Macron, « le canard qui court encore après qu’on lui a coupé la tête »

Macron, « le canard qui court encore après qu’on lui a coupé la tête » Macron, « le canard qui court encore après qu’on lui a coupé la tête »

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Après un week-end de violences et l’incendie de la mairie de Limoges, Édouard Philippe, ancien Premier ministre, affirme que « notre pays a droit à quelqu’un aux commandes ».
  • Pourquoi la légitimité d’Emmanuel Macron s’érode-t-elle depuis 2018, entre scrutins à deux tours, votes-barrage et dissolution de 2024 ?
  • Un déploiement massif avec l’opération Sentinelle suffira-t-il au gouvernement Lecornu, alors que LFI l’accuse de cibler politiquement le mouvement ?
  • Selon l’Ifop, Marine Le Pen recueillerait 36 à 38 % au premier tour de la prochaine présidentielle et l’emporterait au second, avec 56 à 68 %.

La France ne traverse plus seulement une crise sociale. Elle traverse une crise politique qui atteint désormais directement le sommet de l’État. Les violences du week-end, le retour des Gilets jaunes dans les cortèges, les saccages et l’incendie spectaculaire de la mairie de Limoges ne racontent plus seulement la colère d’un pays sous tension. Ils révèlent surtout l’affaiblissement d’un pouvoir qui peine de plus en plus à se faire entendre, à anticiper et à imposer son autorité.

Un ministre anonyme, cité par Le Parisien et repris par La Vanguardia, a résumé l’état du macronisme avec une brutalité rare : Emmanuel Macron serait « le canard qui continue de courir après qu’on lui a coupé la tête ». Le jugement vient de l’intérieur même du pouvoir. La formule est cruelle, mais elle dit l’essentiel du malaise actuel : Macron conserve les pouvoirs de la fonction, mais son poids politique s’effondre. La Vanguardia parle elle-même d’une présidence entrée dans une forme d’agonie politique marquée par l’impuissance. Quand ce constat commence à circuler jusque dans les rangs gouvernementaux, le problème dépasse largement celui d’une mauvaise séquence médiatique.

« J’ai écouté ses propos. J’aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives. Notre pays a droit à quelqu’un aux commandes. »

Ces mots viennent d’Édouard Philippe, celui qui fut son Premier ministre pendant trois ans. Le message est dévastateur précisément parce qu’il ne vient pas d’un adversaire historique. L’allocution présidentielle du dimanche a été jugée trop vague jusque dans son propre camp. Macron parle encore, mais une partie de sa majorité ne croit manifestement plus que sa parole suffise. Certaines voix macronistes lui conseillent même désormais de quitter l’Élysée avant la fin de son mandat. À six mois de son départ prévu, le président n’est plus seulement contesté par la rue : son autorité se fissure jusque chez ceux qui l’ont accompagné au pouvoir.

Une légitimité entamée depuis le premier mandat

Cette rupture ne date pas du week-end dernier. Dès 2018, les Gilets jaunes avaient révélé une fracture profonde entre Emmanuel Macron et une partie de la France populaire et périphérique. La contestation portait sur les taxes et le pouvoir d’achat, mais aussi sur la manière dont le président exerçait le pouvoir. Macron avait remporté largement l’élection de 2017, mais une partie importante de son score du second tour provenait d’électeurs déterminés avant tout à empêcher Marine Le Pen d’accéder à l’Élysée. Ses opposants ont très vite transformé cette réalité en procès de légitimité politique.

Le scrutin à deux tours français produit régulièrement cette situation. Il désigne clairement un vainqueur sans garantir que tous ceux qui ont voté pour lui adhèrent réellement à son projet. Jacques Chirac l’avait déjà expérimenté en 2002 face à Jean-Marie Le Pen. Mais dans le cas Macron, ce décalage entre victoire électorale et adhésion politique est devenu explosif parce qu’il s’est combiné avec un exercice du pouvoir extrêmement vertical. Être élu légalement ne signifie pas disposer pendant cinq ans d’un chèque en blanc. C’est précisément ce rappel que la rue adresse au pouvoir depuis 2018.

