Affaire Epstein : ce nouvel email qui relance tout

Affaire Epstein : ce nouvel email qui relance tout Affaire Epstein : ce nouvel email qui relance tout

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Un email caviardé par le DOJ, envoyé depuis le compte officiel de Botstein, demande si une victime présumée d’Epstein est « pour lui » : une formulation qui change tout.
  • Pourquoi le FBI et le parquet fédéral n’ont-ils engagé aucune procédure contre Botstein, malgré un accès aux preuves depuis au moins dix-huit mois ?
  • Vingt-cinq visites chez Epstein, un séjour sur Little St James, des victimes identifiées présentes : le rapport WilmerHale pointe une possible facilitation consciente des abus.
  • Quelles conséquences pour la crédibilité des archives Epstein si la justice fédérale ignore la demande d’enquête du Congrès ?

L’affaire Leon Botstein change brutalement de dimension. Après des mois de révélations sur les liens entretenus par l’ancien président du Bard College avec Jeffrey Epstein, deux parlementaires américains réclament désormais l’ouverture d’une enquête criminelle. Au cœur du dossier se trouve un email dont l’identité de l’expéditeur avait été masquée dans les documents rendus publics par le ministère américain de la Justice. Jamie Raskin et Madeleine Dean affirment avoir découvert que le message avait été envoyé depuis l’adresse de Bard utilisée par Botstein. Son contenu est glaçant : « Est-ce que [Jane Doe] est pour moi, ou est-ce que tu la gardes pour toi ? » Si son origine était confirmée, cet email ferait basculer l’affaire bien au-delà d’une simple relation embarrassante avec Epstein.

Botstein nie catégoriquement. Il affirme ne pas avoir écrit ni envoyé ce message et rejette toute connaissance ou participation aux crimes d’Epstein. Mais quelques jours après cette nouvelle révélation, il a quitté toutes les fonctions qu’il occupait encore au Bard College, notamment sa chaire et ses responsabilités dans les programmes musicaux. Le comité exécutif du conseil d’administration a accepté sa démission à l’unanimité. Officiellement, Botstein explique partir pour protéger l’institution. Dans les faits, Bard tourne une page de plus d’un demi-siècle au moment précis où les révélations deviennent les plus graves.

« Toute affirmation selon laquelle j’aurais eu connaissance des agissements criminels d’Epstein ou y aurais été impliqué est fausse. Mais je ne veux pas que de fausses allégations à mon sujet fassent courir le moindre risque à l’institution que j’ai servie pendant plus d’un demi-siècle. »

Cette défense est soigneusement construite. Botstein nie tout, mais quitte malgré tout les dernières positions qui le rattachaient à Bard. Sa démission n’est évidemment pas un aveu et ne démontre aucune culpabilité. Mais elle ne fait pas disparaître les questions. Car derrière cet email contesté se trouve désormais un dossier beaucoup plus vaste : des dizaines de rencontres avec Epstein, des visites sur son île, des femmes identifiées comme victimes présentes lors de certaines interactions et, aujourd’hui, un message que deux élus américains estiment suffisamment grave pour réclamer une enquête criminelle.

Un dossier Epstein de plus en plus difficile à balayer

Cette affaire ne repose pas sur un email isolé tombé du ciel. Les documents publiés depuis le début de l’année ont révélé l’ampleur des contacts entre Botstein et Epstein. L’enquête indépendante menée par WilmerHale pour Bard a établi environ vingt-cinq visites de Botstein au domicile new-yorkais d’Epstein, un séjour de deux jours à Little St James et deux visites d’Epstein sur le campus de Bard. Selon le rapport cité par le Guardian, plusieurs de ces rencontres se déroulaient en présence de femmes qui ont ensuite été identifiées comme victimes d’Epstein.

