🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un enseignant universitaire de Bar Ilan mis en examen pour avoir planifié douze cellules terroristes coordonnées ciblant des civils arabes en Israël et en Cisjordanie.
- Pourquoi un profil académique intégré rend-il la détection de la radicalisation idéologique plus difficile pour les services de renseignement ?
- L’accusé aurait tenté de faire chanter le candidat d’extrême droite Moshe Feiglin pour recruter un relais politique à son projet terroriste.
- La menace intérieure juive extrémiste constitue-t-elle un angle mort structurel du débat sécuritaire israélien depuis le 7 octobre 2023 ?
Un chargé de cours en mathématiques de l’université Bar-Ilan est accusé d’avoir préparé l’un des projets terroristes les plus glaçants révélés récemment en Israël. Selon l’acte d’accusation déposé devant le tribunal de district de Lod, il aurait imaginé un dispositif de 72 assaillants juifs répartis en douze cellules de six personnes, avec pour objectif de frapper simultanément des localités arabes, des villes mixtes et des populations palestiniennes. Le projet allégué ne se limitait pas à provoquer quelques victimes : les procureurs parlent de centaines de morts et d’une volonté de pousser des populations entières vers la Jordanie, le Liban et Gaza. L’accusé aurait également tenté d’entraîner Moshe Feiglin dans son projet avant de le menacer face à son refus. Feiglin n’est accusé d’aucune complicité.
Le profil du suspect rend l’affaire d’autant plus dérangeante. Il ne s’agit pas, selon l’accusation, d’un marginal sans réseau ni accès aux institutions, mais d’un enseignant universitaire, disposant d’un permis de port d’arme, qui aurait travaillé pendant des mois sur des plans, effectué des reconnaissances et cherché à recruter. Cela ne dit évidemment rien de Bar-Ilan dans son ensemble. Mais cela pulvérise l’idée rassurante selon laquelle la radicalisation terroriste serait toujours visible, périphérique et socialement identifiable. Ici, les procureurs décrivent un homme parfaitement inséré, capable de transformer une idéologie nationaliste extrême en architecture opérationnelle.
La logique d’un projet de terreur structuré
L’acte d’accusation décrit un projet méthodique. À partir de février 2023, le suspect aurait élaboré un plan baptisé « AIT », renvoyant à l’idée que « le peuple réalisera le transfert ». Douze cellules, 72 participants, au moins la moitié supposée disposer d’une arme, avec pistolets, fusils, haches et marteaux. Le projet aurait aussi prévu de recruter des membres de l’armée et d’obtenir, à terme, un soutien militaire contre des centres de population arabes. Une localité bédouine du nord, Tuba-Zangariyye, aurait déjà fait l’objet de reconnaissances. On n’est donc plus dans la rhétorique abstraite ou le fantasme idéologique : selon le parquet, le suspect aurait commencé à transformer une logique d’expulsion en scénario de massacre.
« N’ayez aucune pitié, même pour les femmes ou leurs enfants cruels et répugnants ; ne vous arrêtez pas face aux supplications ; endurcissez vos cœurs. »
Cette phrase, attribuée par l’accusation aux documents du suspect, donne la mesure de la logique décrite. Il ne s’agissait pas seulement de s’en prendre à des combattants ou à des cibles sécuritaires, mais d’assumer explicitement l’attaque de femmes et d’enfants. D’autres passages auraient évoqué des « massacres de masse », la prise de routes, de localités, de villes mixtes et même d’hôpitaux. Si ces éléments sont établis par la justice, le projet visait donc à terroriser une population civile entière pour provoquer son départ. Le vocabulaire du « transfert » cesse alors d’être une abstraction politique : il devient, dans ce dossier, le cadre idéologique d’une violence de masse planifiée.
Le volet Moshe Feiglin ajoute un niveau supplémentaire de gravité. Selon le parquet, le suspect aurait tenté d’utiliser la visibilité d’une figure de la droite nationaliste pour donner du poids à son projet et recruter. Feiglin n’aurait répondu à aucune sollicitation et son entourage affirme avoir alerté la police. L’accusé aurait ensuite menacé de nuire à sa réputation politique avant les élections. Ce point est essentiel : il n’existe à ce stade aucune accusation de complicité contre Feiglin. Mais le dossier montre qu’un projet terroriste présumé cherchait, lui, à se raccrocher au champ politique légal pour obtenir crédibilité, réseau et relais.
Un angle mort dans le débat sécuritaire israélien
Le point le plus embarrassant concerne peut-être la réaction des services. Selon Haaretz, le Shin Bet n’a pas pris en charge l’enquête et l’a transférée à la police, alors même que son unité spécialisée dans l’extrémisme juif est compétente pour ce type de menace. Le journal rapporte aussi que la police n’aurait pas, dans un premier temps, traité le dossier avec empressement. Si ces informations sont exactes, elles soulèvent une question difficile : comment un suspect disposant d’une arme, ayant effectué des reconnaissances et préparé selon le parquet un plan visant des centaines de civils a-t-il pu ne pas être considéré immédiatement comme une menace prioritaire par l’appareil sécuritaire israélien ?
Le contexte rend cette question encore plus sensible. Les procureurs affirment que le projet a commencé après les violences intercommunautaires de 2021 et s’est intensifié après le 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi. Selon l’accusation, la logique de confrontation s’est progressivement transformée en volonté de massacrer des civils et de provoquer leur expulsion. Cela ne permet évidemment pas de rendre l’ensemble de la société israélienne responsable du projet. Mais cela oblige à regarder en face un phénomène que le débat public ne peut évacuer : des discours nationalistes extrêmes, lorsqu’ils se banalisent ou restent sans réponse politique claire, peuvent fournir un vocabulaire et un imaginaire à ceux qui veulent passer de la parole à la violence.
L’inculpation est désormais un test concret pour les institutions israéliennes. Le suspect est poursuivi pour préparation d’un acte terroriste, extorsion par menaces et obstruction à la justice. Le parquet demande son maintien en détention et Bar-Ilan l’a immédiatement suspendu. La justice agit donc. Mais l’affaire pose une question plus large que le sort d’un seul homme : Israël traitera-t-il un projet terroriste juif visant des Arabes avec la même gravité publique, politique et sécuritaire que les autres menaces terroristes ? Lorsqu’un acte d’accusation décrit un plan visant à tuer des centaines de civils et à expulser des populations entières, minimiser l’enjeu reviendrait à fermer les yeux sur une menace intérieure que les faits eux-mêmes rendent impossible à nier.
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Source : haaretz.com



