Israël : le rapport accablant que ses alliés ne peuvent plus ignorer

Israël : le rapport accablant que ses alliés ne peuvent plus ignorer Israël : le rapport accablant que ses alliés ne peuvent plus ignorer

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • 254 Palestiniens tués par des frappes aériennes israéliennes en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, contre six de 2008 à octobre 2023, selon la commission d’enquête de l’ONU.
  • La Cisjordanie est-elle devenue un espace d’opérations militaires plutôt qu’un théâtre de contre-terrorisme, alors que le gouvernement israélien évoque sa plus vaste offensive depuis 1967 ?
  • Pourquoi le mandat de la CPI visant Benjamin Netanyahou ne l’empêche-t-il ni de gouverner ni de faire campagne, alors que la CIJ ne devrait pas juger avant 2029 ?
  • Une opération d’ampleur en Cisjordanie créera-t-elle une nouvelle réalité territoriale irréversible, ou provoquera-t-elle la réaction extérieure que les rapports successifs n’ont pas suscitée ?

Un rapport qui qualifie, des rapports de force qui décident

La commission d’enquête mandatée par l’ONU sur le Territoire palestinien occupé et Israël vient de publier un rapport de dix-neuf pages aux conclusions accablantes. Elle accuse Israël de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment d’extermination, de persécution, de torture et de violences sexuelles. Elle affirme également que des actes génocidaires se poursuivent à Gaza malgré le cessez-le-feu. Israël conteste ces accusations, qui ne constituent pas des condamnations judiciaires définitives. Mais les faits rapportés soulèvent une question explosive : combien de rapports faudra-t-il encore pour que les dirigeants israéliens rendent des comptes ? Pendant que l’ONU accumule les preuves alléguées, Netanyahou poursuit sa politique militaire.

Les chiffres concernant la Cisjordanie illustrent l’ampleur de cette escalade. Selon la commission, six Palestiniens ont été tués par des frappes aériennes israéliennes entre 2008 et le 6 octobre 2023, contre 254 entre le 7 octobre 2023 et le 30 septembre 2026. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a également documenté 1 143 Palestiniens tués en Cisjordanie, Jérusalem-Est comprise, jusqu’au 9 octobre 2026, dont au moins 250 enfants. Derrière ces chiffres, un constat glaçant : la puissance militaire israélienne frappe de plus en plus lourdement. Selon les enquêteurs, les bombardements, les destructions et les déplacements forcés participent à une stratégie de domination territoriale qui menace l’avenir même des Palestiniens.

La logique des intérêts derrière la montée en force

Pour comprendre cette escalade, il faut regarder au-delà du discours sécuritaire de Netanyahou. Plusieurs responsables israéliens affichent ouvertement leurs ambitions territoriales. Le Premier ministre cherche à consolider sa coalition à l’approche des élections législatives. Ses ministres Israel Katz, Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich ont défendu l’annexion de tout ou partie de la Cisjordanie. Le gouvernement évoque également une opération militaire d’une ampleur inédite depuis 1967. Derrière les justifications officielles apparaît une stratégie dont les conséquences dépassent largement la sécurité immédiate : renforcer l’emprise israélienne sur un territoire palestinien déjà occupé.

Ces annonces révèlent un calcul électoral, mais aussi une volonté de contrôle territorial. La mort de deux soldats israéliens, tués par des Palestiniens, a précédé le bouclage militaire d’Hébron, accompagné de démolitions et d’expulsions signalées dans la ville. Le gouvernement invoque la sécurité de ses citoyens. Mais cet argument ne peut servir de permis de détruire des habitations ni de déplacer des familles. Le droit international impose des limites aux opérations militaires. Or la question soulevée par la commission est précisément celle de leur objectif réel. Neutraliser une menace est une chose. Installer durablement un contrôle sur les terres palestiniennes en est une autre. Et les déclarations annexionnistes de plusieurs ministres alimentent les accusations d’une stratégie bien plus vaste.

