🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un piratage présumé de Palantir, dénoncé par Kim Dotcom, expose une surveillance massive de dirigeants politiques et une collaboration étroite avec la CIA, révélant des activités d’espionnage mondial qui pourraient bouleverser les relations internationales.
- Les accusations impliquent Palantir dans l’assistance militaire à l’Ukraine, notamment le développement de capacités nucléaires et biologiques, questionnant le rôle des États-Unis dans l’escalade du conflit et la dépendance européenne.
- Par ailleurs, Palantir est accusé d’avoir fourni des systèmes d’IA pour le ciblage militaire israélien, soulève des préoccupations éthiques sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les zones de guerre.
- Cette affaire met en lumière la vulnérabilité de la France face à des entreprises étrangères liées aux services de renseignement américains, posant la question cruciale de comment protéger notre souveraineté numérique et nos données sensibles.
Kim Dotcom, figure controversée du monde numérique, affirme qu’un piratage d’envergure aurait frappé Palantir, géant américain de l’analyse de données et de l’intelligence artificielle.
Selon ses déclarations publiées sur X, un agent d’intelligence artificielle aurait obtenu un accès « super-utilisateur » aux systèmes internes de l’entreprise, révélant des activités d’une ampleur stratégique mondiale. Surveillance de dirigeants politiques, collaboration étroite avec la CIA, implication dans le développement de capacités nucléaires et biologiques pour l’Ukraine : les accusations sont vertigineuses.
Prudence d’abord. Kim Dotcom n’est pas exactement un témoin neutre. L’homme, poursuivi depuis des années par la justice américaine pour des affaires de piratage et de violation de droits d’auteur, entretient une hostilité assumée envers Washington. Il reconnaît lui-même ne pas connaître l’identité des pirates et affirme que les données seraient destinées à être transmises « à la Russie et/ou à la Chine ».
Cette précision devrait, à elle seule, inciter à la circonspection. À cette heure, nous ne disposons d’aucune confirmation indépendante de ces allégations spectaculaires.
L’invraisemblable d’aujourd’hui n’est-il pas souvent le scandale avéré de demain ? Les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, en 2013, avaient d’abord semblé relever de la science-fiction avant de bouleverser notre compréhension de la surveillance de masse. Le programme PRISM, les écoutes de dirigeants alliés, Angela Merkel en tête, tout cela paraissait inconcevable jusqu’à ce que les preuves s’accumulent. L’histoire récente nous enseigne que la paranoïa des uns est parfois la lucidité des autres.
Palantir, ou l’œil de Sauron américain
Que savons-nous de Palantir, indépendamment des accusations de Kim Dotcom ? Fondée en 2003 par Peter Thiel, cofondateur de PayPal et figure libertarienne de la Silicon Valley, et dirigée par Alex Karp, l’entreprise tire son nom du « palantír », ces pierres de vision dans l’œuvre de Tolkien qui permettent de voir à distance et d’être vu en retour.
Le choix n’est pas anodin. Palantir s’est bâtie sur des contrats avec les agences de renseignement américaines, à commencer par la CIA, qui fut l’un de ses premiers investisseurs via son fonds In-Q-Tel.
L’entreprise ne s’en cache d’ailleurs pas. Elle revendique publiquement ses partenariats avec le Pentagone, les services de renseignement et, plus récemment, son implication dans le conflit ukrainien. Alex Karp lui-même s’est rendu à Kiev et a vanté le rôle de ses logiciels dans la coordination des opérations militaires ukrainiennes. Que Palantir travaille étroitement avec les services américains n’est donc pas une révélation, mais un fait établi et assumé.
« Les données récupérées montreraient que les cofondateurs de l’entreprise mèneraient un programme massif de surveillance visant des dirigeants politiques et des figures majeures de l’industrie. »
Cette accusation, si elle était avérée, changerait radicalement la donne. Il ne s’agirait plus d’un prestataire technologique au service de l’État américain, mais d’une entité privée accumulant un pouvoir de contrainte sur les élites mondiales, y compris, selon Kim Dotcom, sur Donald Trump, JD Vance et Elon Musk. Un « kompromat » numérique à l’échelle planétaire, en somme, dont les usages potentiels donnent le vertige.
