🔥 Les essentiels de cette actualité
- À Munich, Marco Rubio a affirmé que les États-Unis veulent revitaliser l’alliance atlantique, mais en dénonçant le déclin civilisationnel de l’Europe sous tutelle américaine, forçant les Européens à confronter leurs faiblesses.
- Il a critiqué l’immigration massive qui déstabilise les sociétés européennes et les lois sur les réseaux sociaux qui menacent la liberté d’expression, une évidence outre-Atlantique, questionnant l’efficacité de ces régulations.
- Rubio insiste sur le besoin d’alliés capables de se défendre, tout en soulignant que Washington vise une Europe forte, mais pas au point de s’émanciper de la tutelle atlantique.
- L’article appelle l’Europe, particulièrement la France, à affirmer son indépendance et à réformer des institutions comme l’ONU, en se demandant si elle parviendra à cesser d’être un spectateur dans les affaires mondiales.
Marco Rubio était à Munich, jouant les pompiers après l’incendie allumé par son propre camp. Le samedi 14 février, le secrétaire d’État américain est venu distribuer quelques paroles apaisantes aux Européens, encore sonnés par les outrances de JD Vance l’an dernier et les menaces à peine voilées de Donald Trump sur le Groenland.
« Nous ne cherchons pas à diviser, mais à revitaliser une vieille amitié », a-t-il assuré. On voudrait le croire.
Derrière le velours diplomatique, le message américain reste d’une clarté brutale : l’Europe serait en déclin, menacée par un « effacement civilisationnel » selon les termes mêmes de la stratégie de sécurité nationale américaine.
Sur ce diagnostic, force est de reconnaître que Washington n’a pas entièrement tort. La lucidité impose parfois d’accepter des vérités désagréables, même lorsqu’elles viennent d’un allié qui ne nous veut pas nécessairement du bien.
L’Amérique nous tend un miroir que nous refusons de regarder
Marco Rubio a réaffirmé que l’immigration massive « déstabilisait les sociétés ». Cette affirmation, qui ferait réagir vivement dans certaines rédactions parisiennes si elle émanait d’un responsable français, est pourtant d’une banalité outre-Atlantique. Les États-Unis, pays d’immigration par excellence, considèrent comme une évidence que des flux migratoires non maîtrisés fragilisent la cohésion nationale. En Europe, énoncer ce constat expose encore à une forme d’excommunication médiatique.
Le document américain de décembre dernier pointait également les législations européennes sur les réseaux sociaux comme une menace pour la liberté d’expression. JD Vance avait été plus direct, dénonçant la « menace de l’intérieur » que représenteraient ces lois liberticides visant notamment les mouvements nationalistes.
On peut contester le messager et ses arrière-pensées électoralistes, mais le fond du problème demeure : l’Europe a-t-elle réellement besoin de lois contre la « désinformation » qui finissent par restreindre les voix dissidentes ?
« Nous voulons des alliés capables de se défendre afin qu’aucun adversaire ne soit jamais tenté de tester notre force collective. »
Cette phrase de Rubio contient toute l’ambiguïté de la position américaine. Washington veut une Europe forte, mais pas trop : assez robuste pour partager le fardeau de la défense, pas assez autonome pour s’émanciper de la tutelle atlantique. Le secrétaire d’État parle de « revitaliser » l’alliance, mais il s’agit bien d’une Europe vassale, capable de se battre sous commandement américain sans jamais définir ses propres intérêts stratégiques.
Friedrich Merz a appelé à « réparer » le lien transatlantique. Emmanuel Macron a évoqué la nécessité de « clarifier » ce que nous voulons. Keir Starmer a parlé d’un « géant endormi ». Trois dirigeants, trois formules creuses et la même impuissance. La vraie question n’est pas de savoir comment amadouer Washington, mais de décider si l’Europe entend exister par elle-même ou demeurer dans l’antichambre de la puissance américaine.
L’ONU, l’OTAN, et nous
Sur les Nations unies, Marco Rubio a été cinglant : « Elles n’ont pas pu résoudre la guerre à Gaza. »
C’est un fait. L’organisation internationale, paralysée par les vetos croisés et les blocages politiques, n’a « pratiquement joué aucun rôle » dans les crises majeures de ces dernières années. La création par Trump d’un « Conseil de paix » concurrent du Conseil de sécurité traduit un mépris assumé pour le multilatéralisme onusien. On peut s’en indigner, mais il faut d’abord se demander pourquoi ce système est devenu si largement inopérant.
La France, membre permanent du Conseil de sécurité, devrait être la première à défendre la réforme de cette institution plutôt que son statu quo. Notre siège permanent reste l’un des derniers attributs de notre rang mondial. Encore faudrait-il en faire autre chose qu’un symbole et proposer une refonte qui rende à l’ONU une efficacité qu’elle a perdue.
Quant à l’Ukraine, Rubio a admis « ne pas savoir si les Russes sont sérieux dans leur volonté de mettre fin à la guerre ». S’agit-il d’un aveu d’impuissance ou d’une préparation psychologique à un accord défavorable à Kiev ? La promesse trumpienne de régler le conflit en « vingt-quatre heures » apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle était : une déclaration de campagne. L’Europe, qui a sous-traité sa sécurité à Washington pendant des décennies, se retrouve spectatrice de négociations où elle n’a pas voix au chapitre.
C’est là que le bât blesse. Les Américains ont beau jeu de reprocher aux Européens leur « surdépendance » militaire : ils l’ont eux-mêmes encouragée pendant soixante-dix ans. L’OTAN fut construite pour maintenir, selon la formule attribuée à Lord Ismay, « les Américains dedans, les Russes dehors et les Allemands en bas ». L’Europe n’était pas censée devenir pleinement autonome ; elle devait rester un protectorat prospère et docile.
Le réveil est brutal. Trump et ses lieutenants nous signifient que le parapluie américain n’est plus garanti, que nous devons financer davantage notre défense et que nos choix de société, immigration, liberté d’expression, souveraineté énergétique, nous fragiliseraient. Le message est désagréable. Il n’est pas entièrement infondé.
La réponse ne saurait être de courir vers une intégration européenne supranationale qui dissoudrait davantage les nations dans un ensemble bureaucratique impuissant. L’Europe que veulent construire Bruxelles et Berlin apparaît comme une entité incapable de décider rapidement, de défendre efficacement ses frontières ou de définir une stratégie cohérente. Ce n’est pas d’une Europe fédérale dont nous avons besoin, mais d’États-nations redevenus maîtres de leur destin, capables de coopérer librement sur des objectifs partagés.
La France dispose encore d’attributs de puissance : l’arme nucléaire, un siège au Conseil de sécurité, une armée professionnelle, une industrie de défense et un réseau diplomatique mondial. Ce qui lui manque, c’est la volonté politique de les mobiliser autrement que pour suivre les orientations de Washington ou de Bruxelles.
Marco Rubio parle de « renouveler la plus grande civilisation de l’histoire humaine ». Ce renouveau ne viendra pas des États-Unis. Il appartient aux Européens, et singulièrement aux Français, de décider s’ils veulent encore compter dans l’histoire ou se contenter d’en être les figurants.
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