BRICS : la Chine veut briser le monopole occidental sur l’intelligence artificielle

BRICS : la Chine veut briser le monopole occidental sur l’intelligence artificielle BRICS : la Chine veut briser le monopole occidental sur l’intelligence artificielle

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Au 18e sommet des BRICS à New Delhi, Xi Jinping propose que la Chine pilote une communauté open source IA, incluant grands modèles de langage et programmes de formation.
  • La déclaration finale a été endorsée par 92 pays et organisations : pourquoi un tel consensus masque-t-il des divergences profondes sur la gouvernance réelle de cet écosystème ?
  • L’open source ne suffit pas : accéder à un outil ne garantit pas la maîtrise de la chaîne qui le produit, comme le montrent des décennies de transferts technologiques Nord-Sud.
  • L’Inde co-signataire mais non engagée : quelles conditions New Delhi pourrait-elle exiger avant de rejoindre un cadre technologique structuré par Pékin ?

Le 18e sommet des BRICS, organisé à New Delhi, a mis sur la table une proposition qui pourrait directement bousculer l’ordre technologique mondial. Xi Jinping veut que la Chine joue un rôle moteur dans la création d’une communauté open source consacrée à l’intelligence artificielle au sein des BRICS. Grands modèles de langage, formations spécialisées, coopération technique, écosystème plus ouvert : derrière le vocabulaire consensuel apparaît une ambition beaucoup plus stratégique. Pékin veut participer à la construction d’un espace technologique capable de fonctionner sans dépendre entièrement des géants américains. Quelques mois auparavant, la Déclaration de New Delhi sur l’IA, soutenue par 92 pays et organisations internationales lors de l’AI Impact Summit de février 2026, avait déjà appelé à élargir l’accès aux ressources d’intelligence artificielle tout en insistant sur la sécurité, l’inclusion et la fiabilité.

Il ne faut évidemment pas prendre cette proposition chinoise pour une œuvre philanthropique. Pékin défend ses intérêts, cherche de nouveaux débouchés technologiques et veut peser sur les standards qui structureront l’économie numérique mondiale. Mais cette évidence vaut également pour Washington et les grandes entreprises de la Silicon Valley. L’intelligence artificielle est devenue un instrument de puissance. Celui qui contrôle les puces, les centres de données, les modèles et les infrastructures cloud contrôle une partie croissante de l’économie numérique. Pour les pays émergents, l’enjeu est donc brutalement simple : rester dépendants des technologies conçues ailleurs ou tenter de construire leurs propres capacités.

L’open source peut-il fissurer la domination technologique occidentale ?

Aujourd’hui, l’IA de pointe reste concentrée entre les mains d’un nombre extrêmement réduit d’États et de multinationales. Puissance de calcul, semi-conducteurs, modèles fondamentaux, centres de données, clouds et talents de recherche forment une véritable infrastructure de pouvoir. Une grande partie du Sud global consomme ces technologies sans contrôler ni leur fabrication, ni leurs règles, ni leur évolution. Cette dépendance n’est pas seulement commerciale. Elle touche à la souveraineté, aux données, à la sécurité et à la capacité même d’un État à développer ses propres politiques numériques.

L’open source peut commencer à fissurer ce verrou. Un pays qui ne dispose pas des dizaines de milliards nécessaires pour entraîner seul un modèle de pointe peut récupérer une base technologique existante, l’adapter à ses langues, à son administration, à son agriculture ou à son système de santé. Il peut former ses propres ingénieurs et réduire sa dépendance aux API et aux services étrangers. Mais il ne faut pas se raconter d’histoires : disposer du code ne suffit pas. Si les puces viennent toujours d’ailleurs, si le calcul dépend de centres de données étrangers et si les modèles structurants restent contrôlés par quelques puissances, la dépendance change simplement de forme.

C’est là que la proposition des BRICS sera jugée. Qui contrôlera réellement les infrastructures ? Qui décidera quels modèles seront accessibles ? Qui possédera les données ? Qui arbitrera les conflits de propriété intellectuelle ? Qui pourra couper l’accès à une technologie stratégique ? Les déclarations parlent d’ouverture, de sécurité et de coopération. Très bien. Mais une souveraineté numérique ne se construit pas avec des communiqués. Elle se construit avec des puces, des serveurs, des compétences, des centres de données et des règles que les États peuvent réellement maîtriser.

L’Inde refuse de remplacer Washington par Pékin

L’Inde occupe précisément une position décisive. New Delhi n’a pas publiquement donné carte blanche à la proposition chinoise. Elle partage pourtant une grande partie du diagnostic. Depuis sa stratégie « AI for All », l’Inde défend une intelligence artificielle plus accessible, plus inclusive et davantage tournée vers les besoins des économies émergentes. Son AI Impact Summit de 2026 a repris cette logique : démocratiser l’accès à l’IA plutôt que laisser quelques entreprises américaines ou chinoises définir seules les règles du jeu.

Comme le résume Lakhvinder Singh dans Asia Times : « L’objectif devrait être un écosystème IA ouvert, interopérable et pluraliste, assorti de protections claires pour les données, la propriété intellectuelle, la cybersécurité, la transparence et la supervision humaine. »

Sur le papier, la complémentarité Chine-Inde est redoutable. L’Inde dispose d’une immense armée d’ingénieurs, d’une industrie logicielle puissante et d’infrastructures numériques publiques capables de fonctionner à l’échelle de plus d’un milliard d’habitants. La Chine possède de son côté une puissance industrielle considérable, des capacités de calcul, des infrastructures télécoms, de la robotique et une capacité de déploiement technologique massive. Ensemble, les deux pays pourraient donner aux BRICS une véritable alternative aux écosystèmes dominés par les États-Unis.

Mais New Delhi n’a aucun intérêt à remplacer une tutelle technologique par une autre. Sortir de la dépendance envers la Silicon Valley pour tomber dans une dépendance envers Pékin ne serait pas une victoire souveraine. Les relations sino-indiennes restent traversées par des rivalités territoriales, militaires et économiques profondes. L’Inde défend justement une autonomie stratégique qui consiste à ne jamais confier à une seule puissance les clés de ses infrastructures critiques. Si la Chine veut réellement convaincre ses partenaires, elle devra accepter une gouvernance où elle ne contrôle pas tout.

C’est donc là que se joue la crédibilité du projet. Une architecture dans laquelle plusieurs pays possèdent les infrastructures, participent aux décisions et disposent de droits réels sur les données serait une véritable alternative. Une plateforme essentiellement construite, financée et contrôlée par Pékin, simplement habillée du drapeau des BRICS, ne ferait que déplacer le centre de dépendance. L’open source n’a de sens géopolitique que s’il réduit réellement le pouvoir de celui qui possède l’infrastructure.

Les prochains mois diront si Xi Jinping veut construire un outil réellement multilatéral ou simplement étendre l’influence technologique chinoise sous une bannière commune. Avec la présidence chinoise des BRICS en 2027, Pékin disposera d’une fenêtre idéale pour pousser cette stratégie. Mais l’enjeu dépasse largement la Chine, l’Inde ou les États-Unis. Pour le Sud global, la bataille est celle de l’émancipation technologique. Pendant des décennies, de nombreux pays ont été consommateurs de technologies conçues ailleurs. L’IA ouvre peut-être une occasion de changer cette hiérarchie. Encore faut-il que l’open source devienne un outil de souveraineté réelle et non le nouveau cheval de Troie d’une autre puissance.

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Source : asiatimes.com


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