Île de Qeshm : Washington frappe l’Iran depuis des semaines sans l’annoncer, selon des responsables américains

Donald Trump confirme la frappe de lundi sur l’île iranienne de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, alors que les Américains votent aux élections de mi-mandat. Téhéran propose de rouvrir le passage en deux jours, mais exige la fin du blocus américain. Qui cédera d’abord ?

Il y a dans la confirmation de Donald Trump, au matin d’un scrutin de mi-mandat, moins un signal de reprise de la guerre qu’un aveu : elle n’a jamais vraiment cessé. Les frappes sur l’île de Qeshm, lundi, s’inscrivent selon des responsables américains cités par la presse dans une série d’opérations « limitées » et « défensives », menées depuis des semaines sans être annoncées, afin de ne pas donner l’impression d’un retour aux opérations de grande envergure. La logique est celle d’une coercition calibrée : empêcher l’adversaire de consolider ses positions sans rompre la table des négociations.

L’argument avancé par Washington est d’ailleurs révélateur. Les Iraniens ont mis environ deux mois à bâtir une infrastructure anti-aérienne ; les Américains l’ont « regardée se construire », puis l’ont détruite une fois achevée. Cela suppose une supériorité de renseignement indiscutable. Cela dit aussi qu’une trêve, dans un système sans arbitre, sert chaque camp à reconstituer ses capacités, et l’autre à les surveiller pour mieux les frapper.

Le détroit, otage mutuel

Le rapport de force tient en deux leviers symétriques. L’Iran verrouille Ormuz, par où transite une part décisive du commerce mondial d’hydrocarbures, et frappe les navires qui passent sans son autorisation. Les États-Unis répondent par un blocus des ports iraniens. Donald Trump affirme en avoir « le contrôle total » ; la formule est contredite par les faits, puisque le détroit reste fermé. Un blocus étrangle l’économie iranienne, il ne rouvre pas la route.

Chacun est donc contraint. Le président américain affronte, selon l’article, un électorat mécontent du coût de la vie et d’une guerre vieille de plus de huit mois : or le détroit fermé nourrit précisément cette inflation. Téhéran, de son côté, subit le blocus et attend le dégel de ses avoirs et la levée des sanctions pétrolières. Sa nouvelle offre, rouvrir en deux jours au lieu de sept, montre que la marge de manœuvre existe.

Un point mérite attention : l’exigence d’un « nouvel itinéraire convenu entre l’Iran et Oman ». C’est une prétention de souveraineté sur un passage dont dépend l’économie mondiale, que Washington aura du mal à accepter, mais que la pratique de deux ans de fermeture rend déjà tangible.

Reste le facteur humain. Le président Pezeshkian dit avoir reçu du guide suprême des « pouvoirs » pour aborder des questions « considérées auparavant comme tabou ». Sans précisions, rien ne permet d’en mesurer la portée, mais l’indice n’est pas anodin. Le Qatar, médiateur, avertit pour sa part que toute escalade compliquerait les discussions.

Ce que les faits établissent : aucune des deux parties ne peut imposer sa solution, et toutes deux le savent. Le scrutin passé, Donald Trump sera moins prisonnier du calendrier électoral. La vraie question sera de savoir s’il préfère monnayer la réouverture du détroit ou parier sur une campagne courte dont les précédents, depuis février, ne garantissent pas l’issue.


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