🔥 Les essentiels de cette actualité
- Depuis le 28 février et le déclenchement du conflit en Iran, le prix du fioul a bondi de 50 %, frappant de plein fouet les 21 millions de Français vivant en zone rurale.
- Un boulanger du Beauvaisis paie désormais 1 200 litres de mazout presque au même prix que 2 000 litres quelques semaines plus tôt : comment tient-il encore debout ?
- Pourquoi les aides gouvernementales, plafonnées à 277 euros par foyer, semblent-elles si dérisoires face à des surcoûts hivernaux pouvant dépasser 900 euros ?
- Le spectre des Gilets jaunes plane sur l’exécutif : jusqu’où la pression sur les territoires ruraux peut-elle monter avant de produire une nouvelle rupture politique ?
Quelque part dans l’Oise, un four à fioul s’allume avant l’aube. Kevin Luce enfourne ses premières baguettes, avec désormais un œil permanent sur sa facture d’énergie. En mars, 2 000 litres de fioul lui coûtaient 2 230 euros. La semaine dernière, 1 200 litres lui ont coûté presque la même somme. Depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran du 28 février et la guerre qui a suivi, les tensions sur l’approvisionnement énergétique ont fait bondir les prix. À des milliers de kilomètres du détroit d’Ormuz, ce sont aujourd’hui des boulangeries, des camions-restaurants et des foyers français qui encaissent directement le choc.
Ce phénomène de transmission des crises géopolitiques vers l’économie quotidienne n’est pas nouveau, mais il frappe particulièrement les territoires ruraux. Selon l’Insee, 88 % des communes françaises sont rurales. Elles couvrent 89 % du territoire et regroupent environ un tiers de la population. Dans nombre de ces territoires, la voiture reste difficilement remplaçable pour travailler et accéder aux services, tandis que le fioul demeure utilisé pour le chauffage de nombreux logements et de certaines entreprises. Lorsque les carburants et le fioul flambent, les possibilités d’adaptation immédiate sont donc limitées.
Une fracture énergétique qui préexistait à la crise
La situation des Luce n’est pas un cas isolé. La France compte plus de 34 000 boulangers produisant environ 6 milliards de baguettes chaque année et, selon la fédération nationale du secteur citée par l’Associated Press, près d’un quart utilisent des fours fonctionnant au fioul ou au gaz. Ces artisans avaient parfois choisi ces équipements parce qu’ils étaient économiquement plus avantageux que l’électricité. Ce calcul est brutalement remis en cause lorsque le combustible augmente d’environ 50 %.
« Au départ, c’était une bonne affaire, car initialement un four chauffé au fioul est plus économique qu’un four électrique. C’était vrai jusqu’à ce que le prix du carburant augmente de 50 %. Donc, oui, maintenant ce n’est plus une bonne affaire. »
Kevin Luce résume ainsi l’impasse dans laquelle se trouvent certains petits entrepreneurs. Leur modèle économique n’a pas changé, mais le prix de l’énergie sur lequel il reposait a explosé sous l’effet d’une crise internationale qu’ils ne maîtrisent pas. Malgré cette hausse, le boulanger refuse pour l’instant de répercuter le choc sur ses clients : sa baguette ordinaire reste vendue 1 euro et la tradition 1,10 euro.
« Je ne changerai pas mon prix, dit-il. Ça ne servirait à rien. Ça ne comblerait pas les pertes et ce serait contre-productif, parce que mes clients se sentiraient trahis. Ils ne devraient pas payer plus. Ils paient déjà suffisamment chez eux. » Son choix révèle une autre facette de la crise : augmenter les prix ne garantit pas de récupérer les marges perdues lorsque les clients subissent eux-mêmes la hausse du carburant et du chauffage. Pour les petits commerces ruraux, le choc énergétique frappe donc simultanément les coûts de production et le pouvoir d’achat de leur clientèle.
Martial Realland, qui a vendu sa maison pour financer son camion-restaurant itinérant dans l’Oise, illustre encore plus directement cette mécanique. Faire le plein de diesel de son véhicule lui coûte désormais 200 euros, contre 120 euros avant la guerre avec l’Iran. Il refuse déjà certaines prestations trop éloignées parce que le déplacement n’est plus rentable. L’hiver constitue une seconde menace : remplir les 1 500 litres de la cuve de fioul de son logement pourrait lui coûter 2 500 euros, contre 1 600 euros l’an dernier. « J’ai peur », reconnaît-il.
La réponse de l’État : des aides ciblées face à une hausse durable
Face à la persistance des prix élevés, le gouvernement a annoncé le 22 septembre une extension des dispositifs de soutien représentant 450 millions d’euros supplémentaires. L’aide destinée aux « grands rouleurs » doit atteindre 100 euros pour la période d’octobre à décembre et être élargie à 5,5 millions de personnes sous conditions de revenus et de déplacements professionnels. Parallèlement, le chèque énergie de 48 à 277 euros, destiné à 5,8 millions de ménages, doit être versé plus tôt en 2027. Ces mesures apportent une compensation ciblée, mais elles ne font pas disparaître le problème de fond : des professionnels et des ménages restent exposés à des prix énergétiques déterminés largement par une crise internationale.
Christine Loir, députée RN de l’Eure, demande de son côté une baisse de la fiscalité sur le fioul domestique. Dans une question écrite diffusée le 22 septembre, elle soulignait qu’au 11 septembre le prix moyen du fioul avait augmenté de 67,6 % sur un an et que ce combustible chauffait encore 11,5 % des résidences principales de son département. Elle rapporte également que certains habitants craignent de devoir arbitrer entre alimentation et chauffage. « Les gens sont extrêmement inquiets », a-t-elle déclaré à l’Associated Press, ajoutant que certains disent ne plus pouvoir continuer à travailler si les carburants restent à ces niveaux. Le précédent des Gilets jaunes rappelle combien le coût des déplacements peut rapidement devenir une question sociale et politique dans les territoires dépendants de la voiture.
La question centrale dépasse donc le seul montant des aides conjoncturelles. Elle porte sur la capacité de la France à protéger ses artisans, ses travailleurs mobiles et ses ménages ruraux lorsque les conséquences d’une guerre menée à des milliers de kilomètres se retrouvent directement sur leurs factures. La crise actuelle met en évidence une vulnérabilité concrète : tant que certains usages essentiels resteront fortement dépendants du pétrole et du fioul, une perturbation majeure au Moyen-Orient pourra se transmettre rapidement jusqu’au prix d’une tournée de camion, d’une fournée de pain ou d’un plein de chauffage. Les 450 millions d’euros annoncés peuvent amortir une partie du choc, mais ils ne suffisent pas à supprimer cette dépendance.
Combien de temps les petites entreprises et les ménages concernés pourront-ils absorber des coûts que leurs revenus et les dispositifs publics ne compensent que partiellement ? Et si la crise énergétique se prolonge, jusqu’où cette pression sur le carburant, le chauffage et le travail quotidien peut-elle alimenter de nouvelles tensions sociales ?
IMPORTANT - À lire
Le fioul à +50 %, des boulangers à l'agonie, des familles qui arbitrent entre se chauffer et manger : la France rurale paie cash les crises géopolitiques.
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Source : nypost.com



