🔥 Les essentiels de cette actualité
- +16,7 % sur l’énergie en douze mois, croissance révisée à 0,4 % : le terreau économique du budget Lecornu rappelle dangereusement celui de 2018.
- Pourquoi LFI et le PCF se sont-ils précipités à soutenir une mobilisation née sur TikTok, convoquée pour le 17 octobre ?
- Le budget à 54 milliards d’économies expose Lecornu à une double menace : motion de censure parlementaire et embrasement social simultanés.
- La récupération partisane peut-elle tuer dans l’oeuf un mouvement dont la force originelle était précisément son refus d’être instrumentalisé ?
La France retrouve un bruit qu’Emmanuel Macron connaît bien. D’abord quelques messages sur Telegram, puis une explosion sur TikTok, des appels au 17 octobre, des slogans « Macron, démission » et le retour du gilet jaune comme symbole. Pour l’instant, aucune organisation nationale ne contrôle réellement cette mobilisation et rien ne garantit qu’elle remplira les rues. Mais l’essentiel est ailleurs : huit ans après 2018, il suffit à nouveau d’une flambée des carburants et de quelques vidéos virales pour que le pouvoir redoute le retour d’une colère sociale incontrôlable.
La vitesse de propagation dit beaucoup de la tension du moment. En quelques jours, un appel dont l’origine reste diffuse est devenu un sujet politique national. Fabien Roussel appelle à se mobiliser si le gouvernement ne répond pas sur les carburants. Mathilde Panot soutient le rendez-vous du 17 octobre. Marine Tondelier affiche elle aussi son soutien. Le Parti socialiste avance beaucoup plus prudemment. Une mobilisation qui n’a encore rien démontré dans la rue suffit pourtant déjà à faire bouger les partis. C’est peut-être le meilleur indicateur de la nervosité actuelle : personne ne sait si le mouvement existe vraiment, mais tout le monde redoute déjà ce qu’il pourrait devenir.
« Les mobilisations sociales sont toujours légitimes, mais elles sont efficaces lorsqu’elles ont un débouché qui est à la main du gouvernement. »
Emmanuel Macron tente de couper le lien entre la hausse des carburants et la responsabilité de son gouvernement. Son argument est clair : l’explosion des prix vient des guerres, des tensions sur les approvisionnements et du détroit d’Ormuz, pas d’une nouvelle taxe française comme en 2018. Il demande donc aux Français de « rester unis » plutôt que de retourner leur colère contre l’exécutif. Mais cette distinction risque d’être difficile à vendre à celui qui paie son plein chaque semaine. Peu importe que le baril monte à cause de Téhéran, Moscou ou Washington : pour l’automobiliste, la facture tombe en France.
Un terreau économique qui ne pardonne pas
Et cette facture arrive dans une économie quasiment à l’arrêt. La Banque de France ne prévoit plus que 0,4 % de croissance en 2026. L’inflation aurait accéléré à 3 % en septembre. Les prix de l’énergie auraient bondi de 21,2 % sur un an, après déjà +16,7 % en août. Le déficit est attendu à 5,4 % du PIB et la dette à 119,3 %. Le gouvernement se retrouve donc coincé entre trois murs : des prix qui repartent, une activité qui stagne et des finances publiques qui ne lui permettent plus de distribuer facilement des milliards pour éteindre chaque départ de feu social.
C’est pourtant précisément maintenant que Sébastien Lecornu arrive avec 43 milliards d’euros de nouvelles mesures de redressement budgétaire, soit 54 milliards en comptant les décisions déjà engagées. Gel de prestations, économies dans la protection sociale, pression sur les dépenses publiques, nouvelles recettes : le gouvernement demande des sacrifices supplémentaires au moment où l’énergie redevient l’une des principales angoisses des ménages. La gauche menace largement de censurer le texte. Le RN garde son vote en réserve. L’exécutif pourrait donc affronter dans le même temps une colère dans la rue et une majorité introuvable à l’Assemblée.
François Hollande lui-même a rappelé que le retour d’un mouvement comparable aux Gilets jaunes constituait « toujours un risque » lorsque les prix du carburant étranglent durablement une partie de la population. Son avertissement mérite d’être entendu précisément parce qu’il n’annonce pas mécaniquement un nouveau 2018. Le carburant crée la colère. Il ne crée pas automatiquement l’organisation. Toute la question est de savoir si la hausse actuelle trouvera un réseau, des porte-parole et un événement capable de transformer ce mécontentement diffus en mouvement national.
Le précédent de 2018 reste le cauchemar politique de référence. Le 17 novembre, 282 000 personnes avaient participé aux rassemblements et aux blocages. Le mouvement était né sans centrale syndicale, sans parti dominant et presque sans structure nationale. Quelques semaines plus tard, le gouvernement avait reculé sur la hausse prévue de la fiscalité sur les carburants et annoncé des mesures sociales. C’est ce souvenir qui hante aujourd’hui l’exécutif : en France, un mouvement que personne ne contrôle peut passer en quelques jours d’une publication Facebook ou Telegram à une crise politique majeure.
Mais 2026 ajoute une difficulté supplémentaire : la présidentielle approche. Le moindre mouvement social devient immédiatement un enjeu électoral. Les formations politiques cherchent déjà à afficher leur soutien, à récupérer la colère ou à s’en démarquer. Certaines figures historiques des Gilets jaunes regardent d’ailleurs avec méfiance cet appel du 17 octobre, dont l’origine reste obscure. Ce qui avait fait la force de 2018, son caractère imprévisible et largement extérieur aux partis, pourrait être beaucoup plus difficile à reproduire lorsque chaque vidéo virale est immédiatement aspirée par la compétition présidentielle.
LFI, le PCF et Les Écologistes veulent malgré tout être présents. Ils savent qu’en 2018 une partie de la gauche institutionnelle avait regardé passer une colère populaire qu’elle n’avait ni lancée ni contrôlée. Cette fois, personne ne veut être absent au départ. Mais plus les partis investissent le mouvement avant même qu’il n’existe réellement, plus ils prennent le risque de casser ce qui pourrait faire sa force : le sentiment d’une mobilisation venue d’en bas et non fabriquée par des appareils politiques.
La question est donc simple : le 17 octobre restera-t-il une date virale ou deviendra-t-il le début d’une crise sociale ? Personne ne peut encore le savoir. Mais les ingrédients sont là : croissance à 0,4 %, inflation à 3 %, énergie à +21,2 %, carburants sous pression, 43 milliards de nouvelles mesures budgétaires et un gouvernement sans majorité solide. Le pouvoir peut répéter que les causes sont internationales et que la mobilisation ne résoudra rien. Ce qu’il ne contrôle pas, en revanche, c’est le moment où une addition économique devient une colère politique. En 2018, l’exécutif l’avait compris trop tard. C’est précisément ce souvenir qui rend chaque appel du 17 octobre beaucoup plus dangereux qu’un simple hashtag.
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Source : elpais.com



