🔥 Les essentiels de cette actualité
- L’Égypte et les Émirats arabes unis auraient transmis des avertissements à Israël avant l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023.
- Pourquoi ces alertes émises par deux partenaires stratégiques de premier plan n’ont-elles pas déclenché une réponse sécuritaire israélienne adéquate ?
- Netanyahu déplace la responsabilité vers ses généraux et chefs du renseignement, à quelques semaines d’élections israéliennes très serrées.
- Jusqu’où remontaient les informations préalables dans la chaîne de commandement, et jusqu’où remonte donc la responsabilité politique ?
Près de trois ans après l’attaque du 7 octobre 2023, de nouvelles révélations replacent les défaillances israéliennes au centre du débat politique. Des enquêtes récentes font état d’avertissements transmis avant l’offensive du Hamas par les Émirats arabes unis et par l’Égypte. Benjamin Netanyahu conteste avoir reçu certains de ces avertissements, mais leur accumulation relance une question qu’il n’a jamais réussi à refermer : quelle part de responsabilité politique revient au Premier ministre dans l’échec sécuritaire le plus grave qu’Israël ait connu depuis des décennies ? La question revient au premier plan à un mois des élections législatives du 27 octobre.
Depuis le 7 octobre, Netanyahu insiste régulièrement sur les défaillances de l’armée, du renseignement militaire et du Shin Bet. Ces institutions ont elles-mêmes reconnu de lourdes erreurs dans leur préparation et leur appréciation de la menace. Mais cette responsabilité opérationnelle ne fait pas disparaître celle du pouvoir politique. Le Premier ministre dirigeait le cabinet de sécurité, fixait les grandes orientations à l’égard de Gaza et recevait les évaluations stratégiques produites par l’appareil de sécurité. C’est précisément cette distinction entre responsabilité militaire et responsabilité gouvernementale que les nouvelles révélations remettent au centre du débat.
« Si vous ne changez pas de cap, Gaza va vous exploser au visage. »
Une architecture de l’aveuglement
Cette formule, rapportée par un ancien responsable israélien informé de la visite du chef du renseignement égyptien Abbas Kamel, résumerait le message transmis à Israël le 26 septembre 2023, onze jours avant l’attaque. Selon l’enquête de The Atlantic, Kamel aurait averti que le Hamas semblait préparer une offensive majeure et que la situation risquait de devenir incontrôlable. Il n’aurait toutefois fourni ni date, ni cible, ni description précise de l’opération à venir. À la même période, selon une enquête distincte de Haaretz, le président émirati Mohammed ben Zayed aurait également alerté Netanyahu. Le Premier ministre israélien a rejeté ces informations et qualifié l’accusation concernant l’avertissement émirati de mensonge.
Ces alertes prennent cependant une importance particulière à la lumière de la doctrine qui prévalait avant le 7 octobre. Pendant plusieurs années, les gouvernements Netanyahu ont autorisé l’entrée de fonds qataris à Gaza, augmenté les permis de travail accordés aux Gazaouis et considéré que le Hamas avait suffisamment d’intérêts économiques et politiques à préserver pour éviter une confrontation totale. Cette approche, largement critiquée après l’attaque sous le nom de « conception », reposait sur l’idée que le Hamas pouvait être contenu et dissuadé. Des responsables et analystes israéliens ont également accusé Netanyahu d’avoir privilégié la division entre le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, affaiblissant ainsi toute perspective d’interlocuteur palestinien unique.
La proximité des élections rend évidemment ces révélations explosives. Les défaillances du 7 octobre constituent l’un des principaux sujets de la campagne israélienne. Une synthèse de sondages publiée par Reuters à la mi-septembre plaçait le parti Yashar de Gadi Eisenkot légèrement devant le Likoud en intentions de vote, tout en soulignant qu’aucun résultat ne permettait de déterminer à lui seul la composition d’une future coalition. Netanyahu cherche parallèlement à rassembler les différentes formations de droite afin d’éviter la dispersion des voix. Dans ce contexte, chaque nouvelle information sur les semaines précédant le 7 octobre nourrit directement le débat sur sa responsabilité politique.
Le poids des faits face au récit de la victoire
Le contraste avec le discours de Netanyahu à l’ONU est frappant. À New York, le Premier ministre a présenté Israël comme un pays ayant résisté à une guerre menée sur plusieurs fronts et revendiqué les coups portés au Hamas, au Hezbollah et à l’Iran. Il a même brandi un pager à la tribune pour rappeler l’opération menée contre le réseau de communications du Hezbollah. Cette mise en scène permet à Netanyahu d’insister sur les succès militaires enregistrés depuis 2023. Elle ne répond cependant pas à la question qui continue de hanter la politique israélienne : comment l’attaque du 7 octobre a-t-elle pu surprendre un appareil sécuritaire pourtant considéré comme l’un des plus sophistiqués au monde ?
C’est là toute la difficulté de son bilan. Netanyahu peut mettre en avant l’affaiblissement du Hezbollah, les opérations contre l’Iran et les coups portés au Hamas. Mais ces succès militaires ultérieurs ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer ce qui s’est passé avant le 7 octobre. Les nouvelles enquêtes posent des questions beaucoup plus précises : quels avertissements sont arrivés en Israël ? À qui ont-ils été transmis ? Comment ont-ils été interprétés ? Ont-ils atteint le Premier ministre ou son entourage immédiat ? Et pourquoi n’ont-ils pas conduit à une réévaluation de la conviction dominante selon laquelle le Hamas ne cherchait pas une guerre majeure ?
L’Égypte et les Émirats ne sont pas des acteurs secondaires dans ce dossier. Le Caire partage une frontière avec Gaza et entretient depuis longtemps des canaux avec les acteurs palestiniens comme avec les services israéliens. Selon The Atlantic, Abbas Kamel a personnellement effectué un déplacement inhabituel en Israël pour transmettre son avertissement, tandis que d’autres messages égyptiens auraient suivi jusqu’aux jours précédant l’attaque. Les Émirats, pour leur part, entretiennent des relations diplomatiques officielles avec Israël depuis les Accords d’Abraham de 2020. Le fait que des avertissements soient désormais rapportés comme provenant de deux partenaires régionaux différents renforce la nécessité de déterminer précisément ce qui est remonté jusqu’au sommet de l’État israélien.
C’est précisément ce qu’une enquête indépendante devrait permettre d’établir. Netanyahu s’est opposé jusqu’ici à la création d’une commission d’État indépendante, préférant un dispositif dont les membres seraient désignés politiquement par la coalition et l’opposition et qui pourrait, en cas de boycott de cette dernière, fonctionner avec les seuls représentants nommés par la coalition. Ses adversaires considèrent cette formule insuffisamment indépendante. À l’approche du scrutin du 27 octobre, la responsabilité du 7 octobre demeure donc politiquement ouverte, mais la question factuelle est beaucoup plus simple : quels avertissements Israël possédait-il avant l’attaque, qui les connaissait et quelles décisions ont été prises après leur réception ? Tant que ces réponses ne seront pas établies publiquement, Netanyahu pourra difficilement refermer le dossier en renvoyant la responsabilité aux seuls chefs militaires et du renseignement.
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Source : haaretz.com



