Washington : le Congrès démocrate tient la bourse, Trump garde la politique étrangère

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Les démocrates dépassent les 218 sièges à la Chambre et emportent aussi le Sénat, malgré les centaines de millions de dollars d’Elon Musk.
  • Pourquoi Donald Trump juge-t-il que la guerre en Iran est « en partie » responsable de cette défaite électorale ?
  • Que peut réellement faire un Congrès démocrate face à un président qui promet son veto « sur tout » et gouverne par décrets ?
  • Téhéran transformera-t-il ce « NON À LA GUERRE » américain en position de force dans les négociations, alors que Pékin évoque une « affaire intérieure » ?

Le verdict des urnes américaines du 3 novembre tient en un chiffre et en une cause. Le chiffre : à la Chambre, les démocrates dépassent la barre des 218 sièges (220 contre 128 selon les décomptes d’AP au moment où elle est franchie), et ils emportent aussi le Sénat. La cause, Donald Trump la nomme lui-même : la guerre en Iran serait « en partie » responsable de la défaite. Les électeurs, rappelle-t-on, n’avaient pas demandé ce conflit, dont le coût s’ajoute à celui de la vie quotidienne.

C’est d’abord une leçon de réalisme intérieur. Une puissance n’est pas seulement ce qu’elle projette : elle est aussi ce que son opinion accepte de financer. Ni les centaines de millions de dollars d’Elon Musk, ni le slogan « faites comme si j’étais candidat » n’ont empêché des bascules en série : le Texas, où James Talarico bat Ken Paxton, le Kansas, pour la première fois depuis 1932, le Maine, pour la première fois depuis 1996. Même les candidats les plus identifiés au mouvement MAGA semblent avoir payé le prix le plus lourd. Le poids de l’argent privé et du capital personnel d’un président trouve ici sa limite.

Un pouvoir étriqué, mais pas nul

Il faut toutefois mesurer ce que ce basculement permet. La politique étrangère demeure la prérogative du président, commandant en chef, et Donald Trump a déjà promis d’user du veto « sur tout » ; il gouverne, de surcroît, par décrets. Le levier réel du Congrès est budgétaire : le vote annuel des crédits, que l’exécutif ne peut contourner. La destitution reste possible sur le papier, mais sa procédure est longue. Le président, qui ne se représentera pas, dispose de deux ans pour « laisser un héritage » ; sa main tendue (« nous trouverons probablement un terrain d’entente ») traduit autant un calcul qu’une courtoisie.

Les adversaires et partenaires de Washington l’ont compris. Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, salue un « NON À LA GUERRE » des Américains et dit l’approuver : en pleine négociation, c’est un levier, car chaque partie sait désormais que la patience américaine est comptée. Pékin, lui, parle d’« affaire intérieure » et se dit prêt à préserver le « consensus » dégagé entre les deux chefs d’État : prudence d’une puissance qui n’a aucun intérêt à commenter l’affaiblissement d’un interlocuteur dont elle attend encore des concessions.

La conclusion s’impose sans qu’il soit besoin de s’en réjouir ou de s’en alarmer : les États-Unis restent le même État, mais leur capacité à mener une guerre longue sans l’aval de leurs électeurs vient d’être bornée. Reste à observer si le Congrès osera user de l’arme budgétaire, et si Téhéran traduira ce désaveu en position de force à la table des pourparlers. Les Européens, eux, devront cesser de croire que la politique américaine se décide ailleurs que chez les Américains.


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