5 000 arrestations, 500 lycées fermés : l’école française craque

5 000 arrestations, 500 lycées fermés : l’école française craque 5 000 arrestations, 500 lycées fermés : l’école française craque

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • En une semaine, la France compte plus de 500 établissements fermés, 24 incendiés, 78 personnels blessés et 5 000 arrestations : une crise scolaire sans précédent sous Macron.
  • Les lycéens dénoncent des classes de 40 élèves, des bâtiments insalubres et un accès opaque à l’université. Le gouvernement reconnaît des revendications « légitimes ».
  • Pourquoi l’exécutif, pourtant alerté par les syndicats, n’a-t-il pas anticipé l’embrasement lycéen avant qu’il ne se propage à tout le territoire ?
  • Face à la double contestation lycéenne et syndicale, le gouvernement peut-il concéder sans contredire sa propre logique d’austérité budgétaire ?

400 à 500 lycées totalement ou partiellement fermés, vingt-quatre établissements incendiés ou saccagés, soixante-dix-huit membres du personnel de l’Éducation nationale blessés et plus de cinq mille arrestations, principalement de mineurs : le bilan communiqué par Édouard Geffray ressemble moins à une simple crise scolaire qu’à l’explosion brutale d’un système laissé sous tension pendant des années. Parti le 17 septembre d’un établissement de la région parisienne, le mouvement s’est propagé à une vitesse spectaculaire. L’exécutif a reconnu avoir été pris de court. Autrement dit, il a découvert dans l’urgence une colère qui couvait déjà dans les classes, les couloirs, les bâtiments dégradés et les postes non remplacés.

Les revendications avancées par les lycéens sont pourtant tout sauf mystérieuses. Classes pouvant atteindre quarante élèves, plafonds effondrés, infiltrations d’eau, cafards, températures étouffantes, enseignants absents ou non remplacés : rien de tout cela n’est apparu le 17 septembre. À ces problèmes matériels s’ajoutent des journées jugées interminables et les critiques visant Parcoursup, accusé d’entretenir l’opacité et les inégalités. Le plus embarrassant pour le pouvoir est que plusieurs de ces griefs sont reconnus comme légitimes par le gouvernement lui-même. Quand l’État admet que le fond du problème existe, mais n’agit sérieusement qu’une fois les établissements bloqués et les rues en tension, la question n’est plus seulement scolaire. Elle devient politique.

Une crise que le gouvernement n’a pas su anticiper

Le pouvoir se retrouve désormais enfermé dans sa propre contradiction. Il reconnaît des problèmes réels de moyens, de bâtiments et de personnels, mais il n’a pas su les traiter avant que la situation dégénère. Sébastien Lecornu a dû convoquer dès le 1er octobre un conseil de crise et demander à ses ministres d’annuler leurs déplacements. Il est difficile de parler de prévention quand l’exécutif ne se met pleinement en ordre de bataille qu’après les incendies, les blocages, les violences et des milliers d’interpellations. Ce que cette séquence révèle surtout, c’est l’écart entre les alertes remontées depuis des années et la capacité du pouvoir à agir avant l’explosion.

« Il y a des activistes, en particulier d’extrême gauche, qui ont infiltré le mouvement lycéen, qui se le sont approprié au détriment des élèves eux-mêmes, et qui ont fait preuve d’une violence extrême. Cela fait clairement peser un risque sur notre personnel comme sur nos élèves. »

Édouard Geffray insiste désormais sur l’infiltration de militants extérieurs. Les autorités redoutent effectivement que des groupes d’extrême gauche ou anarchistes cherchent à utiliser la mobilisation pour provoquer des affrontements. Cette inquiétude doit être prise au sérieux. Mais elle ne peut pas servir à évacuer le reste. Les casseurs n’ont pas inventé les classes surchargées, les bâtiments délabrés ou les pénuries d’enseignants. Ils peuvent parasiter un mouvement, détourner son image et aggraver les violences. Ils n’expliquent pas pourquoi plus d’un millier d’établissements ont été touchés par des mobilisations en quelques jours.

La ligne rouge, elle, est claire : les violences contre les personnels n’ont aucune justification. Geffray affirme que certains des 78 salariés blessés ont été volontairement ciblés. À La Ciotat, un enseignant de 59 ans a été aspergé d’essence et frappé, et un adolescent de 16 ans a été interpellé dans l’enquête. Ces actes sont d’une gravité extrême. Mais ils offrent aussi au gouvernement une issue politique commode : recentrer toute la crise sur la sécurité et faire disparaître derrière les violences les causes sociales et matérielles qui ont nourri la mobilisation. Le risque est alors de traiter les conséquences avec des forces de l’ordre et de laisser les causes intactes.

Une pression qui dépasse les murs des lycées

La crise éclate au moment où le gouvernement cherche parallèlement à imposer des économies dans le budget 2027. Les syndicats contestent les coupes prévues et réclament notamment une contribution plus importante des grandes fortunes. La CGT appelle à maintenir la pression et soutient la mobilisation lycéenne. Le problème est donc simple : les élèves réclament davantage de moyens au moment exact où l’État cherche à réduire ses dépenses. Deux colères se croisent, scolaire et sociale, et toutes deux ramènent le pouvoir à la même question qu’il tente d’éviter : où couper, et qui doit payer ?

Les organisations lycéennes ont appelé à une nouvelle mobilisation mardi, estimant n’avoir obtenu aucune « mesure concrète ». Le gouvernement parle, lui, de « reprise partielle et progressive des cours » et de retour à l’ordre. Le contraste est révélateur. D’un côté, des élèves demandent des enseignants, des bâtiments décents et des réponses précises. De l’autre, l’exécutif cherche d’abord à rouvrir les établissements et calmer la rue. Mais rouvrir un lycée ne répare pas un plafond, ne recrute pas un professeur et ne réduit pas une classe de quarante élèves. La normalisation administrative ne réglera rien si elle signifie simplement le retour aux mêmes conditions qui ont provoqué la colère.

La crise dépasse donc largement les images de barricades et les statistiques d’interpellations. Plus de 1 200 établissements ont été touchés au plus fort de la mobilisation. Le pouvoir peut miser sur l’essoufflement, les vacances, les sanctions ou la peur des violences pour reprendre le contrôle. Mais si, une fois les rues calmées, les mêmes lycées restent délabrés, les mêmes postes restent vacants et les mêmes classes restent surchargées, alors rien n’aura été réglé. Ce mouvement aura seulement révélé une réalité dérangeante : en France, il faut parfois des centaines d’établissements paralysés et des milliers d’arrestations pour que l’état de l’école publique redevienne enfin une urgence politique.

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Source : theguardian.com


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1 commentaires
  1. La République exemplaire , promise par Macron, brille de tous ses feux.
    Les socialistes vont -ils brûler une deuxième fois Paris , après 1871 ?

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