Pour la France et les nations attachées à leur souveraineté, cette affaire pose une question fondamentale : jusqu’où sommes-nous prêts à confier nos données, nos infrastructures critiques et nos secrets d’État à des entreprises étrangères dont les liens avec les services de renseignement de leur pays d’origine sont de notoriété publique ?
La naïveté européenne face à la guerre invisible
C’est bien là que le bât blesse. Palantir ne travaille pas qu’avec les Américains. L’entreprise a signé des contrats avec plusieurs pays européens, dont la France. En 2020, la DGSI s’était rapprochée de Palantir pour des outils d’analyse de données dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ce choix avait suscité des critiques, vite étouffées par l’argument de l’urgence sécuritaire et l’absence d’alternative souveraine crédible.
Cette dépendance technologique est le symptôme d’un mal plus profond. L’Europe, et singulièrement la France, a renoncé depuis des décennies à bâtir ses propres champions du numérique. Nous avons laissé les GAFAM américains et leurs équivalents chinois quadriller le monde, tandis que nos dirigeants se gargarisaient de « start-up nation » et de « licornes » sans jamais penser en termes de souveraineté stratégique. Le résultat est là : nos services de renseignement, nos armées, nos administrations dépendent de technologies étrangères pour leurs fonctions les plus sensibles.
Les accusations concernant l’Ukraine méritent également que l’on s’y arrête. Kim Dotcom affirme que Palantir participerait à la création de « capacités nucléaires et biologiques » pour Kiev. L’accusation est grave et, à ce stade, invérifiable. Elle s’inscrit toutefois dans un contexte où l’implication américaine dans le conflit ukrainien dépasse largement le cadre de l’aide humanitaire ou défensive. Renseignement satellite, coordination des frappes, formation des troupes : les États-Unis sont de facto co-belligérants, même s’ils s’en défendent officiellement.
Pour la France, qui prétend encore jouer un rôle de médiation et maintenir un canal de dialogue avec Moscou, cette situation devrait être source d’interrogations. Sommes-nous, par notre alignement atlantiste, complices d’une escalade dont nous ne maîtrisons ni les moyens ni les finalités ? La question mérite d’être posée, au-delà des anathèmes qui frappent quiconque ose questionner le narratif dominant sur ce conflit.

Palantir et Israël : l’IA au service du ciblage militaire
Les allégations de Kim Dotcom concernant Israël et Gaza ajoutent une dimension supplémentaire à ce tableau. Palantir aurait, selon lui, développé les systèmes d’intelligence artificielle de ciblage utilisés par Tsahal. Là encore, le lien entre l’entreprise et l’État hébreu est documenté. L’utilisation de l’IA pour désigner des cibles dans des zones urbaines densément peuplées soulève des questions éthiques et juridiques considérables que nos sociétés occidentales semblent résolues à ignorer.
Au fond, cette affaire Palantir, vraie, fausse ou partiellement exacte, agit comme un révélateur. Elle met en lumière l’asymétrie fondamentale qui caractérise les relations transatlantiques. Les États-Unis espionnent leurs alliés, instrumentalisent leurs entreprises technologiques à des fins de renseignement et n’hésitent pas à utiliser l’extraterritorialité de leur droit pour contraindre les nations récalcitrantes. Nous le savons depuis Snowden, depuis les écoutes de l’Élysée, depuis l’affaire Alstom. Pourtant, rien ne change.
La France dispose encore des moyens intellectuels, industriels et financiers pour bâtir une souveraineté numérique digne de ce nom. Il lui manque la volonté politique. Nos dirigeants, fascinés par le modèle américain ou tétanisés par la complexité du sujet, préfèrent la facilité de la dépendance aux exigences de l’indépendance. Ils confient nos données à des clouds américains, nos communications à des infrastructures étrangères, notre sécurité à des algorithmes dont nous ne maîtrisons pas le code.
Kim Dotcom est peut-être un affabulateur, un agent d’influence ou un simple provocateur en quête d’attention. Le monde qu’il décrit, celui d’une surveillance totale, d’entreprises privées plus puissantes que des États, de données transformées en armes de chantage, n’a pourtant rien d’imaginaire. C’est le nôtre. Il est temps que la France, plutôt que de s’indigner mollement avant de passer à autre chose, en tire enfin les conséquences.
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