Discours aux ambassadeurs : Macron accuse Washington, mais ses contradictions vénézuéliennes le rattrapent

Macron critique les États-Unis devant ses ambassadeurs une semaine après avoir salué la chute de Maduro Macron critique les États-Unis devant ses ambassadeurs une semaine après avoir salué la chute de Maduro

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Emmanuel Macron a brutalement changé de ton envers les États-Unis en dénonçant leur action unilatérale contre Maduro, après avoir initialement fermé les yeux. Ce revirement opportuniste soulève des questions sur ses motivations réelles.
  • Il critique ouvertement le déclin du multilatéralisme et évoque une recolonisation rampante par des puissances dominantes. L’Amérique se détourne progressivement de ses alliés, affaiblissant les règles internationales.
  • Dominique de Villepin accuse Macron d’une soumission atlantique initiale, masquant des lâchetés passées dans les affaires internationales. Ce silence précoce affaiblit l’Europe dans ses négociations globales.
  • Macron appelle l’Europe à s’unir pour regagner son indépendance face aux actions américaines, loin de toute vassalisation. Une prise de conscience urgente pourrait transformer les alliances continentales.

Le 8 janvier, Emmanuel Macron, devant les ambassadeurs français réunis pour son discours annuel, lâche une charge inattendue contre les États-Unis.

Emmanuel Macron change brutalement de cap, après avoir déclaré le 3 janvier se réjouir que « le peuple vénézuélien soit débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro ».

Fini les félicitations discrètes pour l’opération qui a emmené Maduro et sa femme Cilia Flores hors du Venezuela, alors qu’il avait d’abord fermé les yeux sur l’entrave au droit international que représentait cette action unilatérale. Désormais, place à une dénonciation en règle de l’Amérique, qui « se détourne progressivement » de ses alliés et s’affranchit des règles internationales.

Ce revirement sent l’opportunisme. Macron, si prompt à saluer la chute du régime chaviste le 3 janvier, feint aujourd’hui l’indignation face à la fermeté trumpienne. Derrière ces mots, on devine un président français coincé entre un rattrapage de façade et la pression d’un establishment bruxellois frileux, plus attaché au multilatéralisme qu’aux ruptures unilatérales, tout en dépendant d’un soutien américain déterminant pour tenir la ligne ukrainienne face aux offensives russes.

Trump, lui, assume : pas de leçons de morale quand il s’agit de traquer les dictateurs. Macron, en revanche, joue les offusqués pour masquer ses propres contradictions, dans un monde où les alliances internationales se délitent.

Macron durcit le ton : multilatéralisme en crise et « recolonisation » rampante

Devant ses ambassadeurs, Macron hausse le ton contre Washington en pointant du doigt un multilatéralisme qui patine de plus en plus.

« Les instances du multilatéralisme fonctionnent de moins en moins bien », lâche-t-il.

Derrière ces mots, on sent poindre une peur plus profonde : celle d’une Europe qui s’efface au profit de puissances impériales. Macron évoque l’émergence d’une « Internationale réactionnaire » à l’échelle mondiale. Ce qu’il avait annoncé il y a un an, dit-il, se confirme :

« On assiste même à un processus de recolonisation », glisse-t-il.

Les vieux réflexes anticoloniaux sonnent faux aujourd’hui : ce qui se joue n’est plus le colonialisme d’antan, mais une forme d’agression néocoloniale. Macron laisse entendre une cible sans la nommer frontalement, signe que les discours anticoloniaux traditionnels ne collent plus à la réalité qu’il décrit.

Macron sort les griffes, mais Villepin lui rappelle ses prudences passées

D’habitude, Emmanuel Macron pèse chaque mot pour ne pas agacer Washington. Pourtant, cette fois, il tape du poing sur la table : refuser le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme autant que le défaitisme. Ne plus suivre béatement les puissances, lance-t-il aux ambassadeurs, en parlant de « vassalisation heureuse. »

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, reproche à Macron sa première réaction au Venezuela : « Emmanuel Macron se soumet », par « crainte d’irriter Donald Trump ». Ce silence initial sonne comme une soumission atlantique : une Europe qui plie devant la realpolitik trumpienne. Pour Villepin, ce durcissement ultérieur ressemble à un virage tactique masquant mal des années de complaisance :

« Ne pas réagir à ce qui se passe au Venezuela, c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine. »

Au-delà de ce virage tactique, une idée plus large émerge de son discours : l’Europe possède une puissance souvent sous-estimée, à condition qu’elle se serre les coudes.

« Nous sommes bien plus forts que beaucoup ne le croient, à condition que l’on s’unisse davantage », a-t-il lancé.

Face à une Amérique qui agit seule en dictant ses règles sans complexe, l’Europe pourrait enfin jouer sa carte indépendante, loin de la vassalisation atlantique. Les prochaines zones de tension — le Groenland convoité ou Cuba sous pression — pourraient précipiter cette prise de conscience.

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