1. Buffignton et al 2016 « STEM Training and Early Career Outcomes of Female and Male Graduate Students : Evidence from UMETRICS Data Linked to the 2010 Census ».

2. DARES 2015 « Ségrégation professionnelle et écarts de salaires femmes-hommes ».

3. Korn Ferry Hay Group 2016 « The real gap: fixing the gender pay divide. A gender pay gap exists — just not in the way conventional wisdom holds. ».

4. Matthew Rousu 2014 « Childless Women In Their Twenties Out-Earn Men. So? » Susquehanna University in Selinsgrove, Pa.

5. « What does wage differential tells us about labor market discrimination ? » June E. O’Neill et Dave M. O’Neill. Working Paper 11240. Http://www.nber.org/papers/w11240 NATIONAL BUREAU OF ECONOMIC RESEARCH March 2005.

6. https://www.google.com/amp/s/www.blog-emploi.com/chiffres-inegalites-h-f/amp/

7. Ministère du Travail – Données 2012 – © Observatoire des inégalités

8. https://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/08/a-meme-emploi-meme-temps-de-travail-l-ecart-de-salaire-entre-hommes-et-femmes-est-d-environ-9_5027455_3224.html

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