En 2022, le mécanisme s’est reproduit face à Marine Le Pen, avec un écart beaucoup plus faible. Puis Macron a lui-même précipité l’affaiblissement de son camp en dissolvant l’Assemblée nationale en 2024 après la débâcle des européennes. Le pari devait clarifier la situation. Il l’a rendue encore plus ingouvernable. Les macronistes ont perdu leur majorité et terminé derrière le Nouveau Front Populaire en nombre de sièges. Depuis, l’Élysée gouverne dans un Parlement fragmenté, sans majorité stable et avec une capacité d’action considérablement réduite. Le président qui voulait reprendre la main a surtout contribué à la perdre.

La décision de ne pas choisir un Premier ministre issu de la gauche, malgré la première place du Nouveau Front Populaire en nombre de sièges, a encore alimenté le sentiment de rupture. Macron a préféré chercher une majorité impossible entre le centre et la droite. Michel Barnier n’a pas stabilisé la situation. François Bayrou non plus. Sébastien Lecornu représente désormais une troisième tentative. Trois gouvernements pour tenter de survivre politiquement dans une Assemblée issue de la dissolution décidée par Macron lui-même : difficile d’imaginer symbole plus clair de l’impasse dans laquelle s’est enfermé le pouvoir.

Le gouvernement sous pression, la rue comme révélateur

Pendant que Macron se trouvait dans le Golfe persique, son gouvernement affrontait seul la tempête politique. Laurent Nuñez et Sébastien Lecornu ont directement accusé l’ultragauche et La France insoumise d’avoir attisé ou cautionné les violences. Lecornu a lancé aux Insoumis qu’ils devaient choisir « entre la violence et la République ». LFI accuse de son côté le gouvernement d’avoir cherché à orienter politiquement le travail du renseignement, accusation catégoriquement démentie par l’exécutif. La confrontation est désormais totale. Et au milieu de cette guerre politique, une évidence demeure : le pouvoir ne parvient plus à imposer un récit commun de ce qui se passe dans le pays.

Même sur le terrain sécuritaire, l’exécutif a dû reconnaître ses propres failles. Lecornu a admis que le renseignement n’avait pas tout anticipé et que le dispositif du 17 octobre avait été « trop statique et pas assez mobile ». Certains congés de policiers et de gendarmes n’avaient pas été annulés. Une semaine plus tard, le même gouvernement promet donc un dispositif « massif », mobilise Sentinelle pour libérer des forces de l’ordre et maintient plusieurs couvre-feux localisés. Le contraste est brutal : après avoir été débordé, l’État tente désormais de démontrer qu’il contrôle encore la situation.

L’incendie de la mairie de Limoges a donné à cette crise une image que le pouvoir aurait préféré ne jamais voir. Un homme de 34 ans, présumé innocent à ce stade, fiché S et décrit par des sources policières comme un militant d’ultragauche, a été arrêté. L’exécutif accélère parallèlement son projet « casseurs-payeurs » pour faire supporter davantage le coût des destructions aux personnes reconnues responsables. Mais là encore, le pouvoir intervient après le désastre. La mairie a brûlé, les images ont fait le tour du pays, et l’État cherche maintenant à reconstruire une autorité qui aurait dû empêcher que la situation atteigne ce niveau.

Les sondages donnent enfin une mesure particulièrement sévère de l’effondrement du bloc présidentiel. Marine Le Pen recueille entre 34 % et 38 % des intentions de vote au premier tour dans les configurations testées par l’Ifop, tandis qu’Emmanuel Macron tombe parallèlement à 25 % de bonnes opinions dans le baromètre d’octobre, avec 75 % de mauvaises opinions. Ces chiffres ne prédisent pas l’élection de 2027, mais ils donnent une photographie brutale de la fin du macronisme. À six mois de son départ, la question n’est plus vraiment de savoir si Emmanuel Macron peut encore « reprendre la main ». Elle est de savoir ce qu’il restera de son autorité politique et dans quel état institutionnel, social et démocratique il laissera la France après presque dix années passées à l’Élysée.

Source : lavanguardia.com


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