Affaire Epstein : l’ancien majordome raconte le quotidien du financier dans son appartement parisien avenue Foch

Info Libé «Un ballet incessant de jeunes femmes» : la vie française de Jeffrey Epstein racontée par son majordome à la police Info Libé «Un ballet incessant de jeunes femmes» : la vie française de Jeffrey Epstein racontée par son majordome à la police

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le majordome de Jeffrey Epstein décrit un appartement parisien où défilaient quotidiennement de jeunes femmes très maigres sous un régime de secret imposé, tout en affirmant n’avoir rien vu de suspect.
  • Epstein, déjà condamné pour crimes sexuels en 2008, recevait des personnalités influentes comme Bill Gates ou Jack Lang, illustrant comment un prédateur maintenait son réseau d’élites malgré l’impunité flagrante.
  • En France, l’enquête sur l’affaire piétine, avec des décès suspects comme celui de Jean-Luc Brunel, laissant de nombreuses questions sans réponses sur les complices locaux.
  • Cette affaire révèle un système où l’argent protège les puissants, et il est temps de se demander comment la justice peut enfin imposer l’égalité devant la loi.

L’affaire Epstein continue de distiller son poison, révélant par touches successives le fonctionnement d’un système dont l’ampleur donne le vertige. Le procès-verbal d’audition du majordome parisien du financier américain, que Libération vient de rendre public, offre une plongée saisissante dans le quotidien d’un appartement de 800 mètres carrés, avenue Foch, où défilaient de « jeunes femmes très maigres, sans formes » sous l’œil d’un personnel domestique tenu à distance par des règles strictes.

Un témoignage qui, paradoxalement, en dit autant par ce qu’il affirme ignorer que par ce qu’il décrit.

Valdson Vieira Cotrin, dix-huit ans au service du pédocriminel, affirme n’avoir « rien vu ». Pas de mineures. Pas de pratiques suspectes. Seulement un employeur excentrique qui aimait les femmes « très maigres » et qui imposait à son personnel de quitter toute pièce où il entrait.

On appréciera la coïncidence : un système verrouillé de l’intérieur, où chaque rouage pouvait prétendre n’avoir aperçu que sa propre roue dentée. C’est précisément ainsi que fonctionnent les organisations criminelles sophistiquées : par la compartimentation, l’ignorance savamment entretenue et la respectabilité de façade.

« Ça me fait des frissons, vous savez. J’ai du mal à imaginer les choses qu’on dit de lui. A aucun moment, je n’ai vu de gamines en présence de M. Epstein. Celles que j’ai pu voir étaient jeunes mais pour moi largement majeures. »

On peut croire à la sincérité du majordome. Mais cette sincérité même interroge. Comment un homme intelligent, présent pendant près de deux décennies, a-t-il pu côtoyer ce « ballet incessant de jeunes femmes » à Saint-Tropez, ces photos de « jeunes filles dénudées » sur les murs, ces visiteuses qui « ressortaient quinze minutes plus tard » pour ne jamais revenir, sans que son instinct ne lui signale qu’un malaise existait ? La réponse est ancienne : on ne voit que ce que l’on veut bien voir, surtout lorsque l’aveuglement garantit le confort d’un appartement de fonction dans le XVIe arrondissement.

Le ballet des puissants

Mais l’essentiel n’est pas là. Ce témoignage confirme surtout l’étendue du réseau tissé par Epstein au cœur des élites occidentales. Le majordome a servi Bill Gates, Woody Allen, Bill Clinton, le prince Andrew, l’ancien Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland, ainsi que Jack Lang, venu déjeuner « une seule fois » avec femme et fille.

On notera que l’ancien ministre de la Culture, figure tutélaire de la gauche culturelle française, n’a jamais été inquiété par la justice, comme tant d’autres. La question qui se pose à tout observateur lucide n’est pas de savoir si tel ou tel invité était informé des crimes d’Epstein, mais de comprendre comment un prédateur sexuel condamné dès 2008 a pu continuer à recevoir l’élite mondiale dans ses propriétés pendant une décennie supplémentaire.

Il convient de rappeler ce fait crucial : Jeffrey Epstein avait déjà été condamné en Floride pour sollicitation de prostituée mineure. Il avait bénéficié d’un accord judiciaire particulièrement clément négocié par Alexander Acosta, futur secrétaire au Travail de Donald Trump. Les articles de presse existaient, les rumeurs circulaient dans les cercles informés. Et pourtant, le carnet d’adresses du financier n’a cessé de s’étoffer.

Cette impunité prolongée illustre un phénomène que nos élites répugnent à nommer : l’existence d’une caste transnationale pour laquelle les lois communes ne s’appliquent qu’avec d’infinies précautions. Un financier dont l’origine de la fortune demeure aujourd’hui encore mystérieuse, qui possédait une île privée dans les Caraïbes, un ranch au Nouveau-Mexique, un hôtel particulier à Manhattan et un appartement de 800 mètres carrés, avenue Foch, ne vit pas dans le même monde que le justiciable ordinaire. Il évolue dans une sphère où l’argent achète le silence, où les relations garantissent la protection et où les frontières deviennent de simples formalités.

Les angles morts français

Le volet français de l’affaire Epstein demeure largement inexploré. Jean-Luc Brunel, l’agent de mannequins qui fut « très proche » du financier selon le majordome, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la Santé en février 2022, emportant ses secrets dans la tombe, comme Epstein lui-même, mort dans des circonstances similaires à New York en 2019. Deux suicides en prison, deux hommes qui auraient pu faire tomber des réseaux entiers. Le hasard semble, une fois encore, bien faire les choses.

La justice française a ouvert une enquête préliminaire en 2019, élargie en 2021. Où en sommes-nous ? Quelles personnalités françaises ont été entendues ? Quelles suites ont été données aux témoignages des victimes ayant désigné Paris comme l’une des plaques tournantes du système ? Le silence qui entoure ces questions contraste avec l’empressement médiatique à couvrir d’autres affaires impliquant des personnalités moins connectées.

On se souvient que lors de l’arrestation de Brunel, certains observateurs espéraient que le fil français permettrait enfin de remonter jusqu’aux donneurs d’ordre, aux complices et aux bénéficiaires silencieux. L’enquête piétine, la mémoire médiatique s’effiloche et les révélations au compte-gouttes, comme cette audition du majordome, ne suffisent pas à relancer une machine judiciaire qui semble fonctionner au ralenti dès qu’il s’agit de sonder les abysses du pouvoir.

Il serait temps que la France, patrie autoproclamée des droits de l’homme, fasse toute la lumière sur ce qui s’est passé avenue Foch et ailleurs. Non par voyeurisme, mais parce que la confiance des citoyens dans leurs institutions exige que la loi s’applique à tous, y compris aux puissants et à leurs obligés. L’affaire Epstein n’est pas un simple fait divers américain. Elle constitue le révélateur d’un système globalisé où l’argent et l’influence permettent de s’affranchir des règles élémentaires de la vie en société.

Le majordome brésilien confie regretter de n’avoir pas provoqué un accident de voiture pour empêcher son patron de partir vers son arrestation. Étrange regret, révélateur de l’emprise qu’exerçait Epstein sur son entourage. Mais les responsabilités ne s’arrêtent pas à ceux qui ouvraient les portes ou conduisaient les voitures. Elles concernent aussi ceux qui ont fermé les yeux, année après année, dîner après dîner, parce que la fréquentation du milliardaire ouvrait des portes autrement plus prestigieuses. Ceux-là, pour la plupart, poursuivent leur existence sans être inquiétés. L’ombre d’Epstein ne semble même plus les atteindre.

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