Trump parle de victoire, mais les pertes américaines s’accumulent dans l’ombre

Trump parle de victoire, mais les pertes américaines s’accumulent dans l’ombre Trump parle de victoire, mais les pertes américaines s’accumulent dans l’ombre

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Huit soldats américains blessés lors d’une frappe iranienne le 14 septembre : l’incident n’a été rendu public qu’après dix jours de silence total du Pentagone.
  • Pourquoi le Pentagone a-t-il révisé à la baisse son bilan officiel cet été, reclassifiant certains décès et blessures dans le système DCAS ?
  • Joe Kent, ex-officier de renseignement démissionnaire de l’administration Trump, accuse Washington de risquer des vies américaines pour escorter des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
  • Quelles sont les véritables raisons pour lesquelles Trump a rejeté une proposition en sept points pour mettre fin au conflit, alors que le calendrier initial s’est révélé faux ?

Depuis le début de l’opération militaire américaine contre l’Iran, une question revient avec insistance au Congrès et parmi certains anciens responsables de l’administration Trump : les données publiques permettent-elles de mesurer correctement ce que ce conflit coûte réellement aux forces américaines ? La révélation selon laquelle huit Marines ont été blessés le 14 septembre lorsqu’un missile iranien a frappé un bâtiment non identifié dans le détroit d’Ormuz, incident qui n’avait pas été annoncé publiquement par le Pentagone, renforce ces interrogations sur la transparence du bilan humain de la guerre.

Les faits connus sont les suivants : un missile de croisière antinavire iranien a frappé un bâtiment sur lequel se trouvaient sept Marines du rang et un officier, membres d’une battalion landing team. Le navire n’appartenait pas à l’US Navy et son identité, son pavillon ainsi que sa mission précise n’ont pas été rendus publics. Les militaires ont souffert notamment d’inhalations de fumée et de symptômes compatibles avec des commotions ou de possibles traumatismes crâniens. Aucun n’a été grièvement blessé et tous ont rapidement repris leur service. L’incident du 14 septembre n’a pas été annoncé lorsqu’il s’est produit et les huit blessés ne sont apparus dans le système public de comptabilisation que plusieurs jours plus tard.

Une transparence sous tension

Replacé dans le contexte plus large du conflit, cet épisode prend une autre dimension. Au 25 septembre, le Defense Casualty Analysis System recensait 861 militaires américains blessés depuis le début des hostilités, tandis que 19 décès apparaissaient alors dans le bilan public du DCAS. Cette même semaine, 37 blessés supplémentaires, 29 marins et huit Marines, avaient été ajoutés sans explication publique détaillant les circonstances de leurs blessures. Le Pentagone a toutefois déjà expliqué que l’enregistrement dans le DCAS pouvait prendre plusieurs jours, notamment lorsque des symptômes de commotion ou de traumatisme crânien n’apparaissent pas immédiatement. Le système avait par ailleurs suscité une controverse après des changements de catégorisation de plusieurs victimes entre « Operation Epic Fury » et « Overseas Operations ».

Plusieurs élus démocrates ont directement mis en cause Pete Hegseth et l’administration Trump sur cette comptabilisation. Le 17 septembre, Pat Ryan et d’autres vétérans démocrates de la Chambre ont présenté un texte visant notamment à empêcher des modifications arbitraires des catégories utilisées pour enregistrer les pertes liées à la guerre contre l’Iran. Ils accusent l’administration de chercher à minorer politiquement son coût humain. Cette accusation demeure leur interprétation politique, mais elle s’appuie sur des changements bien réels dans les catégories du DCAS et sur des demandes répétées d’explications adressées au Pentagone.

« Si ce rapport est exact, cela signifie que nous utilisons des soldats américains pour escorter des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, là où le pétrole circulait librement avant que nous ne lancions cette désastreuse guerre de choix à la demande des Israéliens. C’est un pari irresponsable et frivole avec des vies américaines, que nous choisissons stupidement de mettre en danger, non pas pour contrer des menaces terroristes actives contre le territoire national, mais pour tenter d’atténuer les dommages que nous nous sommes infligés à nous-mêmes et à l’économie mondiale. »

Ces mots viennent de Joe Kent, ancien directeur du National Counterterrorism Center, qui a démissionné de l’administration Trump en mars pour protester contre la guerre. Kent soutient depuis son départ que l’Iran ne représentait pas une menace imminente pour les États-Unis et que l’influence israélienne a pesé dans la décision américaine d’entrer en guerre. Ce sont ses conclusions, contestées par la Maison-Blanche, qui affirme au contraire avoir disposé d’éléments justifiant l’intervention. Son argument met néanmoins au centre du débat une question stratégique : les risques auxquels les forces américaines sont aujourd’hui exposées dans le détroit d’Ormuz correspondent-ils aux objectifs initiaux et aux intérêts américains invoqués pour justifier la guerre ?

Le coût stratégique d’une guerre qui se prolonge

Cette interrogation prend d’autant plus de poids que plus de 50 000 militaires américains ont été déployés dans la zone du CENTCOM en soutien aux opérations. Washington maintient également des opérations navales autour du détroit, un blocus visant l’Iran et la capacité de conduire de nouvelles frappes. L’administration présente cette présence comme nécessaire pour protéger la navigation, maintenir la pression sur Téhéran et empêcher l’Iran de contrôler le détroit. Les opposants à la guerre y voient au contraire le signe d’un engagement militaire devenu beaucoup plus vaste et durable que prévu initialement.

Donald Trump a encore illustré ce contraste ce week-end en rejetant une proposition iranienne prévoyant notamment la réouverture du détroit. « Je rejette leur accord. Ils veulent conclure un accord où ils ouvrent immédiatement le détroit parce qu’ils perdent très lourdement […] Nous gagnons de manière formidable. Nous avons le contrôle total du détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré. Cette affirmation de domination américaine intervient alors même que des Marines ont été blessés deux semaines auparavant lors d’une attaque iranienne sur un bâtiment dont la mission n’a toujours pas été publiquement détaillée.

Des représentants américains et iraniens ont bien repris des discussions en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, directement ou par l’intermédiaire de médiateurs selon les versions, sans parvenir jusqu’ici à un accord mettant fin au conflit. Surtout, la durée de la guerre a largement dépassé les premières projections publiques. Au printemps, Trump et plusieurs responsables de son administration évoquaient encore une campagne de quelques semaines. Fin septembre, le président estime désormais qu’un règlement pourrait intervenir après les élections de mi-mandat de novembre. Le glissement du calendrier est incontestable : sept mois après le début des opérations, la guerre continue et son coût militaire augmente.

L’incident du 14 septembre ne démontre pas à lui seul une volonté du Pentagone de dissimuler systématiquement les pertes américaines. En revanche, l’absence d’annonce publique de l’attaque, le délai avant l’apparition des blessés dans la base officielle et les précédentes controverses sur la classification des victimes justifient une exigence accrue de transparence. Lorsque le DCAS constitue l’un des rares instruments publics permettant de suivre le coût humain d’un conflit, les changements de catégories et les ajouts tardifs prennent nécessairement une dimension politique. La question demeure donc ouverte : combien d’informations sur les incidents touchant les forces américaines restent encore inconnues du public ?

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Source : dailymail.com


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