WilmerHale avait déjà estimé que la fréquence et la nature de ces interactions auraient pu alerter Botstein sur le risque que lui-même ou Bard contribuent, même indirectement, à faciliter les abus d’Epstein. Cette conclusion avait précédé son départ de la présidence. Avec le nouvel email, la question devient autrement plus lourde. S’il était authentifié, il ne serait plus seulement question de savoir ce que Botstein aurait dû comprendre à force de fréquenter Epstein, mais de déterminer précisément ce qu’il savait, ce qu’il voulait dire et dans quel contexte cette phrase a été envoyée. Botstein nie en être l’auteur. C’est précisément pour cette raison qu’une enquête indépendante apparaît désormais centrale.

Le dossier concernant Jane Doe rend cette séquence encore plus inquiétante. Selon la lettre de Raskin et Dean, Epstein aurait approché cette jeune femme étrangère en 2014 en lui promettant de l’aider à construire une carrière aux États-Unis. Les parlementaires affirment qu’il l’aurait poussée à suivre des cours de massage et d’éducation sexuelle, puis déplacée entre plusieurs pays et plusieurs États américains. Ils soutiennent également qu’Epstein aurait utilisé sa relation avec Botstein pour lui faire croire qu’une carrière musicale était possible. C’est dans ce contexte qu’elle aurait été envoyée rencontrer le président de Bard afin qu’il évalue ses capacités vocales. L’email contesté aurait été envoyé dans cette même période.

Pourquoi le FBI et le ministère de la Justice n’ont-ils pas enquêté ?

C’est désormais l’une des questions les plus explosives du dossier. Raskin et Dean ne se contentent pas de demander une enquête. Ils affirment que les éléments réunis atteignent déjà le seuil nécessaire pour en ouvrir une et soutiennent que le ministère de la Justice et le FBI disposaient de ces informations depuis au moins dix-huit mois. Si leur accusation est exacte, une question devient inévitable : pourquoi aucune enquête visant Botstein n’aurait-elle été ouverte plus tôt ? À ce stade, il s’agit bien de l’accusation des parlementaires, et non d’un fait établi par une juridiction.

Botstein n’a été inculpé d’aucune infraction liée à Epstein et continue de nier les accusations. Mais Bard, lui, ne traite manifestement plus l’affaire comme une simple polémique médiatique. Après les nouvelles révélations transmises par Raskin, le comité exécutif du conseil d’administration a accepté immédiatement et à l’unanimité la démission de Botstein de ses dernières fonctions et annoncé un nouvel examen des accusations. Pour une institution qui a vécu pendant cinquante et un ans sous la présidence du même homme, une rupture aussi nette mesure à elle seule la gravité de la crise.

Les parlementaires affirment également avoir recueilli les témoignages de plus d’une douzaine de lanceurs d’alerte dénonçant « des décennies de comportements sexuels répréhensibles impunis » au Bard College. Certaines accusations visent directement Botstein, notamment concernant des comportements envers des femmes et son rôle supposé dans certaines procédures disciplinaires. Il conteste ces affirmations. Bard rappelle de son côté que depuis l’année universitaire 2015-2016, son président ne dispose plus d’un pouvoir unilatéral sur les procédures relevant du Title IX. Mais cette défense institutionnelle soulève elle-même une question : que s’est-il passé avant cette réforme, et pourquoi autant de témoignages émergent-ils aujourd’hui ?

L’affaire Botstein dépasse désormais le destin d’un universitaire prestigieux. Elle touche directement à la manière dont les institutions américaines traitent les nouvelles révélations issues des archives Epstein. Deux élus affirment disposer d’éléments suffisamment sérieux pour réclamer une enquête criminelle, un homme lié pendant des années à Epstein quitte toutes ses fonctions et des lanceurs d’alerte mettent en cause le fonctionnement même de Bard. Reste maintenant à savoir si le ministère de la Justice et le FBI ouvriront réellement le dossier. Car après des années de publications, de fichiers caviardés et de révélations successives, une question devient de plus en plus difficile à éviter : les archives Epstein serviront-elles enfin à établir des responsabilités précises, ou continueront-elles à produire des scandales sans conséquences judiciaires à la hauteur des éléments révélés ?

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Source : theguardian.com


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