C’est précisément sur ce point que le rapport formule son accusation la plus grave. Srinivasan Muralidhar, président de la commission d’enquête, estime que les opérations israéliennes s’inscrivent dans une stratégie globale contre la population palestinienne :

« Le fait de tuer et de blesser intentionnellement des civils palestiniens et de détruire leurs maisons en Cisjordanie, conjugué au déni persistant de responsabilité d’Israël, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à exterminer et à déplacer les Palestiniens et à leur imposer des conditions de vie invivables. »

L’accusation est dévastatrice. La commission ne dénonce pas seulement des violences militaires, mais une politique présumée visant à chasser les Palestiniens et à détruire leurs conditions d’existence. Les déclarations favorables à l’annexion renforcent les interrogations sur les intentions du gouvernement israélien. Il appartient aux juridictions compétentes d’établir les responsabilités pénales. Mais cette distinction ne doit pas servir à banaliser la gravité des faits documentés ni à détourner le regard des victimes civiles.

Le fossé entre la qualification et la contrainte

Le rapport met à nu l’une des plus grandes contradictions du droit international : les accusations s’accumulent, mais les responsables visés peuvent continuer à exercer le pouvoir. Benjamin Netanyahou fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Pourtant, il continue de gouverner. La procédure engagée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice pourrait ne pas déboucher sur un jugement définitif avant plusieurs années. Pendant ce temps, la situation sur le terrain continue d’évoluer. Le scandale politique réside dans ce décalage : les institutions documentent, les procédures avancent lentement et les rapports de force dictent les possibilités de contrainte.

Cette impuissance pose une question autrement plus dérangeante : que font les puissances qui soutiennent Israël ? L’ONU peut enquêter, dénoncer et publier des rapports, mais elle ne dispose pas seule des moyens nécessaires pour imposer leurs conclusions. Les États, eux, possèdent des leviers diplomatiques, économiques et militaires. Les États-Unis demeurent un partenaire essentiel du gouvernement israélien. Les capitales européennes disposent également de moyens de pression. Pourtant, ces soutiens et ces relations n’ont pas permis de faire cesser les violations dénoncées. De quoi alimenter les accusations de deux poids, deux mesures. Lorsque les intérêts des grandes puissances entrent en jeu, la défense proclamée du droit international se heurte brutalement à la réalité des alliances.

La commission critique également l’Autorité palestinienne. Elle lui reproche de réprimer certaines voix dissidentes et de ne pas conduire d’enquêtes impartiales sur des homicides, ni d’assurer des réparations suffisantes aux victimes et à leurs familles. Ces défaillances aggravent une crise de légitimité déjà profonde et fragilisent la représentation palestinienne. Le gouvernement israélien invoque régulièrement ces divisions pour affirmer qu’aucun partenaire fiable ne permettrait de négocier. Mais les erreurs et les abus de l’Autorité palestinienne ne sauraient justifier l’occupation, les annexions ou les atteintes aux droits fondamentaux. Elles révèlent surtout l’impasse politique dans laquelle la population palestinienne demeure enfermée.

Au cœur du conflit se trouve une question que les opérations militaires ne peuvent faire disparaître : le droit des Palestiniens à l’autodétermination. Srinivasan Muralidhar accuse les autorités israéliennes de présenter l’existence d’un État palestinien comme une menace pour la survie d’Israël. Le gouvernement Netanyahou invoque les attaques du 7 octobre 2023 pour défendre ses exigences sécuritaires. Mais un État palestinien privé du contrôle de son territoire, de ses frontières et de ses institutions ne serait qu’une souveraineté de façade. La sécurité d’Israël ne peut effacer les droits nationaux des Palestiniens. Tant que la politique territoriale israélienne continuera de réduire les perspectives d’une indépendance réelle, les promesses diplomatiques de paix risquent de rester des paroles sans lendemain.

L’avenir dépendra donc moins de la publication de nouveaux rapports que des décisions des gouvernements capables d’exercer une pression sur Israël. Les élections israéliennes pourraient modifier certains équilibres, mais Washington et les capitales européennes devront aussi assumer leurs responsabilités politiques. L’avenir dépendra également de l’émergence d’une représentation palestinienne crédible. Une nouvelle offensive d’ampleur en Cisjordanie pourrait accélérer les déplacements et rendre certaines transformations territoriales irréversibles. La question n’est plus seulement de savoir ce que l’ONU pourra encore dénoncer, mais combien de temps les puissances influentes accepteront que ces accusations restent sans conséquences concrètes. Car à quoi sert de proclamer la défense du droit international si les États capables d’agir refusent d’en faire respecter les principes ?

Source : consortiumnews.com


Participez au débat, et partagez votre opinion !

Faites avancer la discussion en donnant votre avis à la communauté.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Secret Link